Rencontres
"Situation et perspectives d’une industrie de haute technologie"
"Situation et perspectives d’une industrie de haute technologie"
avec Charles Edelstenne, Président de Dassault Aviation et de DASSAULT Systèmes
Expert comptable de formation, Charles Edelstenne est entré dans la société Avions Marcel Dassault au début des années 1960 et, quarante ans après, est devenu le président-directeur général de Dassault Aviation : il connaît mieux que personne ce fleuron de l’industrie aéronautique française, créé il y a une soixantaine d’années par Marcel Dassault. Le Président de l’Académie des Technologies François Guinot ne manque pas de souligner le parcours exceptionnel de ce successeur du fils Dassault. Il fut aussi l’un des initiateurs et artisans de la création de Dassault Systèmes au début des années 1980. « Situation et perspectives d’une industrie de haute technologie », tel est le thème sur lequel l’Académie l’a invité à s’exprimer lors de la rencontre qu’elle a organisée le 16 octobre 2007.
François Guinot donne le ton en évoquant le Falcon 7X : « Un avion certifié sans avoir été précédé d’un prototype !, une première mondiale qui est le fruit de décennies d’expérience ». Ce dernier né des avions d’affaires a en effet été entièrement réalisé dans le cadre d’une démarche d’ingénierie concourante, explique Charles Edelstenne : « Beaucoup en avaient rêvé depuis une vingtaine d’années. Nous l’avons fait, et ce grâce aux outils très performants que nous avons mis au point et amélioré au fil des ans : en particulier le logiciel CATIA (conception assistée par ordinateur), le logiciel ENOVIA (gestion de l’ensemble des données) et enfin la gamme de produits DELMIA (modélisation et conception des moyens de production) ». Quelque 1500 ingénieurs ont ainsi travaillé à distance sur une maquette numérique commune (via une plate-forme virtuelle) : un gain de temps et d’efficacité aussi considérable qu’indispensable à l’heure où la concurrence mondiale se fait plus implacable que jamais.
Après avoir rappelé les grandes étapes historiques du développement de l’industrie aéronautique (civile et militaire), Charles Edelstenne a en effet posé le décor dans lequel se déploie aujourd’hui la stratégie de son entreprise : regroupements et fusions aux USA, reconsolidation de l’industrie aéronautique russe, évolution des entreprises européennes du secteur, faiblesse des budgets européens par rapport aux budgets américains, ouverture totale du marché, … C’est dans ce contexte que Dassault a fait le choix de la flexibilité, en étant désormais à la pointe de l’entreprise numérique. Ce modèle a d’ailleurs immédiatement été suivi par Boeing, pour le 787, a-t-il précisé. En ce qui concerne le marché, il a fallu faire face à la diminution importante des budgets de défense. Dassault a donc investi lourdement dans l’aviation civile : « En 1990, nous faisions 90 % de notre chiffre d’affaires avec le secteur militaire. Aujourd’hui, le civil est devenu majoritaire, avec 75 % du chiffre d’affaires et, ces dernières années, les prises de commande en civil ont même atteint 90 % ».
La richesse de son exposé a suscité une multitude de questions : sur le problème de l’Europe de la Défense, sur celui des fluctuations politiques, sur les technologies duales, sur la prévention des accidents, …. Question aussi sur l’un des points qui fait l’une des forces de frappe technologique de Dassault, ses outils logiciels : pourquoi avoir mis à la disposition de la concurrence des systèmes aussi performants ? « La réponse est simple : nous avions en effet une avance. Mais nous avons préféré essayer d’en faire un standard international, et pour cela nous devions les mettre sur le marché. Pourquoi ce choix ? Essentiellement parce qu’il eût été illusoire, et suicidaire pour l’entreprise, de financer pour nos seuls besoins les développements nécessaires futurs ». Autre avantage : Dassault a ainsi profité du contact avec les méthodes et pratiques des concurrents, mais aussi des développements de ses produits, des développements que la firme n’aurait probablement pas faits en restant cloisonnée dans sa propre culture.
En conclusion, Charles Edelstenne, a évoqué sa vision de l’industrie du XXIè siècle, du moins dans les technologies de pointe : « Des entreprises virtuelles, avec les meilleures équipes fédérées entre elles grâce à des outils tels que ceux que j’ai évoqués, pour produire au meilleur coût, à la meilleure qualité, avec les cycles les plus courts possibles et en limitant les risques ».
Sur la photo, de gauche à droite : Pierre-Etienne Bost, délégué général, Bruno Revellin–Falcoz, organisateur de la rencontre, Charles Edelsten, Claudie Haigneré, François Guinot, le Président et Yves Farge le vice-président
D. Chouchan





Hubert du MESNIL, Président de Réseau Ferré de France

