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Le nouveau paysage de la recherche française pour affronter les défis des sciences de la vie et de la santé : rencontre avec André Syrota, président -directeur général de l'Inserm
L’usage raisonné du principe de précaution : le rôle des Offices parlementaires des choix scientifiques et techniques : Rencontre avec Philippe Busquin
« Propulsion : les grands enjeux du futur»
L’agriculture de demain : quels modèles ? quelles technologies ? Rencontre avec Luc Guyau, 13/1/10
Stratégie de l'innovation de l'OCDE : rencontre avec Pier Paolo Padoan, Secrétaire général adjoint de l'OCDE
« Désormais, l’innovation sera de plus en plus au centre des stratégies politique et économique des pays, qu’il s’agisse des pays développées, émergents ou en développement », affirme Pier Carlo Padoa, secrétaire général adjoint de l’OCDE La stratégie pour l’innovation de l’OCDE a été présentée en conseil interministériel en juin 2010. La rencontre organisée par l’Académie des technologies le 7 juillet tombait donc à point nommé, et c’est chaleureusement que Alain Pompidou retrace le brillant itinéraire de son invité Pier Carlo Padoa, avant de lui donner la parole.
« Il faut avoir une vision nouvelle de l’innovation, et donc une nouvelle stratégie également », souligne-t-il d’entrée de jeu. L’innovation, qui ne réduit pas aux hautes technologies, est en effet l’un des facteurs essentiels de croissance économique. Et Pier Carlo Padoa d’ajouter : « Il ne suffit pas d’avoir un ministre de l’innovation : le premier Ministre doit être en charge de la politique d’innovation ». L’enjeu est en effet trop important : dans les dix années qui ont précédé la crise, plus de 50 % de la croissance additionnelle d’un certain nombre de pays s’expliquait par des investissements dans l’innovation et dans la connaissance (formation et recherche).
Comment développer une politique pour l’innovation ? On pourrait raisonnablement s’attendre à ce que la récession actuelle relance l’innovation, ne serait-ce que pour sortir de la crise, indique-t-il. Mais au-delà, on peut identifier des tendances lourdes. Par exemple, la nécessité de s’adapter aux changements climatiques va induire un nouveau mode de croissance, ainsi que de nouveaux modes de consommation et d’utilisation des ressources. Cette « croissance verte » s’appuiera certes sur des innovations, mais dans une acception qui dépasse la seule R&D. D’une part, celles-ci ne résultent pas toujours d’une phase de recherche et développement. D’autre part, elles doivent s’articuler avec toutes sortes d’autres composantes de la société (activités de services, services publics…).
Quelles priorités ? Education et amélioration de sa qualité sont bien entendu les premières d’entre elles. Nous devons par ailleurs veiller à ce que les investissements pour l’innovation soient bien utilisés, indique Pier Calo Padoa : il faut à la fois des producteurs et des consommateurs « intelligents ». Autre enjeu majeur : comment trouver un équilibre entre concurrence et collaboration entre entreprises ? Cette question est particulièrement complexe.
Toujours est-il que pour favoriser une innovation plus ouverte, poursuit Pier Carlo Padoa, un certain nombre de conditions doivent être réunies : plus d’interdisciplinarité, plus de mobilité professionnelle (géographique mais aussi intellectuelle), etc., mais aussi le développement de nouveaux « marchés de connaissances ». Quant à l’action publique de soutien à l’innovation, l’une des grandes difficultés est celle de d’identifier le moment opportun pour qu’elle s’exerce efficacement.
Parmi la multiplicité des facteurs à prendre en compte, il faut également évoquer les lieux de production de l’innovation, qui se situent majoritairement dans les jeunes entreprises. Il va falloir les aider à se renforcer et à se développer, en les incitant notamment à s’appuyer sur les réseaux d’innovation globale. La géographie de l’innovation est elle-même en train de changer, avec un nombre croissant d’acteurs et surtout le rôle de plus en plus décisif des nouveaux pays (Inde, Chine…).
Quoi qu’il en soit, une politique d’innovation ne sera couronnée de succès que si l’on parvient à développer une « capacité d’absorption » : « Il faut non seulement du capital humain pour produire du nouveau, mais surtout pour utiliser les produits nouveaux, ce qui impose de les adapter aux spécificités locales », souligne Pier Carlo Padoa. D’où, là encore, la nécessité d’améliorer la formation et plus globalement les relations entre le secteur privé et le secteur public. Enfin, tous les arguments précédents montrent que l’innovation met en jeu des systèmes complexes. Il ne peut donc y avoir aujourd’hui de politique d’innovation qui ne soit pas systémique.
Il va de soi qu’une politique d’innovation doit se concevoir sur le moyen et long terme, ce qui n’empêche pas de s’interroger sur des questions aujourd’hui cruciales, notamment dans les sociétés développées, et dont l’une a été posée par un membre de l’assistance : comment s’orienter vers des innovations qui soient à haute intensité de main d’œuvre, sachant que les explosions sociales pourraient intervenir bien avant les problèmes écologiques de la planète de 2050 ? Question très vaste Pier Carlo Padoa n’a le temps que d’effleurer. En particulier, une réflexion doit impérativement être menée selon lui sur les changements à opérer dans les institutions du travail en Europe. « Il faut par exemple sortir du soutien à court terme de l’emploi et porter les efforts sur la ré-allocation de travail », ce qui passe une fois de plus, à moyen et long terme, par plus de formation et une formation de meilleure qualité afin de renforcer les qualifications et leur diversité.
Le nouveau paysage de la recherche française pour affronter les défis des sciences de la vie et de la santé : rencontre avec André Syrota, président -directeur général de l'Inserm
Début avril 2009 était créée l’Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan), avec à sa présidence le professeur André Syrota, président-directeur général de l’Inserm. L’objectif, comme l’a rappelé le vice-président de l’Académie des technologies Bruno Revellin-Falcoz dans son discours d’accueil d’André Syrota, était de rendre la recherche biomédicale française plus visible et réactive, tant au plan national qu’international. Le 9 juin, ce dernier était précisément invité à évoquer devant les académiciens « Le nouveau paysage de la recherche française pour affronter les défis des sciences de la vie et de la santé ».
André Syrota commence par faire le point sur quelques éléments de contexte ayant conduit à la création d’Aviesan et sur lesquels se fondent les projets à venir. Premier constat : le bon niveau de la recherche française dans les organismes de recherche, tant au plan fondamental que dans le secteur biomédical, si l’on en juge par les indices d’impact des publications de l’Inserm, du CNRS ou de l’Institut Pasteur. Le deuxième constat concerne la recherche universitaire. A cet égard, le diagnostic doit être nuancé, pour des raisons historiques et en particulier du fait du trop grand nombre d’établissements (83 universités sur le territoire national). Or la moitié des moyens de l’Inserm (mais aussi du CNRS) sont distribués dans cinq d’entre eux seulement (quatre universités parisiennes et Aix-Marseille 2), tandis que 80 % de l’Inserm est réparti dans douze universités, les mêmes qui bénéficient par ailleurs de l’initiative des campus lancée dernièrement par le ministère et qui abritent les CHU d’excellence. Dernière observation : « Le monde entier nous envie nos centres d’investigation clinique, qui sont en train de faire école en Chine, en Inde… ».
Autre élément du paysage, les quatre recommandations faites par le comité international de haut niveau qui a procédé à l’évaluation de la stratégie de l’Inserm. Selon ce comité « la France devrait unifier son système de recherche dans les sciences de la vie et de la santé ; il devrait créer un institut unique dans ce domaine ; il serait nécessaire de revoir le statut des chercheurs et notamment réévaluer leur salaire ; enfin une période de transition sera nécessaire pour la mise en place de ces réformes ». Enfin, dans le cadre de la stratégie nationale pour la recherche et l’innovation, il est clairement demandé de renforcer les interfaces publics privés et de placer l’Europe au cœur du processus.
Qu’est-ce qu’Aviesan ? L’Alliance n’a pas de statut en soi mais regroupe dix instituts thématiques multi-organismes (ITMO) qui couvrent l’ensemble des champs des sciences de la vie et de la santé. Parmi les premiers résultats très positifs, souligne André Syrota, il faut signaler la formidable simplification des partenariats avec l’industrie : un interlocuteur unique se substitue désormais à la multiplicité des interlocuteurs (CNRS, Inserm, universités…), ce qui change tout pour un industriel. Un comité stratégique des industries de santé s’est en outre tenu à l’Elysée en octobre 2009 afin d’élaborer un certain nombre de résolutions pour l’avenir, en particulier l’ouverture aux industriels des bases de données épidémiologiques de la CNAM.
Pour le futur, il s’agit d’être le plus réactif possible aux avancées des sciences de la vie, à l’heure de révolutions conceptuelles profondes et du développement de la « biologie lourde ». Parmi les grands enjeux, la médecine dite personnalisée, sachant que l’on pourra bientôt accéder au génome individuel. Mais, insiste André Syrota, il faudra tenir compte de la sensibilité du public désormais instantanément au courant de l’actualité scientifique. Un sujet dont la représentation nationale, entre autre à travers l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques) à décider de se saisir.« Le rôle d’Aviesan sera précisément d’identifier les grands enjeux du futur, avec toutes leurs conséquences sur la société, de mettre en place les moyens nécessaires pour les chercheurs, y compris en faisant revenir des chercheurs de l’étranger par des propositions attractives, de s’intéresser à l’espace européen de la recherche, etc. », souligne André Syrota.
En matière de partenariat public-privé, l’idée est de faire émerger des projets technologiques structurants au niveau des dix ITMO. Exemple déjà mis en œuvre : un projet de système de stimulation rétinienne avec des implants à base de diamants. Enfin, une nouvelle structure, Covalliance (émanation de l’Alliance), gérera les questions de propriété intellectuelle inter-organismes, entre autres. En conclusion, André Syrota cite quelques uns des propos du Président de la République, lors de la réunion du 4 juin 2010, qui resituent bien l’ambition d’Aviesan, en particulier : « L’Alliance a vocation à jouer, à la manière de l’Institut national de la santé aux Etats-Unis, un rôle central dans le pilotage de la recherche […] ».
L’usage raisonné du principe de précaution : le rôle des Offices parlementaires des choix scientifiques et techniques : Rencontre avec Philippe Busquin
Peu d’hommes politiques peuvent se prévaloir d’une formation scientifique et d’une expérience professionnelle en la matière. Le président de l’Académie des Technologies Alain Pompidou n’a pas manqué de le souligner lors de son allocution d’accueil de Philippe Busquin, le 10 mars 2010. Aujourd’hui, cet ancien commissaire européen puis député européen est notamment membre de la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST) de l’Unesco. Le 10 mars, sa rencontre avec les académiciens avait pour thème : « L’usage raisonné du principe de précaution : le rôle des Offices parlementaires des choix scientifiques et techniques ».
« Il est urgent que nous analysions le problème du principe de précaution à l’échelle européenne et que nous y trouvions une réponse politique adéquate », souligne Philippe Busquin d’entrée de jeu. Car deux thèses s’opposent, rappelle-t-il. Certains affirment que le « précautionisme » se présente comme une idéologie inquiétante. D’autres y voient plutôt l’inauguration d’une nouvelle démarche démocratique. Par ailleurs, si ce principe imprègne fortement l’Europe, c’est loin d’être le cas dans d’autres régions du monde. Enfin, il faut réfléchir à son influence sur le temps de la recherche et de l’innovation et au handicap qu’il peut constituer dans la compétition mondiale.
Qu’en est-il de la réalité des choses ? La pensée du principe de précaution, amorcée au Sommet de la Terre (Rio de Janeiro, 1992), a opéré un changement radical de paradigme par rapport à ce qui pratiquait dans le passé : « Aujourd’hui, nous sommes dans un principe de sûreté et l’action doit précéder les dommages potentiels », note Philippe Busquin. Pour sa part, l’ancien commissaire européen n’hésite pas à qualifier le précautionisme de populisme : populisme dans le sens où l’on en appelle à l’opinion publique de manière non raisonnée à l’heure où, précisément, la démocratie représentative se voit parfois délégitimée. Le monde économique européen est alors confronté à une situation difficile, et d’autant plus complexe que les clivages sur l’application du principe de précaution traversent toutes les formations politiques et diffèrent selon les pays.
En ce qui concerne les offices parlementaires, leur naissance date de 1983, le premier ayant été l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), en France. « Là aussi il y a urgence à créer des méthodologies comparables à l’échelle européenne et à mettre en place une instance fédérative », souligne Philippe Busquin, ce qui impose bien sûr que les 27 Etats se dotent, chez eux, d’une telle structure. L’enjeu est d’autant plus important que le traité de Lisbonne renforce le pouvoir du Parlement européen.
Conclusion, il est temps de réagir, martèle-t-il. Il est urgent de revenir à des principes de base de la démocratie et du débat démocratique. Une réflexion est à mener à cet égard, en tenant compte d’analyses coût-bénéfice du progrès : le risque zéro n’existe pas et même une non décision a un coût. Le rôle du citoyen et de l’Etat est d’exercer une vigilance positive sur les usages des sciences, mais le principe de précaution ne doit pas être un principe invalidant.
Un point de vue que Philippe Busquin précise en réponse à une question de la salle : « Ce sont les Européens qui ont lancé l’idée du principe de précaution, eux qui sont à l’avant-garde en la matière, … et eux qui sont dans l’arrière-garde du développement technologique ». Mais au-delà, comment faire avec des sciences que l’on peut qualifier d’incertaines et qui le resteront, telles la climatologie, l’écologie…? questionne un autre membre de l’assistance. Une théorie du choix social s’est développée en la matière, fondée sur une approche rationnelle et raisonnable, poursuit ce dernier. Réponse de Philippe Busquin : « C’est en effet cette troisième voie qui me semble intéressante à suivre. On ne peut plus penser le progrès en termes strictement positivistes. Mais il faut trouver un modèle méthodologique qui permette d’amorcer des réponses aux questions susceptibles de se poser avant de les livrer à l’opinion publique. Or aujourd’hui, nous sommes dans une sorte d’affrontement entre les croisés du principe de précaution et ses anti-croisés, favorables au développement sans contrôle social de la science et de la technologie ».
D. Chouchan

CFM56-7 | © CFMI
Propulsion : les grands enjeux du futur
Avec un peu plus de dix milliards d’euros de chiffre d’affaires, l’équipementier Safran s’est hissé dans la catégorie des trois à quatre leaders mondiaux du secteur, rappelle Jean-Paul Herteman lors de sa rencontre avec les membres de l’Académie des Technologies, le 10 février 2010. Parmi ses activités, plus de la moitié porte sur la propulsion, ajoute le président du Directoire du groupe. Ce dernier était donc particulièrement bien placé pour répondre aux questions des académiciens concernant les enjeux du futur en matière de propulsion. Dans son allocution d’ouverture, le président de l’académie Alain Pompidou a en outre insisté sur la brillante carrière de celui qui, aujourd’hui, est également membre du Conseil de pilotage du Conseil stratégique pour la recherche aéronautique civile (Corac) et de l’European Security Research and Innovation Forum (ESRIF).
Le produit phare de Safran, qui représente environ 25 % de son chiffre d’affaires : le moteur CFM56, « le plus gros succès de toute l’aviation civile », précise Jean-Paul Herteman. Vingt milles CFM56 équipent à ce jour les avions de ligne dans le monde et, en dépit de la crise, cinq années de production sont assurées à en juger par les carnets de commande. « Si le CFM a pris la première place dans le monde », poursuit-il, « c’est qu’il était le fruit d’un véritable saut technologique » : alors qu’il entrait en service, à la fin des années 1970, ce moteur permettait déjà de réduire de 15 à 25 % la consommation spécifique, grâce notamment à l’amélioration du rendement de propulsion. Quant aux coûts de maintenance à l’heure de vol, ils se voyaient divisés par deux. A la faveur de l’intensification du trafic prévue pour les prochaines décennies, dans un contexte de contraintes environnementales accrues, il va encore falloir réduire la consommation d’énergie, les émissions polluantes et les nuisances sonores.
Comment faire ? L’un des leviers est de jouer sur le rendement de propulsion, ce qui peut conduire à faire évoluer les architectures (par exemple vers des systèmes à mi-chemin entre le turboréacteur caréné et le turbopropulseur). L’autre levier important est celui de l’allègement, le choix des matériaux y joue un rôle clé. Depuis le début des années 1990, Safran travaille, entre autres, sur un nouveau concept de composites à base de fibres de carbone et de résines organiques : l’idée est de s’affranchir du risque de délaminage, caractéristique d’un tissage bidimensionnel de ces fibres, grâce à la mise en œuvre d’un tissage tridimensionnel assurant le lien entre les différentes couches. Pour les parties les plus chaudes des moteurs, des recherches sur des composites à base de céramiques sont menées conjointement par des équipes du CNRS, du CEA et de SNECMA Propulsion Solide au sein du laboratoire mixte bordelais LCTS (Laboratoire des composites thermostructurés), en utilisant là aussi des renforts tridimensionnels. Testée avec succès sur des avions militaires, cette technologie est actuellement développée pour les avions civils. Plus généralement, l’ensemble des innovations en cours (architecture, matériaux…) devrait permettre de réduire la consommation de carburant de 10 à 15 %, les émissions polluantes et les nuisances sonores de plus de 50% sur la nouvelle génération de CFM, Le LEAPX, prévue pour 2016.
A plus long terme, d’ici à 2040 environ, les choses peuvent encore considérablement changer : « Il n’est pas exclu que se produise une nouvelle rupture technologique », souligne Jean-Paul Herteman. De quel ordre ? Une des idées serait de passer à une combustion/compression isochore. Pour y parvenir, il reste bien entendu à lever certains verrous technologiques, même si quelques prototypes de recherche sont d’ores et déjà testés. Mais la raréfaction des ressources de carburants fossiles et l’augmentation de leur prix obligent à relever de tels défis. Autre défi de taille : celui de la formation d’ingénieurs et de techniciens aptes à prendre la relève de ceux dont la retraite prochaine est programmée. Sollicité sur cette question par la salle, Jean-Paul Herteman forge d’abord le souhait que les diplômés des Grandes Ecoles ne se fassent plus happés par les métiers de la finance. Il suggère ensuite que la formation soit plus ouverte sur l’international. Enfin, insiste-t-il, il serait bon que les responsables d’industrie ou de laboratoires de recherche prennent le temps de s’adresser aux jeunes et de leur communiquer leur passion des métiers de la science et de la technique.
D. Chouchan

© LOUVIOT Gilles / INRA |
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Le 13 janvier 2010, l’agriculture s’est invitée à l’Académie des Technologies en la personne de Luc Guyau, président de l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture et président indépendant du Conseil de la FAO. Thème de son intervention : « L’agriculture de demain : quels modèles ? quelles technologies ? »
L’agriculture occupe une place centrale dans le cœur des Français mais surtout dans notre économie, a rappelé Luc Guyau. Elle représente 3,1 % de l’emploi et, depuis une dizaine d’années, de l’ordre de 9 milliards d’euros d’excédent de la balance commerciale, pour une surface cultivable de 30 millions d’hectares (soit 16 % des terres agricoles de l’Union européenne) à peu près répartis sur tout le territoire. La France contribue ainsi à hauteur de 19 % à la production agricole européenne. Pour atteindre ce niveau, l’activité agricole s’est appuyée sur une grande modernisation : modernisation du matériel et de l’organisation du travail, nouvelles techniques de culture, etc.
L’un des enjeux les plus importants pour le futur est bien sûr l’enjeu alimentaire, a souligné Luc Guyau, sachant que nous serons probablement 9 milliards d’individus sur la planète à l’horizon 2050, contre 6 milliards en 2000 et seulement 3 milliards au début des années 1950 : « On pourra certes nourrir ces 9 milliards, à condition toutefois de le faire sur un autre modèle que les modèles de consommation européen et américain ». Mais pour y parvenir, il faudra de toute manière produire plus, et en utilisant des moyens plus respectueux de l’environnement (moins de produits phytosanitaires, moins de consommation d’eau…).
Les technologies ont donc un rôle majeur à jouer. Elles permettent d’améliorer les performances mais vont aussi aider à garantir la sécurité d’approvisionnement : dans les pays en développement par exemple, environ 30 % de la production agricole n’arrive pas au consommateur, du fait de problèmes de stockage en particulier. Les technologies doivent également aider à réaliser des économies sur les ressources naturelles (eau, énergie…) et à améliorer les pratiques agricoles au regard des risques de pollution, etc. A signaler enfin que la question des ressources génétiques comme celle de la maîtrise énergétique ont été retenues comme problématiques de recherche appliquée dans le cadre du grand emprunt.
Quelles nouvelles technologies pour demain ? Elles sont de plusieurs ordres. Elles concernent évidemment le machinisme agricole (robots de traite…), mais aussi l’amélioration variétale, le génie génétique… ou encore les valorisations non alimentaires (biocarburants, chimie verte….). S’ajoutent à cela les technologies de l’information et de la communication (par exemple le GPS, dont nombre d’agriculteurs se sont d’ores et déjà équipés) et les techniques de marquage électronique des animaux… Quant aux biotechnologies, en particulier les OGM, c’est sans ambages que Luc Guyau affirme sa position sur la question : « Le principe de précaution, oui, le principe d’exclusion et de blocage, non : nous n’avons pas le droit d’arrêter la recherche sur ces sujets ».
Le progrès technique est d’autant plus déterminant que la production agricole est dépendante de nombreux facteurs, comme la crise et les émeutes de la faim des années 2007-2008 sont venus le rappeler. Ces facteurs sont d’ordre économique (prix des matières premières en particulier), environnemental (stress hydrique, changements climatiques, érosion des terres, excès d’intrants…) ou encore social (urbanisation galopante…). Depuis quelques années, et la question n’a pas manqué d’être posée par la salle, émerge en outre le risque d’une concurrence entre cultures vivrières et cultures énergétiques. Pour le président indépendant du Conseil de la FAO, les unes et les autres peuvent être envisagées de manière complémentaire, à la seule condition toutefois de savoir raison garder : les terres consacrées aux cultures énergétiques ne devront pas excéder une proportion raisonnable de l’ensemble. En tout état de cause, ajoute-t-il, chaque pays doit impérativement s’attacher à maintenir une certaine souveraineté alimentaire tandis que des politiques agricoles ambitieuses doivent être mises en place à toutes les échelles.
D. Chouchan




Stratégie de l'innovation de l'OCDE : rencontre avec Pier Paolo Padoan, Secrétaire général adjoint de l'OCDE