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Rencontre avec Didier Lombard, Président-Directeur général de France Télécom

Rencontre avec Didier Lombard, Président-Directeur général de France Télécom

28/07/2009

Mise en garde s’il en est, « L’avenir radieux de la deuxième vie des réseaux n’est pas acquis », écrivait notamment Didier Lombard dans l’ouvrage qu’il a publié l’an dernier sur « Le village numérique mondial »*. Il y cite en particulier une étude révélant qu’en 2006, la quantité d’informations numériques créées ou copiées dans le monde équivalait à 3 millions de fois les informations contenues dans tous les livres jamais écrits et qu’à l’horizon 2010, cette quantité pourrait encore croître d’un facteur 6. Le président de l’Académie des technologies, Alain Pompidou, n’a pas manqué de signaler cet ouvrage dans sa présentation de l’itinéraire prestigieux du président-directeur général de France Télécom, qui est également administrateur de Thomson et de Thales ainsi que membre du Conseil de surveillance de Radiall et de ST Microélectronics. « Perspectives et enjeux des Télécoms », tel était le thème de sa rencontre avec les académiciens, le 8 juillet 2009. 

Pas de perspective sans état des lieux. Didier Lombard a réussi à le dresser avec une grande concision en insistant sur quelques constats majeurs. Le premier, que chacun a expérimenté, tient au changement de posture du « client », devenu un utilisateur actif, « branché » en permanence et jaloux de sa liberté de choix. Le second porte sur la nature des réseaux qui, sous l’effet de ces nouveaux usages, sont devenus « intelligents » : « Nous sommes entrés dans l’ère du “cloud computing“, avec des réseaux ultra-répartis sur toute la planète », indique Didier Lombard, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes de maîtrise de l’ensemble du système, précise-t-il. Autre constat : le volume de contenu fabriqué par l’utilisateur lui-même croît de manière extraordinaire : « En Californie, il a même dépassé le contenu professionnel », ajoute le PDG de France Télécom. Enfin, les services deviennent de plus en plus interactifs.

Il évoque aussi deux autres paramètres souvent passés sous silence : la latence et la convergence. Le temps de latence, autrement dit le temps de réponse d’un serveur à une requête d’utilisateur, est en train de s’améliorer de manière considérable. Quant à la convergence, elle consiste à tirer partie de toutes les infrastructures disponibles (pour terminaux fixes et mobiles) de la manière la plus souple et fluide possible.

Dans quel « écosystème » se déploient toutes ces évolutions ? Réponse de Didier Lombard : on est passé d’une situation où deux grandes catégories d’acteurs seulement occupaient le terrain, les opérateurs et les équipementiers, à une situation beaucoup plus complexe. Se sont en effet ajoutés les offres de services internet (tels que Google), sans relation directe avec l’utilisateur, et les fournisseurs de contenu. Les enjeux économiques, dans cet écosystème à quatre couches, sont loin d’être négligeables : « En 2008, ce sont 10 milliards de dollars qui ont traversé l’Atlantique par la seule connexion d’internautes européens sur des services américains », souligne Didier Lombard. En 2012, cette somme pourrait atteindre 20 milliards de dollars ! Un énorme manque à gagner pour l’Europe, qui risque d’hypothéquer sérieusement le financement du renouvellement des réseaux européens. A quand un « Google européen »… ?
Dans un tel contexte, le facteur humain est l’une des clés de la réussite : « Les “bagarres“ se situent aujourd’hui autour de la captation de compétences ». Chacun recherche les meilleurs ingénieurs capables de développer des services : « L’un de nos problèmes en France est que nous en avons peu », regrette Didier Lombard.
Quant aux objectifs économiques des opérateurs, ils s’articulent désormais autour de deux grandes priorités : l’augmentation de la valeur des nœuds de réseau, autrement dit des consommateurs (augmentation des capacités, de la souplesse, de l’interactivité…), et l’enrichissement du contenu proposé à ces consommateurs. « Nous travaillons également la création de réseaux sociaux », ajoute-t-il, un secteur en développement qu’il ne saurait être question de déserter. A noter qu’en termes macro-économiques, la réalisation de tels objectifs pourrait représenter au minimum un demi-point de PIB, ce qui est évidemment loin d’être négligeable.

D. Chouchan

Opens external link in new window* Didier Lombard, Le village numérique mondial. La deuxième vie des réseaux, Odile Jacob, 231 p., 2008.