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2007

"Situation et perspectives d’une industrie de haute technologie"

16/11/2007

avec Charles Edelstenne, Président de Dassault Aviation et de DASSAULT Systèmes

Expert comptable de formation, Charles Edelstenne est entré dans la société Avions Marcel Dassault au début des années 1960 et, quarante ans après, est devenu le président-directeur général de Dassault Aviation : il connaît mieux que personne ce fleuron de l’industrie aéronautique française, créé il y a une soixantaine d’années par Marcel Dassault. Le Président de l’Académie des Technologies François Guinot ne manque pas de souligner le parcours exceptionnel de ce successeur du fils Dassault. Il fut aussi l’un des initiateurs et artisans de la création de Dassault Systèmes au début des années 1980. « Situation et perspectives d’une industrie de haute technologie », tel est le thème sur lequel l’Académie l’a invité à s’exprimer lors de la rencontre qu’elle a organisée le 16 octobre 2007.
François Guinot donne le ton en évoquant le Falcon 7X : « Un avion certifié sans avoir été précédé d’un prototype !, une première mondiale qui est le fruit de décennies d’expérience ». Ce dernier né des avions d’affaires a en effet été entièrement réalisé dans le cadre d’une démarche d’ingénierie concourante, explique Charles Edelstenne : « Beaucoup en avaient rêvé depuis une vingtaine d’années. Nous l’avons fait, et ce grâce aux outils très performants que nous avons mis au point et amélioré au fil des ans : en particulier le logiciel CATIA (conception assistée par ordinateur), le logiciel ENOVIA (gestion de l’ensemble des données) et enfin la gamme de produits DELMIA (modélisation et conception des moyens de production) ». Quelque 1500 ingénieurs ont ainsi travaillé à distance sur une maquette numérique commune (via une plate-forme virtuelle) : un gain de temps et d’efficacité aussi considérable qu’indispensable à l’heure où la concurrence mondiale se fait plus implacable que jamais.
Après avoir rappelé les grandes étapes historiques du développement de l’industrie aéronautique (civile et militaire), Charles Edelstenne a en effet posé le décor dans lequel se déploie aujourd’hui la stratégie de son entreprise : regroupements et fusions aux USA,  reconsolidation de l’industrie aéronautique russe, évolution des  entreprises européennes du secteur, faiblesse des budgets européens par rapport aux budgets américains, ouverture totale du marché, … C’est dans ce contexte que Dassault a fait le choix de la flexibilité, en étant désormais à la pointe de l’entreprise numérique. Ce modèle a d’ailleurs immédiatement été suivi par Boeing, pour le 787, a-t-il précisé. En ce qui concerne le marché, il a fallu faire face à la diminution importante des budgets de défense. Dassault a donc investi lourdement dans l’aviation civile : « En 1990, nous faisions 90 % de notre chiffre d’affaires avec le secteur militaire. Aujourd’hui, le civil est devenu majoritaire, avec 75 % du chiffre d’affaires et, ces dernières années, les prises de commande en civil ont même atteint 90 % ».
La richesse de son exposé a suscité une multitude de questions : sur le problème de l’Europe de la Défense, sur celui des fluctuations politiques, sur les technologies duales, sur la prévention des accidents, …. Question aussi sur l’un des points qui fait l’une des forces de frappe technologique de Dassault, ses outils logiciels : pourquoi avoir mis à la disposition de la concurrence des systèmes aussi performants ? « La réponse est simple : nous avions en effet une avance. Mais nous avons préféré essayer d’en faire un standard international, et pour cela nous devions les mettre sur le marché. Pourquoi ce choix ? Essentiellement parce qu’il eût été illusoire, et suicidaire pour l’entreprise, de financer pour nos seuls besoins les développements nécessaires futurs ». Autre avantage : Dassault a ainsi profité du contact avec les méthodes et pratiques des concurrents, mais aussi des développements de ses produits, des développements que la firme n’aurait probablement pas faits en restant cloisonnée dans sa propre culture.
En conclusion, Charles Edelstenne, a évoqué sa vision de l’industrie du XXIè siècle, du moins dans les technologies de pointe : « Des entreprises virtuelles, avec les meilleures équipes fédérées entre elles grâce à des outils tels que ceux que j’ai évoqués, pour produire au meilleur coût, à la meilleure qualité, avec les cycles les plus courts possibles et en limitant les risques ».

Sur la photo, de gauche à droite : Pierre-Etienne Bost, délégué général, Bruno Revellin–Falcoz, organisateur de la rencontre, Charles Edelsten, Claudie Haigneré, François Guinot, le Président et Yves Farge le vice-président 

D. Chouchan

Etats Généraux de Micado

17/10/2007

Organisés en collaboration avec l’Académie des Technologies et l’Ecole Centrale de Nantes et avec la participation du Pôle de compétitivité EMC2, les États Généraux se dérouleront autour de thèmes clés du Système d'Information du PLM : l’Entreprise Etendue, l’Usine Numérique et la Simulation Numérique. Une réflexion sera menée sur le thème du PLM pour les PME.

 

" l’économie de l’immatériel : la croissance de demain"

Dominique Chouchan | 08/02/2007

avec Monsieur Jean-Pierre Jouyet, Chef du Service de l’Inspection générale des finances

A peine trente ans après le rapport Nora-Minc (1), qui portait sur l’informatisation de la société, le rapport Lévy-Jouyet s’est pour sa part penché sur l’économie de l’immatériel. Trente années au cours desquelles les technologies de l’information et des communications (TIC) ont bouleversé la donne dans tous les secteurs de l’économie. Jean-Pierre Jouyet (2), Chef du Service de l’Inspection générale des Finances, était l’invité de l’Académie des Technologies le 8 février 2007. Son président François Guinot n’a pas manqué de souligner, dans son allocution d’accueil, l’importance que l’Académie attache à l’impact de ces nouvelles technologies sur la croissance, sur l’emploi et sur le développement industriel et économique de la France.

A l’origine, il s’agissait notamment d’actualiser le rapport Nora-Minc, indique Jean-Pierre Jouyet. Le rapport Lévy-Jouyet va bien au-delà puisqu’il décline un grand nombre de propositions visant à placer la France en situation de jouer un rôle de premier plan dans cette nouvelle économie. « L’intuition du ministre chargé des Finances était claire », explique-t-il : « Nous entrons dans une nouvelle économie où les ressorts de la croissance ne sont plus seulement la valeur ajoutée des processus de transformation de matières premières, mais aussi la connaissance, la création, l’imagination, … ». D’où la nécessité, pour les entreprises, de porter une attention plus grande aux problèmes de propriété intellectuelle, de valorisation des marques, d’exploitation des brevets…


L’une des originalités de la démarche a été de s’appuyer sur un véritable partenariat entre acteurs publics et privés. Cette coopération s’est concrétisée dès le départ dans la composition de la Commission créée pour mener l’étude et conduite par Maurice Lévy, président directeur général de Publicis. Elle a également joué un rôle décisif dans l’élargissement de la problématique traitée : « A la demande de la commission, nous avons adopté une démarche plus sociétale que purement descriptive », précise Jean-Pierre Jouyet. Il s’agissait d’analyser les conséquences de cette nouvelle économie pour l’enseignement supérieur et la recherche et, plus généralement, pour tout ce qui a trait à l’attractivité du territoire, à la compétitivité du pays, … Au cœur du questionnement : comment faire pour que l’immatériel devienne un facteur supplémentaire de croissance pour la France ?

Trois principaux constats ont fondé la réflexion : nous sommes désormais condamnés à innover, le développement massif des TIC induit une nouvelle division internationale du travail, nous vivons dans une économie de plus en plus mondialisée et de plus en plus financiarisée. La France dispose d’atouts majeurs, indique Jean-Pierre Jouyet, en particulier de talents et de savoir-faire reconnus, d’infrastructures de qualité et d’un patrimoine exceptionnel. Reste à valoriser ces atouts et à surmonter les blocages, ce qui suppose de modifier profondément nos organisations sur tous les plans : il faut changer de réflexes (mettre fin à l’économie de la rente), mais aussi changer d’échelle (fiscalité, protection des idées et des marques) et de modèle (rénovation de l’enseignement supérieur et de la recherche, meilleur financement de la protection des idées, meilleure valorisation des marques, …).

Dans ce contexte, l’enseignement supérieur et la recherche font figure de priorité. Jean-Pierre Jouyet a notamment insisté sur le retard important du financement de la recherche, non pas de la part du public mais de celle du privé, essentiellement dans les petites et moyennes entreprises (PME). A l’heure où l’immatériel se joue du temps et des frontières et où il compte au minimum pour 20 % de la valeur ajoutée et 15 % du marché de l’emploi en France, il n’y a pas lieu d’être pessimiste, souligne toutefois Jean-Pierre Jouyet, à condition de se donner les moyens de saisir les chances, pour la France, offertes par la nouvelle économie.

(1) Simon Nora et Alain Minc, l’Informatisation de la Société, Le Seuil, 1978.
(2) Depuis juin 2007, Jean-Pierre Jouyet est secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des Affaires européennes
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D. Chouchan