Rencontres

La RATP, une culture de l’innovation au service de la mobilité : Rencontre-débat Pierre Mongin, Président-Directeur général de la RATP

P. Mongin Et G. Roucairol ©C. Guilbaud

« Parler de la RATP, c'est parler d'une entreprise qui fait vivre des hommes et des femmes qui partagent des valeurs que l'Académie des technologies défend aussi, introduit Pierre Mongin. Parler de la RATP, c’est aussi parler de technologies, de performances individuelles et collectives, de rentabilité des investissements et de fierté nationale», souligne le Président-Directeur général.

Un acteur mondial intégré

La RATP est un des leaders mondiaux de la mobilité urbaine. Elle a en charge le transport quotidien de près de 11 millions de passagers en Île-de-France et devient le troisième réseau intégré de transports après Tokyo et New York.

Avec plus de 56 000 collaborateurs, 5 milliards d’Euros de CA, la RATP est le 5ème groupe de transport public urbain dans le monde. Son activité internationale représente 16 % du chiffre d’affaires. Elle se déploie dans 12 pays et décline son savoir faire selon les modes de transports: les tramways de Manchester, de Florence, de Hong Kong, bientôt de Washington, de Tucson aux Etats-Unis ; les métros d'Alger, de Sao Paulo ; les transports scolaires en Pennsylvanie ; les bus rouges à Londres et à Nancy.

« Le développement et la maintenance de son réseau dense expliquent que l'entreprise a du développer des technologies très particulières et s’adapter stratégiquement pour devenir un acteur mondial intégré », expose Pierre Mongin. Trois éléments sont à l’origine de la transformation majeure de la RATP depuis 2006 :

-la décentralisation des transports en Ile de France : placée sous l’autorité du STIF (syndicat des transports en Ile de France – autorité organisatrice des transports) chargé de coordonner et d’améliorer la modernité des transports franciliens, la RATP est engagée dans une relation contractuelle exigeante en matière de qualité de service, de production du transport, de sécurité et de résultats ;

-la construction d’un nouveau modèle juridique, issu des règlements européens de 2009 sur l’Organisation des Services Publics de transport (OSP) en Europe : en s’affranchissant de son statut d’opérateur monopolistique, la RATP s’est élevée au rang d’« entreprise » à vocation mondiale, acceptant la concurrence ;

-le projet du Nouveau Grand Paris, validé définitivement le 6 mars 2013, qui place la RATP dans une position nouvelle. Elle devient prestataire de services en fonction de ses compétences et de sa compétitivité et accompagnera le Grand Paris dans la mission de gestionnaire d'infrastructure permettant de garantir l'homogénéité sécuritaire sur l'ensemble du réseau.

La mesure de la performance est devenue un élément structurant dans la stratégie de l’entreprise. Introduite à tous les niveaux et pour tous les métiers, elle constitue la clé du succès pour l’entreprise pour améliorer la qualité de service que la RATP doit délivrer à ses clients. « Au cours des sept dernières années, l’équilibre financier a été rendu possible par la productivité soutenue de l’entreprise, qui s'est réalisé dans le respect du dialogue social », précise Pierre Mongin. Et de poursuivre : « La capacité d'autofinancement de la RATP a été reconstituée et permet de financer la couverture intégrale du maintien en état de la capacité de transport. Les investissements représentent 30% du chiffre d’affaires, ce qui distingue avantageusement la RATP de ses homologues européens», se félicite Pierre Mongin.

Répondre aux enjeux de la mobilité

Les succès technologiques de la RATP et son ingénierie interne constituent un levier capital pour le développement du savoir-faire à l'échelle internationale et nationale. Alors que 70 % des déplacements se font de banlieue à banlieue, la mobilité en Ile de France devient véritablement critique. Le réseau actuel très dense et complétement maillé dans le centre de Paris provoque un goulet d’étranglement intra-muros, accentué par un urbanisme renforçant les déséquilibres entre l’est et l’ouest, le sud et le nord.

Dans ce contexte, trois enjeux prioritaires intéressent la RATP pour conduire le développement de solutions robustes et sécuritaires favorisant l'intensification des propositions de mobilité portées par le projet du Nouveau Grand Paris :

-un enjeu d’infrastructure (à savoir l’adaptation des infrastructures à la répartition des individus sur le territoire) ;

-un enjeu technologique (les solutions de transports doivent être très capacitaires, à très haute fréquence et flexibles pour absorber les pointes aléatoires) ;

-un enjeu de service (l’utilisateur RATP devenu client souhaite désormais bénéficier d’une relation directe et personnalisée avec l’opérateur de transport).

Quelles sont les technologies sous-jacentes qui permettent d'aborder les nouvelles étapes du Mass-transit (intensification des circulations RER et métros) en Ile de France?

On peut citer quelques étapes qui marquent l’évolution des aventures technologiques de la RATP et constituent des ruptures technologiques dans les transports sans précédent.

-en 1908, un vaste programme a permis de transformer avec détermination la mobilité dans Paris. La ligne 4 a su traverser en souterrain la Seine. La méthode retenue pour traverser en sous-fluvial a reposé sur l'utilisation de caissons métalliques assemblés sur les berges et enfoncés verticalement dans le lit du fleuve. Ce vaste programme a été exposé à des contraintes géologiques, mécaniques, climatologiques inédites ;

-au début des années 60, afin d’alléger les lignes 1 et 4, les quais des métros ont été étendus et ont permis de rallonger les rames de 4 à 6 voitures ;

-en 1956, l'introduction du métro sur pneumatiques sur la ligne 11 a amélioré considérablement la capacité d'accélération et de freinage des rames et a permis de limiter les vibrations solidiennes dans Paris. Dès 1966, les lignes 1 et 4 ont été équipées en roulement pneus. Concomitamment, les technologies de prévention des incendies ont dû être redéfinies pour être adaptés aux matériels sur pneus;

-en 1969, la RATP a introduit un système de pilotage automatique avec pilotage à bord sur la ligne 11. Ce pilote automatique reposait sur des technologies très innovantes pour l'époque : le codage de la vitesse sous forme de champ magnétique (ce codage, fondé sur des méthodes analogiques, repose sur des boucles de courant au sol, générant un champ magnétique, qui est lu à bord du train en mouvement par des équipements spécifiques) ;

-en 1989, des solutions permettant de réduire l'intervalle entre les trains de 2mm30 à 2mm ont été déployés sur le RER A (système SACEM);

-aujourd’hui, sur la base de l’efficacité de la ligne 14 automatique sans conducteur (projet Météor mis en service en 1998), la RATP a développé de nouveaux automatismes pour réduire les intervalles entre deux trains et répondre aux enjeux de flexibilité et de mobilité du réseau.

Grâce à la réussite de l’opération d'automatisation intégrale de la ligne 1 (TRI de 15%), la RATP peut envisager d’autres projets de même nature au gré des rénovations des rames et des infrastructures.

Pour soutenir ce type de programme, la RATP engage 1,5 milliards d’euros d’investissement par an et 18 000 emplois industriels externes sont tirés par ces montants.

« L’arrivée des technologies informatiques et des technologies embarquées révolutionne le modèle de la RATP, son organisation et sa relation de service. Derrière ces évolutions se profilent de nouveaux métiers, de nouvelles responsabilités, de nouveaux investissements R&D. » Et de conclure : « s’appuyer sur des fiertés et des succès technologiques constitue un capital fondamental pour le management de l'entreprise. Quand l’entreprise peut s’appuyer sur la fierté légitime des collaborateurs à l’égard de son produit et de la qualité du service rendu, elle dispose des meilleures armes pour assurer son développement et asseoir sa réputation institutionnelle» conclut Pierre Mongin.

Pascale Meeschaert

Pierre Mongin, Président-Directeur général de la RATP depuis le 12 juillet 2006, administrateur de la société GDF-Suez et Vice-président de la Société internationale d’ingénierie Systra.