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Stratégie de l'innovation de l'OCDE : rencontre avec Pier Paolo Padoan, Secrétaire général adjoint de l'OCDE
Stratégie de l'innovation de l'OCDE : rencontre avec Pier Paolo Padoan, Secrétaire général adjoint de l'OCDE
« Désormais, l’innovation sera de plus en plus au centre des stratégies politique et économique des pays, qu’il s’agisse des pays développées, émergents ou en développement », affirme Pier Carlo Padoa, secrétaire général adjoint de l’OCDE La stratégie pour l’innovation de l’OCDE a été présentée en conseil interministériel en juin 2010. La rencontre organisée par l’Académie des technologies le 7 juillet tombait donc à point nommé, et c’est chaleureusement que Alain Pompidou retrace le brillant itinéraire de son invité Pier Carlo Padoa, avant de lui donner la parole.
« Il faut avoir une vision nouvelle de l’innovation, et donc une nouvelle stratégie également », souligne-t-il d’entrée de jeu. L’innovation, qui ne réduit pas aux hautes technologies, est en effet l’un des facteurs essentiels de croissance économique. Et Pier Carlo Padoa d’ajouter : « Il ne suffit pas d’avoir un ministre de l’innovation : le premier Ministre doit être en charge de la politique d’innovation ». L’enjeu est en effet trop important : dans les dix années qui ont précédé la crise, plus de 50 % de la croissance additionnelle d’un certain nombre de pays s’expliquait par des investissements dans l’innovation et dans la connaissance (formation et recherche).
Comment développer une politique pour l’innovation ? On pourrait raisonnablement s’attendre à ce que la récession actuelle relance l’innovation, ne serait-ce que pour sortir de la crise, indique-t-il. Mais au-delà, on peut identifier des tendances lourdes. Par exemple, la nécessité de s’adapter aux changements climatiques va induire un nouveau mode de croissance, ainsi que de nouveaux modes de consommation et d’utilisation des ressources. Cette « croissance verte » s’appuiera certes sur des innovations, mais dans une acception qui dépasse la seule R&D. D’une part, celles-ci ne résultent pas toujours d’une phase de recherche et développement. D’autre part, elles doivent s’articuler avec toutes sortes d’autres composantes de la société (activités de services, services publics…).
Quelles priorités ? Education et amélioration de sa qualité sont bien entendu les premières d’entre elles. Nous devons par ailleurs veiller à ce que les investissements pour l’innovation soient bien utilisés, indique Pier Calo Padoa : il faut à la fois des producteurs et des consommateurs « intelligents ». Autre enjeu majeur : comment trouver un équilibre entre concurrence et collaboration entre entreprises ? Cette question est particulièrement complexe.
Toujours est-il que pour favoriser une innovation plus ouverte, poursuit Pier Carlo Padoa, un certain nombre de conditions doivent être réunies : plus d’interdisciplinarité, plus de mobilité professionnelle (géographique mais aussi intellectuelle), etc., mais aussi le développement de nouveaux « marchés de connaissances ». Quant à l’action publique de soutien à l’innovation, l’une des grandes difficultés est celle de d’identifier le moment opportun pour qu’elle s’exerce efficacement.
Parmi la multiplicité des facteurs à prendre en compte, il faut également évoquer les lieux de production de l’innovation, qui se situent majoritairement dans les jeunes entreprises. Il va falloir les aider à se renforcer et à se développer, en les incitant notamment à s’appuyer sur les réseaux d’innovation globale. La géographie de l’innovation est elle-même en train de changer, avec un nombre croissant d’acteurs et surtout le rôle de plus en plus décisif des nouveaux pays (Inde, Chine…).
Quoi qu’il en soit, une politique d’innovation ne sera couronnée de succès que si l’on parvient à développer une « capacité d’absorption » : « Il faut non seulement du capital humain pour produire du nouveau, mais surtout pour utiliser les produits nouveaux, ce qui impose de les adapter aux spécificités locales », souligne Pier Carlo Padoa. D’où, là encore, la nécessité d’améliorer la formation et plus globalement les relations entre le secteur privé et le secteur public. Enfin, tous les arguments précédents montrent que l’innovation met en jeu des systèmes complexes. Il ne peut donc y avoir aujourd’hui de politique d’innovation qui ne soit pas systémique.
Il va de soi qu’une politique d’innovation doit se concevoir sur le moyen et long terme, ce qui n’empêche pas de s’interroger sur des questions aujourd’hui cruciales, notamment dans les sociétés développées, et dont l’une a été posée par un membre de l’assistance : comment s’orienter vers des innovations qui soient à haute intensité de main d’œuvre, sachant que les explosions sociales pourraient intervenir bien avant les problèmes écologiques de la planète de 2050 ? Question très vaste Pier Carlo Padoa n’a le temps que d’effleurer. En particulier, une réflexion doit impérativement être menée selon lui sur les changements à opérer dans les institutions du travail en Europe. « Il faut par exemple sortir du soutien à court terme de l’emploi et porter les efforts sur la ré-allocation de travail », ce qui passe une fois de plus, à moyen et long terme, par plus de formation et une formation de meilleure qualité afin de renforcer les qualifications et leur diversité.






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