Rencontres
" l’économie de l’immatériel : la croissance de demain"
" l’économie de l’immatériel : la croissance de demain"
avec Monsieur Jean-Pierre Jouyet, Chef du Service de l’Inspection générale des finances
A peine trente ans après le rapport Nora-Minc (1), qui portait sur l’informatisation de la société, le rapport Lévy-Jouyet s’est pour sa part penché sur l’économie de l’immatériel. Trente années au cours desquelles les technologies de l’information et des communications (TIC) ont bouleversé la donne dans tous les secteurs de l’économie. Jean-Pierre Jouyet (2), Chef du Service de l’Inspection générale des Finances, était l’invité de l’Académie des Technologies le 8 février 2007. Son président François Guinot n’a pas manqué de souligner, dans son allocution d’accueil, l’importance que l’Académie attache à l’impact de ces nouvelles technologies sur la croissance, sur l’emploi et sur le développement industriel et économique de la France.
A l’origine, il s’agissait notamment d’actualiser le rapport Nora-Minc, indique Jean-Pierre Jouyet. Le rapport Lévy-Jouyet va bien au-delà puisqu’il décline un grand nombre de propositions visant à placer la France en situation de jouer un rôle de premier plan dans cette nouvelle économie. « L’intuition du ministre chargé des Finances était claire », explique-t-il : « Nous entrons dans une nouvelle économie où les ressorts de la croissance ne sont plus seulement la valeur ajoutée des processus de transformation de matières premières, mais aussi la connaissance, la création, l’imagination, … ». D’où la nécessité, pour les entreprises, de porter une attention plus grande aux problèmes de propriété intellectuelle, de valorisation des marques, d’exploitation des brevets…
L’une des originalités de la démarche a été de s’appuyer sur un véritable partenariat entre acteurs publics et privés. Cette coopération s’est concrétisée dès le départ dans la composition de la Commission créée pour mener l’étude et conduite par Maurice Lévy, président directeur général de Publicis. Elle a également joué un rôle décisif dans l’élargissement de la problématique traitée : « A la demande de la commission, nous avons adopté une démarche plus sociétale que purement descriptive », précise Jean-Pierre Jouyet. Il s’agissait d’analyser les conséquences de cette nouvelle économie pour l’enseignement supérieur et la recherche et, plus généralement, pour tout ce qui a trait à l’attractivité du territoire, à la compétitivité du pays, … Au cœur du questionnement : comment faire pour que l’immatériel devienne un facteur supplémentaire de croissance pour la France ?
Trois principaux constats ont fondé la réflexion : nous sommes désormais condamnés à innover, le développement massif des TIC induit une nouvelle division internationale du travail, nous vivons dans une économie de plus en plus mondialisée et de plus en plus financiarisée. La France dispose d’atouts majeurs, indique Jean-Pierre Jouyet, en particulier de talents et de savoir-faire reconnus, d’infrastructures de qualité et d’un patrimoine exceptionnel. Reste à valoriser ces atouts et à surmonter les blocages, ce qui suppose de modifier profondément nos organisations sur tous les plans : il faut changer de réflexes (mettre fin à l’économie de la rente), mais aussi changer d’échelle (fiscalité, protection des idées et des marques) et de modèle (rénovation de l’enseignement supérieur et de la recherche, meilleur financement de la protection des idées, meilleure valorisation des marques, …).
Dans ce contexte, l’enseignement supérieur et la recherche font figure de priorité. Jean-Pierre Jouyet a notamment insisté sur le retard important du financement de la recherche, non pas de la part du public mais de celle du privé, essentiellement dans les petites et moyennes entreprises (PME). A l’heure où l’immatériel se joue du temps et des frontières et où il compte au minimum pour 20 % de la valeur ajoutée et 15 % du marché de l’emploi en France, il n’y a pas lieu d’être pessimiste, souligne toutefois Jean-Pierre Jouyet, à condition de se donner les moyens de saisir les chances, pour la France, offertes par la nouvelle économie.
(1) Simon Nora et Alain Minc, l’Informatisation de la Société, Le Seuil, 1978.
(2) Depuis juin 2007, Jean-Pierre Jouyet est secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des Affaires européennes.
D. Chouchan





Hubert du MESNIL, Président de Réseau Ferré de France

