Action nationale
L’usage raisonné du principe de précaution : le rôle des Offices parlementaires des choix scientifiques et techniques
L’usage raisonné du principe de précaution : le rôle des Offices parlementaires des choix scientifiques et techniques
Peu d’hommes politiques peuvent se prévaloir d’une formation scientifique et d’une expérience professionnelle en la matière. Le président de l’Académie des Technologies Alain Pompidou n’a pas manqué de le souligner lors de son allocution d’accueil de Philippe Busquin, le 10 mars 2010. Aujourd’hui, cet ancien commissaire européen puis député européen est notamment membre de la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST) de l’Unesco. Le 10 mars, sa rencontre avec les académiciens avait pour thème : « L’usage raisonné du principe de précaution : le rôle des Offices parlementaires des choix scientifiques et techniques ».
« Il est urgent que nous analysions le problème du principe de précaution à l’échelle européenne et que nous y trouvions une réponse politique adéquate », souligne Philippe Busquin d’entrée de jeu. Car deux thèses s’opposent, rappelle-t-il. Certains affirment que le « précautionisme » se présente comme une idéologie inquiétante. D’autres y voient plutôt l’inauguration d’une nouvelle démarche démocratique. Par ailleurs, si ce principe imprègne fortement l’Europe, c’est loin d’être le cas dans d’autres régions du monde. Enfin, il faut réfléchir à son influence sur le temps de la recherche et de l’innovation et au handicap qu’il peut constituer dans la compétition mondiale.
Qu’en est-il de la réalité des choses ? La pensée du principe de précaution, amorcée au Sommet de la Terre (Rio de Janeiro, 1992), a opéré un changement radical de paradigme par rapport à ce qui pratiquait dans le passé : « Aujourd’hui, nous sommes dans un principe de sûreté et l’action doit précéder les dommages potentiels », note Philippe Busquin. Pour sa part, l’ancien commissaire européen n’hésite pas à qualifier le précautionisme de populisme : populisme dans le sens où l’on en appelle à l’opinion publique de manière non raisonnée à l’heure où, précisément, la démocratie représentative se voit parfois délégitimée. Le monde économique européen est alors confronté à une situation difficile, et d’autant plus complexe que les clivages sur l’application du principe de précaution traversent toutes les formations politiques et diffèrent selon les pays.
En ce qui concerne les offices parlementaires, leur naissance date de 1983, le premier ayant été l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), en France. « Là aussi il y a urgence à créer des méthodologies comparables à l’échelle européenne et à mettre en place une instance fédérative », souligne Philippe Busquin, ce qui impose bien sûr que les 27 Etats se dotent, chez eux, d’une telle structure. L’enjeu est d’autant plus important que le traité de Lisbonne renforce le pouvoir du Parlement européen.
Conclusion, il est temps de réagir, martèle-t-il. Il est urgent de revenir à des principes de base de la démocratie et du débat démocratique. Une réflexion est à mener à cet égard, en tenant compte d’analyses coût-bénéfice du progrès : le risque zéro n’existe pas et même une non décision a un coût. Le rôle du citoyen et de l’Etat est d’exercer une vigilance positive sur les usages des sciences, mais le principe de précaution ne doit pas être un principe invalidant.
Un point de vue que Philippe Busquin précise en réponse à une question de la salle : « Ce sont les Européens qui ont lancé l’idée du principe de précaution, eux qui sont à l’avant-garde en la matière, … et eux qui sont dans l’arrière-garde du développement technologique ». Mais au-delà, comment faire avec des sciences que l’on peut qualifier d’incertaines et qui le resteront, telles la climatologie, l’écologie…? questionne un autre membre de l’assistance. Une théorie du choix social s’est développée en la matière, fondée sur une approche rationnelle et raisonnable, poursuit ce dernier. Réponse de Philippe Busquin : « C’est en effet cette troisième voie qui me semble intéressante à suivre. On ne peut plus penser le progrès en termes strictement positivistes. Mais il faut trouver un modèle méthodologique qui permette d’amorcer des réponses aux questions susceptibles de se poser avant de les livrer à l’opinion publique. Or aujourd’hui, nous sommes dans une sorte d’affrontement entre les croisés du principe de précaution et ses anti-croisés, favorables au développement sans contrôle social de la science et de la technologie ».





Remise du Prix Irène Joliot‐Curie 2011

