Rencontres
" Perspectives énergétiques à 30 ans ? "
" Perspectives énergétiques à 30 ans ? "
avec Thierry Desmarest, Président de TOTAL
Invité par l’Académie des Technologies le 14 mars 2007 pour s’exprimer sur « Les Perspectives énergétiques 2030 », le Président de Total n’a pas dissimulé la complexité du contexte, tant technologique que géopolitique et environnemental, dans lequel s’inscrit la stratégie de son groupe. Pourquoi avoir choisi l’horizon 2030 ? « Il est probable que le peak oil se situera autour de 2025-2030. On sait également qu’à cette échéance, nous devons avoir réussi à stopper la croissance, et si possible à réduire, les émissions de gaz à effet de serre ».
Thierry Desmarest a posé le paysage à la lumière de quelques chiffres clés. En particulier, la part des combustibles fossiles (environ 80 % aujourd’hui) ne devrait pas diminuer d’ici 2030, a-t-il indiqué. Et pendant cette période, la progression de la consommation d’énergie serait de 1,6 % par an selon l’AIE (pour une croissance annuelle du PIB mondial évaluée à 3,5 %). Si cette hypothèse est exacte, cela signifie, par exemple pour le pétrole, une production de 116 millions de barils par jour en 2030, contre 85 aujourd’hui, soit un peu plus de 1 million de barils supplémentaires par an : « Je ne vois pas comment on pourrait faire monter la production à ce niveau ». D’autant qu’il faut parallèlement relever deux défis majeurs, l’un lié au contexte géopolitique et l’autre au problème du climat.
Au plan géopolitique, l’augmentation de production viendrait pour l’essentiel des pays de l’OPEP (la moitié reposant sur l’Arabie Saoudite). Les pays consommateurs seraient de plus en plus dépendants (à plus de 90 % pour l’Union européenne) des importations d’un nombre réduit de pays producteurs, particulièrement instables de surcroît. Comment limiter les risques ? Un point positif mérite au moins d’être noté, souligne Thierry Desmarest : le dialogue et la concertation entre pays producteurs et pays consommateurs semblent avoir pris le pas sur la confrontation. En ce qui concerne le climat, le scénario de l’AIE prévoit un doublement des émissions de CO2 en 2030 par rapport à leur valeur en 1990 (les pays en développement représentant alors la moitié de ces émissions, contre le quart en 1990). Le Président de Total a listé quelques unes des pistes à explorer (stockage du CO2, efficacité énergétique, énergies alternatives, …), dans lesquelles Total investit dans des proportions variables selon les cas.
Question à ce sujet posée par Marion Guillou : comment le Président du groupe pétrolier voit-il l’évolution de la part d’éthanol dans les carburants ? La France étant exportatrice d’essence et importatrice de diesel, a-t-il souligné en préalable, il serait plus logique de privilégier les biocarburants pour des véhicules fonctionnant au diesel que pour des véhicules à essence. Mais plus généralement, il est vraisemblable selon lui que l’on assiste au développement d’un commerce international d’éthanol (l’éthanol brésilien est à ce jour compétitif par rapport au pétrole).
Dans son allocution d’accueil, François Guinot a notamment souligné le rôle majeur de Total, cinquième compagnie pétrolière du monde, dans l’indépendance énergétique de la France. Le groupe doit-il dans le futur devenir un grand fournisseur d’énergie, selon les termes de Serge Feneuille ? C’est l’une de nos vocations, a répondu Thierry Desmarest, mais dans le cadre d’alliances et en respect de la complémentarité des compétences respectives. De telles alliances seraient envisageables dans le secteur nucléaire, voire dans le domaine du photovoltaïque et celui de la biomasse.





Hubert du MESNIL, Président de Réseau Ferré de France

