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" Innovation, mondialisation, patriotisme économique"

" Innovation, mondialisation, patriotisme économique"

05/07/2006

avec Serge TCHURUK, Président Directeur Général d'Alcatel

Le Président directeur général d’Alcatel, Serge Tchuruk, a tenu à définir d’entrée de jeu son intervention du 5 juillet 2006, à l’Académie des Technologies, comme celle d’un praticien. Alors que la firme qu’il dirige depuis 1995 venait de fusionner avec l’Américain Lucent Technologies, il répondait à l’invitation qui lui avait été faite d’exposer son point de vue sur « Innovation, mondialisation, patriotisme économique ».
En préalable, il a brièvement rappelé quelques uns des aspects qui caractérisent et/ou stimulent le secteur encore jeune des Technologies de l’information et de la communication (TIC) : catalyseurs de changement, concurrence sans limites entre pays, possibilité de créer des centres de production un peu partout dans le monde, accès illimité à l’information (d’où qu’elle vienne, où que l’on soit), possibilité de gérer la complexité (via les réseaux très complexes d’informations disponibles sur l’internet, …). Cela posé, il a repris chacune des questions qui lui avaient été soumises.
L’innovation dans l’entreprise aujourd’hui
Dans le secteur des TIC, « C’est la technologie qui crée le besoin et non l’inverse » a-t-il souligné. Il revient donc à chaque entité d’Alcatel de démontrer sa compétitivité en termes de capacité d’innovation, de fiabilité des produits et de rapidité de leur mise sur le marché. Les choix stratégiques de la firme en découlent : investissement massif dans la R&D (12 à 15 % du chiffre d’affaires), réduction du pourcentage de valeur ajoutée liée à la fabrication d’objets physiques au profit de la valeur ajouté intellectuelle, implantation dans des pays à bas coûts (le coût d’un ingénieur indien ou chinois est quatre fois moins élevé que celui d’un ingénieur européen ou américain), proximité de marchés porteurs.
Quel sens donner au patriotisme économique ?
Les détenteurs du capital des entreprises, en particulier les fonds de pension américains, vont désormais acquérir plus de pouvoir. Leur participation aux Assemblées générales (par leurs votes en particulier) devrait en effet augmenter et par là même leur influence sur la gouvernance s’accroître. Aujourd’hui, la France représente près de 12 % du chiffre d’affaires d’Alcatel, une part qui se réduira à 8-9 % avec la fusion : « Le patriotisme autour de l’identité française n’est donc pas déterminant », a indiqué Serge Tchuruk, qui a souligné le décalage entre la perception de cette question par le monde politique et la réalité industrielle.
Quelle réponse à la mondialisation ?
« La réponse de toute entreprise face à la mondialisation est d’avoir elle-même une stratégie mondialisée, ce qui suppose d’être implanté dans de nombreux pays et sur plusieurs métiers corollaires », a ajouté Serge Tchuruk. Mais si la mondialisation exacerbe la concurrence, elle a selon lui l’avantage de stimuler la créativité. Aux yeux du PDG d’Alcatel, les grandes fusions transfrontalières, qui ne peuvent que s’amplifier, permettent notamment de mettre des compétences en commun, et donc d’amortir les coûts, même si au départ il faut relever le défi de faire travailler ensemble des équipes auparavant concurrentes. En réponse à une question de l’assistance sur ces difficultés, il a notamment souligné l’importance de « marier les cultures » : « Il ne faut pas hésiter à créer des équipes multiculturelles autour de projets, qui travailleront ensemble quelle que soit leur localisation géographique ». 
Compte tenu de l’itinéraire professionnel de Serge Tchuruk, de ses responsabilités actuelles et du caractère prestigieux d’Alcatel, François Guinot, Président de l’Académie des Technologies, a fortement insisté sur le souhait de l’Académie, dans le cadre de ses réflexions sur l’innovation et la mondialisation, d’entretenir des liens plus serrés avec cette entreprise.

D. Chouchan