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" European Scholarships and Research – a crisis in the making"

" European Scholarships and Research – a crisis in the making"

28/02/2006

 avec Chris Patten, Chancelier de l’Université d’Oxford, ancien Gouverneur général de Hong Kong, ancien Commissaire européen

« Je me souviens de l’“insouciance” que manifestaient nos leaders politiques européens, alors qu’ils pleuraient sur les problèmes croissants de l’Union face à la compétitivité internationale. A croire qu’ils avaient perdu toute capacité à relier l’effet à la cause. Cela tient, je suppose, à leur difficulté à s’approprier la méthode scientifique ».

Par ce clin d’œil à son expérience passée comme Commissaire européen (2000-2004), Lord Patten of Barnes a déjà donné le ton de sa conférence, prononcée à l’invitation de l’Académie des technologies. Pas de concession au ”politiquement correct” mais un juste équilibre entre un humour décapant et la gravité qu’exige le sujet abordé : « European Scholarships and Research – a crisis in the making ? », telle était la question posée au Chancelier de l’université d’Oxford le 28 février. Une question que cet ancien Gouverneur général de Hong Kong n’hésite pas à traduire à sa manière - « Sur les pas des eunuques ? » -, en usant d’une métaphore quelque peu ravageuse.

Pour atteindre les objectifs fixés à Lisbonne (2000) et éviter que notre destinée ne soit décidée par nos « eunuques modernes », conclura-t-il, le seul moyen est d’agir au plus vite, chacun à son niveau. Au fil de sa démonstration, Lord Patten of Barnes a particulièrement insisté sur ce qu’il considère comme le problème numéro un en Europe : le manque de financement de la recherche et de la formation scientifiques. Même si, a-t-il ajouté, ces dépenses ne déterminent pas à elles seules la croissance économique et les capacités d’innovation d’un pays.


Exemple : les Etats-Unis investissent 2,6 % de leur PIB dans l’enseignement supérieur, dont 1,2 % vient du secteur public, alors qu’en Europe ce pourcentage n’atteint que 1,1 % en moyenne. On observe en outre une fuite des cerveaux : alors qu’il y a une décennie, la moitié des post-doctorants européens partis outre-Atlantique revenaient dans leur pays d’origine, cette proportion n’excède pas un quart aujourd’hui. Autre constat révélateur : la répartition des Nobel. Les lauréats étaient pour la plupart britanniques, français ou allemands au début du XXème siècle. Depuis le début des années 1970, le nombre de prix Nobel aux Etats-Unis est de presque 60 % supérieur à celui de tous les pays d’Europe réunis.

Le diagnostic est tout aussi sévère en ce qui concerne les dépenses de R&D, en particulier par les industriels. Selon les chiffres publiés chaque année par le ministère du Commerce et de l’Industrie britannique sur les performances des mille plus grandes firmes mondiales, elles ont augmenté de 7 % l’an dernier aux Etats-Unis et en Asie, contre 2 % en Europe. En Chine, les dépenses de R&D ont globalement triplé au cours des sept dernières années. « Dans peu de temps, nos chercheurs les plus brillants émigreront autant à l’Est qu’à l’Ouest », note Lord Patten of Barnes.
Que faire ? Au-delà de l’aspect financier, certaines initiatives pourraient contribuer à remettre l’Europe sur les rails. Le Chancelier de l’université d’Oxford se félicite par exemple de la mise en place de l’European Research Council (ERC), appelé à devenir l’équivalent européen de la National Science Foundation (NSF). Il y a en tout cas urgence, insiste-t-il, à l’heure où l’Europe doit faire face à un véritable défi démographique. L’avancement des sciences et la promotion de l’enseignement constituent selon lui un enjeu déterminant pour la défense de nos valeurs et la survie de notre civilisation.

Dans son allocution d’accueil, François Guinot avait évoqué, non sans humour, le franc-parler de Chris Patten of Barnes, citant quelques unes de ses joutes oratoires à propos des « cousins » européens (Français, Allemands, …). Lord Patten of Barnes n’a pas failli à son image, tout en restant fair-play. A une question de la salle sur le refus de la Grande-Bretagne d’augmenter le budget de l’Union européenne, alors qu’il venait de critiquer la France pour sa défense du statu quo en matière de politique agricole commune, il a convenu que la position britannique était tout aussi indéfendable.

D. Chouchan