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Pour une stratégie d’innovation face aux défis du futur Rencontre avec Alain BENICHOU, Président de IBM France

14/09/2011

IBM compte 400 000 salariés, dont la moitié dans les marchés en croissance, et dispose d’une « académie des technologies » propre, regroupant 800 experts de tous niveaux. Ses 80 experts les plus gradés (IBM Fellow) ont accès à la totalité des moyens d’IBM en termes de développement technologique. IBM est la première entreprise mondiale en termes de dépôt de brevets, avec 5 800 brevets publiés chaque année.

On observe aujourd'hui une évolution forte des modèles dans le secteur des TIC. Dès 2003, la mort du PC était annoncée par un ingénieur indien de notre « académie des technologies », les tablettes devant remplacer les ordinateurs. IBM a agi rapidement et a, en 2005, vendu à LENOVO.

L’environnement actuel est complexe. IBM s’adresse aujourd'hui aux entreprises et non plus aux consommateurs. Il s’agit aujourd'hui de faire face au défi de l’explosion des données.

En 100 ans, IBM a apporté un certain nombre d’innovations technologiques, telles que le système Sabre (pour la réservation des places d’avions) en 1960, le code barre en 1973, la technologie de chirurgie laser oculaire, le concept de e-business en 1995 ou encore qui équipe toutes les consoles de jeux vidéo..

A partir de 1993, le business model d’IBM s’est centré sur le métier de ses clients. Cette stratégie a été maintenue grâce à la puissance de la R&D IBM, dont le budget s’est établi à 6 % du chiffre d'affaires d’IBM, soit 60 milliards de dollars, au cours des dix dernières années.

Samuel PALMISANO, PDG d’IBM participe chaque année au Global Technology Outlook : il s’agit de prévoir les grandes évolutions technologiques du futur et les acquisitions les plus pertinentes.

IBM dispose, en France, du troisième laboratoire de développement de logiciels du monde, avec 700 développeurs et annoncera prochainement la mise en place du France Lab, qui réunira la totalité des entités de R&D.

Entre 2000 et 2010, IBM a investi 70 milliards de dollars pour acquérir 120 sociétés pour la plupart spécialisées dans le domaine de l’analyse prédictive de données, dont ILOG, spécialisée dans la mise en place de systèmes optimisés, capables de s’autogérer et de s’autocontrôler.

Nous voyons quatre grandes évolutions dans les prochaines années.

L’évolution à venir de la nanotechnologie. Elle n’est pas aussi simple qu’on le croit. Chaque puce compte des milliards de composants et doit passer de 2D à 3D, avec des connecteurs optiques et non plus physiques. Les matériaux eux-mêmes évolueront, avec des densités de performance extrêmement supérieures aux matériaux actuels.

IBM met aujourd'hui en place un transistor dont l’objectif est de séquencer l’ADN à l’échelle nanométrique et à un coût très réduit (quelques dollars au lieu de 1 000). Cette évolution accroîtrait la capacité d’analyse des données et permettrait de créer une médecine réellement personnalisée.

IBM a également conçu un matériau polymère d’une taille de 200 nanomètres dont l’objectif est de traquer et tuer les staphylocoques.

L’optimisation des systèmes qui demande des investissements considérables, est une autre grande évolution essentielle. La performance des ordinateurs se mesure aujourd'hui en pétaflops. Il s’agit de passer aux exaflops. Ces calculs sont utilisés, par exemple, dans les simulations de vieillissement de centrales nucléaires.

IBM a placé la technologie au cœur de sa stratégie : l’objectif est de proposer un contenu qui apporte de la valeur aux entreprises. On se dirige aujourd'hui vers une analyse prédictive des données. C’est la troisième évolution. On créée aujourd'hui l’équivalent de plusieurs bibliothèques nationales de données par an. Leur stockage et leur analyse sont essentiels. Les entreprises attendent un traitement de ces données en temps réel. IBM a créé un modèle de base de données analysée en temps réel, à la volée : le stream system. Un tel outil peut être utilisé dans la prévention des risques climatiques.

Enfin, la quatrième grande évolution, c’est celle des ordinateurs eux-mêmes, qui vont changer radicalement. Le jeu, souvent est annonciateur de nouveautés technologiques. IBM a créé le système WATSON, qui a appris 200 millions de pages et a pu, grâce à ses systèmes synoptiques, vaincre les deux meilleurs joueurs de Jeopardy. Ces systèmes intelligents sont l’avenir de l’informatique. La technologie de WATSON a de grands champs d’applications, la prédiction des embouteillages, la gestion des flux de trafic ou bien la recherche des interactions de médicaments par exemple. Les entreprises passeront certainement, à l’avenir, à des systèmes d’information en nuages (Cloud), dans lesquelles les données sont stockées dans un data center. IBM a investi 300 millions d’euros dans la mise à disposition de data centers pour les utilisateurs français. Ces systèmes, utilisés par exemple pour Roland Garros, doivent être particulièrement sûrs.

IBM se préoccupe également du développement durable et souhaite pouvoir installer des systèmes photovoltaïques sur les vitres de tous ses immeubles et récupérer la consommation énergétique des ordinateurs. 

Les jeunes d’aujourd'hui découvrent le travail collaboratif virtuel. Ils ont totalement intégré les réseaux sociaux. IBM doit se saisir de ces capacités de collaboration virtuelle et les mettre en œuvre de la même façon dans les entreprises.

Sur chaque business line, IBM est confronté à des concurrents très forts. L’objectif est d’être numéro 1 ou 2 partout. Il faut constamment apporter une valeur supérieure à celle des concurrents. En revanche, IBM ne se positionne pas par rapport à ses concurrents en matière de Global Technology Outlook. IBM est meilleur en innovation qu’en réaction à la concurrence. ORACLE, qui a fondé ses travaux sur l’analyse de données, est le concurrent essentiel d’IBM.

IBM s’investit également dans la recherche dans le domaine de la gestion intelligente des grands réseaux électriques, notamment avec EDF (smart grid). Il existe, pour les particuliers, des energy box permettant de gérer leur propre réseau d’électricité. IBM consacre toute une équipe à ce sujet et mène aujourd'hui une expérimentation en Bretagne.

La formation des chercheurs à l’approche Systèmes et à l’analyse prédictive de données est clairement identifiée. IBM compte aujourd'hui un grand nombre de partenaires dans les universités et grandes écoles. Il est essentiel, pour IBM, de disposer de pôles d’excellence en la matière. Il se pose néanmoins des problèmes d’attractivité pour les métiers scientifiques et technologiques. La balle est aujourd'hui dans le camp des entreprises : ce manque d’attractivité est principalement lié aux salaires supérieurs que propose le secteur de la Finance. Il convient de mettre en place des parcours mondiaux pour les ingénieurs et de leur offrir des carrières internationales. Il faut également créer des systèmes de management des talents : la différenciation et l’individualisation des salaires sont en ce sens essentiels. Comme le disait Henry Kissinger, « If you give peanuts, you get monkeys ». Les entreprises doivent enfin s’investir dans la formation et intervenir dans les écoles, trop souvent autocentrées.

l'engagement d'OSEO dans la politique d’innovation de la France : rencontre avec F. Drouin, 13/10/10

13/10/2010

« Pas d’innovation sans une vision du marché », tel est l’un des credo d’OSEO, rappelle à plusieurs reprises son président-directeur général François Drouin, alors qu’il était invité le 13 octobre à rencontrer les membres de l’Académie des technologies. Le thème de cette rencontre : l’engagement de son entreprise dans la politique d’innovation de la France. En préalable à son intervention, François Drouin ne manque d’ailleurs pas de remercier Alain Pompidou pour cette invitation, compte tenu de l’engagement de l’Académie des technologies dans une réflexion de fond sur la question de l’innovation et sur bien d’autres sujets essentiels pour la croissance de l’économie française.

Aux yeux du président d’OSEO, cela ne fait aucun doute : « C’est par l’innovation que les économies occidentales pourront combler leur gap de croissance par rapport aux pays émergents ». L’innovation est en effet une source inépuisable de création de richesses, ajoute-t-il, mais également de création d’emplois dans des secteurs nouveaux. Il est donc indispensable de soutenir les entreprises qui portent ces innovations : « Il faut les soutenir, les aider à grandir tout en favorisant leur implantation durable sur notre territoire et en évitant qu’elle ne soient rachetées précocement par des groupes étrangers », insiste François Drouin.

C’est là que le bât blesse. L’une des raisons, précise-t-il, tient au modèle français de valorisation de la recherche, plus fondé sur le « technology push » que sur le « market pull », comme par exemple en Allemagne ou en Angleterre. « En France, les chercheurs travaillent à partir de financements publics alloués selon des logiques sectorielles, sans aucune garantie de commercialisation à la clé », explique-t-il. Dans la démarche market pull en revanche, ce sont les entrepreneurs qui sélectionnent les idées les plus prometteuses produites par la recherche pour les porter sur le marché. Innovation et recherche sont certes complémentaires mais, jusqu’à ce jour, le système français n’a pas su mettre en place des relais suffisants entre les mondes de la recherche et de l’entreprise, ajoute François Drouin, même si la création des pôles de compétitivité va dans le bon sens. 

Dans ce contexte, OSEO exerce pour sa part trois métiers complémentaires, rappelle son président : le soutien de l’innovation, la garantie des financements bancaires et des organismes de fonds propres et le financement (au côté des banques) des investissements et du cycle d’exploitation. C’est ainsi que pour la seule année 2009, OSEO a permis à 80 0000 entreprises d’obtenir 25 milliards d’euros de financements. L’entreprise décline son offre dans le cadre de deux approches. La première est l’aide au transfert d’un résultat de recherche ou d’une idée innovante vers le monde industriel, après étude de marché : c’est la fameuse démarche technology-push de valorisation des résultats de recherche par les organismes de recherche publique.

Mais autant que faire se peut, OSEO privilégie la seconde approche (market pull), nettement plus prometteuse en termes de croissance : celle-ci consiste à partir des besoins du marché ou de ceux identifiés par les entrepreneurs. Et l’orateur de donner l’exemple emblématique de l’entreprise CARMAT, créée pour développer le cœur artificiel. Cet exemple est en effet le fruit de la rencontre d’une technologie et d’un besoin, et plus précisément de la combinaison de trois facteurs : la connaissance scientifique (équipe du professeur Alain Carpentier), la maîtrise de nouveaux matériaux (EADS), le besoin d’organes pour la chirurgie cardiaque. Illustration, s’il en est, du propos qui aura servi de fil rouge à la conférence de François Drouin : le succès d’une innovation impose une vision préalable du marché (un business plan).

On notera toutefois qu’en ce qui concerne la recherche, l’un des membres de l’assistance pointe le fait que ce terme recouvre des réalités bien différentes, à savoir la recherche dite fondamentale (ou recherche de connaissances), la recherche finalisée et la recherche industrielle. Ne serait-il pas utile d’en tenir compte, sachant que la recherche finalisée représente environ 60 % des financements publics de recherche ? Un argument sur lequel la discussion restera ouverte… François  Drouin relève que cette recherche finalisée rapporte vraiment très peu, ne serait-ce qu'en nombre de brevets déposés.

« Technologies, urbanisme et compétitivité : un enjeu pour la France » : rencontre avec Benoist Apparu, 8/9/10

08/09/2009

« Technologies, urbanisme et compétitivité : un enjeu pour la France » : tel est le thème sur lequel le secrétaire d’Etat chargé du Logement et de l’Urbanisme, Benoist Apparu, a été convié à s’exprimer, le 8 septembre, à l’Académie des technologies. Son président Alain Pompidou, après avoir rappelé quelques étapes de la brillante carrière politique de son invité, a souligné l’opportunité de sa venue : « Cette rencontre tombe à point nommé alors qu’une grande partie de l’Académie des Technologies se retrouve dès demain à Marne-la-Vallée pour une manifestation organisée avec le pôle de compétitivité ADVANCITY sur la problématique des “Villes post-carbone” ».

Avant d’aborder l’aspect urbanistique, Benoist Apparu rappelle l’importance de l’enjeu que représente l’efficacité énergétique dans le bâtiment : « C’est sans doute là que nous pouvons réaliser les plus grandes économies d’énergie et les plus fortes réductions d’émissions de gaz à effet de serre ». Car même si ces émissions sont du même ordre que celles du secteur automobile, il est possible d’agir à beaucoup plus brève échéance dans le bâtiment, ajoute le secrétaire d’Etat : les techniques de construction ou de rénovation propres à les limiter sont en effet bien maîtrisées. Autour de la question du bâtiment, poursuit-il, convergent en outre les trois composantes du développement durable : l’environnement, mais aussi le développement économique (plusieurs milliards d’euros de travaux de réhabilitation à engager dans les bâtiments existants) et le développement social (la facture énergétique de chaque logement pourrait être réduite de moitié).

Un premier rendez-vous a été pris au 1er janvier 2011, rappelle-t-il : dès lors, toutes les nouvelles constructions dans le tertiaire devront respecter les normes de bâtiment basse consommation (BBC). Second rendez-vous : à partir du 1er janvier 2013, c’est l’ensemble des logements qui devront être construits selon ces normes. « La bonne nouvelle, pour le neuf, est que le marché semble absorber ces contraintes très rapidement ». Le démarrage est un peu plus lent dans la rénovation. Enfin, à l’horizon 2020, il s’agira de passer à l’étape suivante, à savoir au bâtiment à énergie positive.   

Reste que les vrais effets de levier sont dans la construction même de la ville, souligne Benoist Apparu : « Aujourd’hui, nous ne pensons pas la ville de manière globale : nous envisageons ses composantes indépendamment les unes des autres, qu’il s’agisse des transports, de l’habitat, des activités, des loisirs, de la gestion des déchets… ». Or, ajoute-t-il, c’est dans la construction cohérente des villes dans leurs différentes fonctions que l’impact environnemental sera déterminant : « Penser la ville de demain représente en fait un enjeu bien plus important que l’efficacité énergétique des bâtiments ».

Dans ce contexte,un certain nombre d’initiatives ont été lancées. Par exemple le projet « Ville durable », qui associera deux niveaux d’intervention : celui d’un quartier et celui d’une cité. Le projet EcoCité, qui impliquera treize villes et qui sera pour partie financé par le grand emprunt, est particulièrement ambitieux : son objectif est d’imaginer la construction de la ville de demain, et dans ce cas dans un environnement déjà urbanisé puisque la contrainte, pour ces treize villes, est d’accueillir 50 000 nouveaux habitants dans les années qui viennent.

Mais au-delà de ces projets, indique Benoist Apparu, « Il nous faut repenser l’urbanisme dans un sens beaucoup plus conforme aux critères de développement durable ». A cet égard, les messages risquent d’être plus compliquées à faire passer : pour rationaliser l’organisation urbaine, et en particulier réduire la mobilité, les temps de transport…, ajoute le secrétaire d’Etat, il faudra bien opter pour un habitat plus dense. Cela va à contre-courant des tendances actuelles et notamment du rêve de maison individuelle. L’enjeu culturel est considérable, et les choses ne vont pas aller sans frictions, au plan des collectivités locales notamment. Autre enjeu et gros chantier pour l’avenir au niveau des collectivités locales : une nouvelle répartition entre pouvoirs communaux et intercommunaux (droit des sols, la fiscalité…).

Le chemin est difficile, mais Benoist Apparu réaffirme sa conviction : « C’est dans la construction même des villes que l’on a les gisements d’économies d’énergie les plus importants et surtout de ressources pour avancer vers un développement durable ».

 

 

 

Stratégie de l'innovation de l'OCDE : rencontre avec Pier Paolo Padoan, Secrétaire général adjoint de l'OCDE

07/07/2010

« Désormais, l’innovation sera de plus en plus au centre des stratégies politique et économique des pays, qu’il s’agisse des pays développées, émergents ou en développement », affirme Pier Carlo Padoa, secrétaire général adjoint de l’OCDE  La stratégie pour l’innovation de l’OCDE a été présentée en conseil interministériel en juin 2010. La rencontre organisée par l’Académie des technologies le 7 juillet tombait donc à point nommé, et c’est chaleureusement que Alain Pompidou retrace le brillant itinéraire de son invité Pier Carlo Padoa, avant de lui donner la parole.

« Il faut avoir une vision nouvelle de l’innovation, et donc une nouvelle stratégie également », souligne-t-il d’entrée de jeu. L’innovation, qui ne réduit pas aux hautes technologies, est en effet l’un des facteurs essentiels de croissance économique. Et Pier Carlo Padoa d’ajouter : « Il ne suffit pas d’avoir un ministre de l’innovation : le premier Ministre doit être en charge de la politique d’innovation ». L’enjeu est en effet trop important : dans les dix années qui ont précédé la crise, plus de 50 % de la croissance additionnelle d’un certain nombre de pays s’expliquait par des investissements dans l’innovation et dans la connaissance (formation et recherche). 

Comment développer une politique pour l’innovation ? On pourrait raisonnablement s’attendre à ce que la récession actuelle relance l’innovation, ne serait-ce que pour sortir de la crise, indique-t-il. Mais au-delà, on peut identifier des tendances lourdes. Par exemple, la nécessité de s’adapter aux changements climatiques va induire un nouveau mode de croissance, ainsi que de nouveaux modes de consommation et d’utilisation des ressources. Cette « croissance verte » s’appuiera certes sur des innovations, mais dans une acception qui dépasse la seule R&D. D’une part, celles-ci ne résultent pas toujours d’une phase de recherche et développement. D’autre part, elles doivent s’articuler avec toutes sortes d’autres composantes de la société (activités de services, services publics…).

Quelles priorités ? Education et amélioration de sa qualité sont bien entendu les premières d’entre elles. Nous devons par ailleurs veiller à ce que les investissements pour l’innovation soient bien utilisés, indique Pier Calo Padoa : il faut à la fois des producteurs et des consommateurs « intelligents ». Autre enjeu majeur : comment trouver un équilibre entre concurrence et collaboration entre entreprises ? Cette question est particulièrement complexe.

Toujours est-il que pour favoriser une innovation plus ouverte, poursuit Pier Carlo Padoa, un certain nombre de conditions doivent être réunies : plus d’interdisciplinarité, plus de mobilité professionnelle (géographique mais aussi intellectuelle), etc., mais aussi le développement de nouveaux « marchés de connaissances ». Quant à l’action publique de soutien à l’innovation, l’une des grandes difficultés est celle de d’identifier le moment opportun pour qu’elle s’exerce efficacement.

Parmi la multiplicité des facteurs à prendre en compte, il faut également évoquer les lieux de production de l’innovation, qui se situent majoritairement dans les jeunes entreprises. Il va falloir les aider à se renforcer et à se développer, en les incitant notamment à s’appuyer sur les réseaux d’innovation globale. La géographie de l’innovation est elle-même en train de changer, avec un nombre croissant d’acteurs et surtout le rôle de plus en plus décisif des nouveaux pays (Inde, Chine…). 

Quoi qu’il en soit, une politique d’innovation ne sera couronnée de succès que si l’on parvient à développer une « capacité d’absorption » : « Il faut non seulement du capital humain pour produire du nouveau, mais surtout pour utiliser les produits nouveaux, ce qui impose de les adapter aux spécificités locales », souligne Pier Carlo Padoa. D’où, là encore, la nécessité d’améliorer la formation et plus globalement les relations entre le secteur privé et le secteur public. Enfin, tous les arguments précédents montrent que l’innovation met en jeu des systèmes complexes. Il ne peut donc y avoir aujourd’hui de politique d’innovation qui ne soit pas systémique.

Il va de soi qu’une politique d’innovation doit se concevoir sur le moyen et long terme, ce qui n’empêche pas de s’interroger sur des questions aujourd’hui cruciales, notamment dans les sociétés développées, et dont l’une a été posée par un membre de l’assistance : comment s’orienter vers des innovations qui soient à haute intensité de main d’œuvre, sachant que les explosions sociales pourraient intervenir bien avant les problèmes écologiques de la planète de 2050 ? Question très vaste Pier Carlo Padoa n’a le temps que d’effleurer. En particulier, une réflexion doit impérativement être menée selon lui sur les changements à opérer dans les institutions du travail en Europe. « Il faut par exemple sortir du soutien à court terme de l’emploi et porter les efforts sur la ré-allocation de travail », ce qui passe une fois de plus, à moyen et long terme, par plus de formation et une formation de meilleure qualité afin de renforcer les qualifications et leur diversité.

 

Le nouveau paysage de la recherche française pour affronter les défis des sciences de la vie et de la santé : rencontre avec André Syrota, président -directeur général de l'Inserm

09/06/2010

Début avril 2009 était créée l’Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan), avec à sa présidence le professeur André Syrota, président-directeur général de l’Inserm. L’objectif, comme l’a rappelé le vice-président de l’Académie des technologies Bruno Revellin-Falcoz dans son discours d’accueil d’André Syrota, était de rendre la recherche biomédicale française plus visible et réactive, tant au plan national qu’international. Le 9 juin, ce dernier était précisément invité à évoquer devant les académiciens « Le nouveau paysage de la recherche française pour affronter les défis des sciences de la vie et de la santé ».

André Syrota commence par faire le point sur quelques éléments de contexte ayant conduit à la création d’Aviesan et sur lesquels se fondent les projets à venir. Premier constat : le bon niveau de la recherche française dans les organismes de recherche, tant au plan fondamental que dans le secteur biomédical, si l’on en juge par les indices d’impact des publications de l’Inserm, du CNRS ou de l’Institut Pasteur. Le deuxième constat concerne la recherche universitaire. A cet égard, le diagnostic doit être nuancé, pour des raisons historiques et en particulier du fait du trop grand nombre d’établissements (83 universités sur le territoire national). Or la moitié des moyens de l’Inserm (mais aussi du CNRS) sont distribués dans cinq d’entre eux seulement (quatre universités parisiennes et Aix-Marseille 2), tandis que 80 % de l’Inserm est réparti dans douze universités, les mêmes qui bénéficient par ailleurs de l’initiative des campus lancée dernièrement par le ministère et qui abritent les CHU d’excellence. Dernière observation : « Le monde entier nous envie nos centres d’investigation clinique, qui sont en train de faire école en Chine, en Inde… ».

Autre élément du paysage, les quatre recommandations faites par le comité international de haut niveau qui a procédé à l’évaluation de la stratégie de l’Inserm. Selon ce comité « la France devrait unifier son système de recherche dans les sciences de la vie et de la santé ; il devrait créer un institut unique dans ce domaine ; il serait nécessaire de revoir le statut des chercheurs et notamment réévaluer leur salaire ; enfin une période de transition sera nécessaire pour la mise en place de ces réformes ». Enfin, dans le cadre de la stratégie nationale pour la recherche et l’innovation, il est clairement demandé de renforcer les interfaces publics privés et de placer l’Europe au cœur du processus.

Qu’est-ce qu’Aviesan ? L’Alliance n’a pas de statut en soi mais regroupe dix instituts thématiques multi-organismes (ITMO) qui couvrent l’ensemble des champs des sciences de la vie et de la santé. Parmi les premiers résultats très positifs, souligne André Syrota, il faut signaler la formidable simplification des partenariats avec l’industrie : un interlocuteur unique se substitue désormais à la multiplicité des interlocuteurs (CNRS, Inserm, universités…), ce qui change tout pour un industriel. Un comité stratégique des industries de santé s’est en outre tenu à l’Elysée en octobre 2009 afin d’élaborer un certain nombre de résolutions pour l’avenir, en particulier l’ouverture aux industriels des bases de données épidémiologiques de la CNAM.

Pour le futur, il s’agit d’être le plus réactif possible aux avancées des sciences de la vie, à l’heure de révolutions conceptuelles profondes et du développement de la « biologie lourde ». Parmi les grands enjeux, la médecine dite personnalisée, sachant que l’on pourra bientôt accéder au génome individuel. Mais, insiste André Syrota, il faudra tenir compte de la sensibilité du public désormais instantanément au courant de l’actualité scientifique. Un sujet dont la représentation nationale, entre autre à travers l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques) à décider de se saisir.« Le rôle d’Aviesan sera précisément d’identifier les grands enjeux du futur, avec toutes leurs conséquences sur la société, de mettre en place les moyens nécessaires pour les chercheurs, y compris en faisant revenir des chercheurs de l’étranger par des propositions attractives, de s’intéresser à l’espace européen de la recherche, etc. », souligne André Syrota.

En matière de partenariat public-privé, l’idée est de faire émerger des projets technologiques structurants au niveau des dix ITMO. Exemple déjà mis en œuvre : un projet de système de stimulation rétinienne avec des implants à base de diamants. Enfin, une nouvelle structure, Covalliance (émanation de l’Alliance), gérera les questions de propriété intellectuelle inter-organismes, entre autres. En conclusion, André Syrota cite quelques uns des propos du Président de la République, lors de la réunion du 4 juin 2010, qui resituent bien l’ambition d’Aviesan, en particulier : « L’Alliance a vocation à jouer, à la manière de l’Institut national de la santé aux Etats-Unis, un rôle central dans le pilotage de la recherche […] ».