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L’agriculture de demain : quels modèles ? quelles technologies ? Rencontre avec Luc Guyau, 13/1/10

L’agriculture de demain : quels modèles ? quelles technologies ? Rencontre avec Luc Guyau, 13/1/10

13/01/2010

© LOUVIOT Gilles / INRA

 

 

Le 13 janvier 2010, l’agriculture s’est invitée  à l’Académie des Technologies en la personne de Luc Guyau, président de l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture et président indépendant du Conseil de la FAO. Thème de son intervention : « L’agriculture de demain : quels modèles ? quelles technologies ? »

L’agriculture occupe une place centrale dans le cœur des Français mais surtout dans notre économie, a rappelé Luc Guyau. Elle représente 3,1 % de l’emploi et, depuis une dizaine d’années, de l’ordre de 9 milliards d’euros d’excédent de la balance commerciale, pour une surface cultivable de 30 millions d’hectares (soit 16 % des terres agricoles de l’Union européenne) à peu près répartis sur tout le territoire. La France contribue ainsi à hauteur de 19 % à la production agricole européenne. Pour atteindre ce niveau, l’activité agricole s’est appuyée sur une grande modernisation : modernisation du matériel et de l’organisation du travail, nouvelles techniques de culture, etc.

L’un des enjeux les plus importants pour le futur est bien sûr l’enjeu alimentaire, a souligné Luc Guyau, sachant que nous serons probablement 9 milliards d’individus sur la planète à l’horizon 2050, contre 6 milliards en 2000 et seulement 3 milliards au début des années 1950 : « On pourra certes nourrir ces 9 milliards, à condition toutefois de le faire sur un autre modèle que les modèles de consommation européen et américain ». Mais pour y parvenir, il faudra de toute manière produire plus, et en utilisant des moyens plus respectueux de l’environnement (moins de produits phytosanitaires, moins de consommation d’eau…).

Les technologies ont donc un rôle majeur à jouer. Elles permettent d’améliorer les performances mais vont aussi aider à garantir la sécurité d’approvisionnement : dans les pays en développement par exemple, environ 30 % de la production agricole n’arrive pas au consommateur, du fait de problèmes de stockage en particulier. Les technologies doivent également aider à réaliser des économies sur les ressources naturelles (eau, énergie…) et à améliorer les pratiques agricoles au regard des risques de pollution, etc. A signaler enfin que la question des ressources génétiques comme celle de la maîtrise énergétique ont été retenues comme problématiques de recherche appliquée dans le cadre du grand emprunt.

Quelles nouvelles technologies pour demain ? Elles sont de plusieurs ordres. Elles concernent évidemment le machinisme agricole (robots de traite…), mais aussi l’amélioration variétale, le génie génétique… ou encore les valorisations non alimentaires (biocarburants, chimie verte….). S’ajoutent à cela les technologies de l’information et de la communication (par exemple le GPS, dont nombre d’agriculteurs se sont d’ores et déjà équipés) et les techniques de marquage électronique des animaux… Quant aux biotechnologies, en particulier les OGM, c’est sans ambages que Luc Guyau affirme sa position sur la question : « Le principe de précaution, oui, le principe d’exclusion et de blocage, non : nous n’avons pas le droit d’arrêter la recherche sur ces sujets ».

Le progrès technique est d’autant plus déterminant que la production agricole est dépendante de nombreux facteurs, comme la crise et les émeutes de la faim des années 2007-2008 sont venus le rappeler. Ces facteurs sont d’ordre économique (prix des matières premières en particulier), environnemental (stress hydrique, changements climatiques, érosion des terres, excès d’intrants…) ou encore social (urbanisation galopante…). Depuis quelques années, et la question n’a pas manqué d’être posée par la salle, émerge en outre le risque d’une concurrence entre cultures vivrières et cultures énergétiques. Pour le président indépendant du Conseil de la FAO, les unes et les autres peuvent être envisagées de manière complémentaire, à la seule condition toutefois de savoir raison garder : les terres consacrées aux cultures énergétiques ne devront pas excéder une proportion raisonnable de l’ensemble. En tout état de cause, ajoute-t-il, chaque pays doit impérativement s’attacher à maintenir une certaine souveraineté alimentaire tandis que des politiques agricoles ambitieuses doivent être mises en place à toutes les échelles.
                                                                                                          D. Chouchan