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Le redressement productif : rencontre-débat avec Arnaud Montebourg, Ministère du Redressement productif

 © C. Guilbaud/Académie des technologies

Pour sa deuxième rencontre débat 2013, l'Académie des technologies a eu l'honneur d'accueillir Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif. Dans le cadre de son intervention le ministre a présenté un certain nombre de défis majeurs auxquels la France se trouve confrontée : fierté nationale, enjeu culturel, choix des technologies à déterminer, relocalisation.

Que signifie le redressement productif ?

« L'idée du redressement productif n'est pas une invention sémantique expose le ministre ; le premier à brandir cette idée fut le président des États-Unis, Franklin D. Roosevel, lorsqu'il lança sa politique de New Deal ( Industrial Recovery Act) en juin 1933 pour sortir de la crise de 1929. Aujourd'hui le constat cruel sur l'état des forces productives dans le pays encourage plus que jamais à rassembler les Français autour des enjeux industriels productifs. La construction d'une politique offensive telle que décrite dans le rapport Gallois doit décourager l’habitude française de l'abandon de l'outil de production trop longtemps théorisé et trouver ses sources d'inspiration en Allemagne notamment, qui a su par une lutte active et passionnée préserver une stratégie industrielle efficace. »

Comment réorienter la France vers la localisation des unités de production ?

Loin d'être un cadre imposé le redressement productif s'appuie sur trois outils essentiels que sont le Crédit Impôt Recherche, la Banque Publique d'Investissement, la nouvelle Stratégie des Filières industrielles pour restaurer un développement équilibré et impulser une dynamique solidaire dans la stratégie de développement industriel.

Priorité depuis ces analyses, vers une nouvelle France industrielle

Le Crédit Impôt Recherche (CIR), équivalent à 6 milliard d'euros, est un dispositif de soutien au financement d'actions de Recherche et Développement engagées par des entreprises. Il concerne toutes les tailles d'entreprises et s'adresse aussi aux PME et ETI, fortement touchées par la concurrence internationale. Il est étendu à l'innovation de prototypage et de design et devient l'instrument clé pour renforcer la compétitivité des entreprises grâce aux partenariats public-privé. Dans le cadre du pacte pour la croissance, l'emploi et la compétitivité, les pôles de compétitivité ont été identifiés comme des outils déterminants pour stimuler les innovations dans les régions et réorienter les territoires vers des produits et services industrialisés.

Parmi les leviers identifiés pour mettre en oeuvre la nouvelle France industrielle, la Banque Publique d'Investissement (synthèse du FSI et d'Oséo ) va augmenter sa puissance d’intervention : 42 milliards d’euros. Nous devons viser à drainer une partie de l'épargne financière des ménages, réservée dans les dispositifs d'assurance vie, vers l’investissement productif. La BPI accompagnera chacune des filières dans le cadre de leur programme d'industrialisation stratégique. Enfin,"la stratégie des filières industrielles doit permettre de construire la carte de la France productive des années 2020 en tirant le meilleur parti de ses atouts, avec un État partenaire des entreprises au service d'une politique industrielle volontariste et rénovée", souligne le ministre .

La nouvelle stratégie nationale des filières industrielles, structurée en trois volets, entend capitaliser dans son premier volet sur les secteurs dans lesquels la France a su historiquement s'imposer, qui sont exposés aujourd'hui à la compétition internationale (l’automobile, l'ingénierie routière, les transports collectifs, l’industrie agro-alimentaire, la chimie, la santé) et sur ses filières d'expertise telles que le nucléaire, l'aéronautique ou les éco- industries.

Le deuxième volet de la politique industrielle consiste à faire émerger à horizon 5 ans les filières de demain qui doivent répondre aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux tels que la transition énergétique écologique, le numérique, l’agriculture et la sécurité.

Le troisième volet de la politique industrielle consacré aux technologies du futur mobilisera 150 millions d'euros pour relever les défis industriels qui permettront de répondre aux besoins de demain. Ce programme d'innovation de rupture sera financé par la Banque Publique d'Investissement, dans le cadre de la réorientation de certains fonds du programme d'investissement d'avenir. Dans ce cadre, des nouveaux programmes scientifiques sont mûris et lancés par secteur en favorisant le croisement des innovations. Ambitieuse, volontariste, cette politique de filières s'organise collectivement et se fonde sur le principe du donnant-donnant, seul capable d'organiser collectivement les emplois et la compétitivité de demain. 

Pour Arnaud Montebourg, l'approche transversale des évolutions est à même de répondre aux enjeux d'innovation de rupture. "Il s'agit d'engager la bataille des leaders de l'innovation, de soutenir une campagne d'attitude de consommation française et de mobiliser les acteurs autour de la relocalisation des unités de production". Et de conclure : « les pays qui résistent le mieux à la crise sont les pays où la coalition État, épargnant, industrie s'organisent et où la politique d'investissement de long-terme s'impose définitivement au détriment d'une pensée économique dominante, fondée sur la performance court-termiste financière ».

Pascale Meeschaert