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"EADS : situation et perspectives dans l’industrie aérospatiale "

"EADS : situation et perspectives dans l’industrie aérospatiale "

09/01/2008

avec Louis Gallois, Président de EADS

Le 9 janvier 2008, Louis Gallois était l’invité de l’Académie des Technologies. Dans son allocution d’accueil, le Président de l’Académie François Guinot ne manque pas de rappeler, entre autres, la nostalgie qu’a suscité le départ de la SNCF de ce « patron atypique », comme le qualifiait parfois son personnel. Un cas en effet rarissime dans l’histoire de l’entreprise de chemins de fer que Louis Gallois présida pendant dix ans. Après diverses missions ministérielles de haute responsabilité, il avait auparavant dirigé la Snecma puis l’Aérospatiale. C’est en juillet 2006 qu’il était appelé à la tête de EADS, au plus fort de la tourmente. Co-président pendant un an, il en est depuis juillet 2007 le seul président exécutif. « EADS : situation et perspectives dans l’industrie aéronautique », tel est le thème sur lequel il a été tout naturellement convié à s’exprimer.

En quelques mots, il a planté le décor dans lequel il a pris ses fonctions, revenant sur quelques raisons de la crise et sur les défis à relever en interne. La direction bicéphale, d’abord, qui engendrait d’ingérables situations de blocage. Les problèmes d’« intégration », ensuite, entre les activités des quatre composantes d’EADS (BAE, DASA, Aérospatiale Matra, CASA) : « La crise de l’Airbus A380 a été le révélateur de ces problèmes d’intégration », souligne Louis Gallois : « Au moins aura-t-elle permis de franchir une étape ». A cela s’ajoutait la complexité extraordinaire du management des programmes, avec un nombre croissant de sous-traitants (pas moins de 84 % de la valeur ajoutée de l’A380 est fabriquée hors du groupe). Enfin, il a insisté sur l’insuffisance endémique des financements publics de l’industrie militaire européenne : « L’effort de recherche du Pentagone est cinq fois supérieur à celui de l’Europe réunie … qui n’est pas réunie », a-t-il précisé.

D’autres défis tiennent au contexte politico-économique dans lequel se déploie l’industrie aéronautique, civile et militaire : « Aucun doute que l’augmentation de la mobilité dans le monde, couplée à une vigilance accrue aux problèmes d’environnement, représente un vrai défi pour notre industrie … mais c’est aussi un facteur de progrès, en particulier vers des avions moins polluants ». A noter également les questions liées à la prévention contre le terrorisme. Enfin, le secteur de l’aéronautique est entré dans une ère d’« hypercompétition » tandis qu’il va désormais falloir compter avec de nouveaux concurrents, comme l’Inde et la Chine.

Quelle stratégie pour la quinzaine d’années à venir ? Premier impératif, souligne le président d’EADS : « Nous voudrions réduire la part des avions commerciaux de 65 % à 55 % de notre chiffre d’affaires ». En contrepartie, il faut accroître la part de revenus provenant des activités liées à la défense, à l’espace et la production d’hélicoptères. Les services doivent également être développés, car ce sont des activités stables : de 10 % du chiffre d’affaires aujourd’hui, il faudrait atteindre 20 % selon Louis Gallois.

 Un autre chantier va jouer un rôle majeur : la correction du déséquilibre entre

 

distribution géographique des marchés, acquis ou potentiels, et celle des sites de production : « Nous exportons 50 % de notre production hors d’Europe, alors que 95 % de nos employés travaillent sur le sol européen et que 70 % de nos fournitures viennent également d’Europe ». A l’horizon 2020, 20 % au moins du personnel devrait être localisé hors du Vieux Continent et 50 % des fournitures devraient être achetées hors de la zone euro. Il s’agit en effet de s’ouvrir à d’autres ressources technologiques, mais aussi de se prémunir contre les fluctuations du dollar.

Les efforts à accomplir pour atteindre ces objectifs sont de trois ordres : financier, humain et technologique. Au plan financier, l’enjeu est d’améliorer les résultats pour attirer de nouveaux capitaux. Au plan humain, EADS se trouve confronté, comme d’autres industriels, au manque d’ingénieurs (notamment dans le domaine des composites), mais aussi à une trop faible mobilité transnationale. Enfin, si le groupe peut se prévaloir d’importantes ressources en technologies de pointe, il est urgent d’améliorer les synergies entre ses différents acteurs ainsi que les modes de gestion. « Nos fondamentaux restent très solides », conclut Louis Gallois, mais, ajoute-t-il, «  Nous sommes engagés dans une rude bataille, avec un handicap majeur lié à l’effondrement du dollar ».

D. Chouchan