Présentation

Le Mot du Président

Exposé du professeur Alain POMPIDOU, président de l'Académie des Technologies lors de la seance plénière du 14 janvier 2009

INTRODUCTION

Nous vivons une période de crise économique et financière qui va bousculer les acquis et transformer toutes les strates de notre société.
L’approche technologique, fondée sur les compétences, doit nous permettre de contribuer à la résolution des difficultés à venir, de réagir de façon collective.

Notre mission est claire :
Faire valoir nos atouts, liés à nos propres compétences, pour une approche scientifique et technique des enjeux technologiques auxquels se trouve confrontée notre société, en France, en Europe et de par le monde, dans toutes ses dimensions économiques et culturelles.

Je vous présenterai les éléments d’une vision à l’horizon 2020, les scénarios plausibles et les instruments à mettre en place au sein de notre Académie afin de répondre à de tels enjeux.

Nous allons devoir « transformer l’essai » en se fondant sur les acquis de la présidence précédente et grâce à l’engagement de nos consoeurs et confrères.

Il va nous falloir passer, tous ensemble, d’une approche prospective à une stratégie opérationnelle qui servira les besoins de nos membres, qui suscitera leur engagement et qui nous conduira au succès fondé sur notre devise « un progrès raisonné, choisi et partagé ».

En ouverture, je me dois d’exprimer mes remerciements et, qui plus est, toute ma reconnaissance.

Je voudrais, tout d’abord, exprimer ma gratitude à François Guinot, dont la pression amicale m’a conduit à me porter candidat à la Présidence de notre Académie.

Non seulement il a obtenu le statut d’établissement public mais il a réussi, grâce à sa détermination et sa persévérance, à la doter d’un siège prestigieux, dans les embrasses du Grand‐Palais. Celui‐ci prend tout son sens, au sein même du Palais de la découverte.

Institution de référence, notre Académie, forte de son expertise collective et de ses capacités pédagogiques, est désormais ancrée au sein même des choix politiques en matière de technologies, d’innovations en relation avec la société.

Je dois également rendre hommage au soutien de l’ensemble du Conseil académique et tout particulièrement à Claudie Haigneré et à Catherine Bréchignac, aux anciens présidents, indépendamment de François Guinot, Pierre Castillon et Jean‐Claude Lehmann ainsi qu’à Yves Farge qui m’a précédé comme vice‐président, mais aussi au nouveau vice‐président que vous avez élu à une forte majorité.

Bruno Revellin‐Falcoz, est attentif au moindre détail : son rôle dans les travaux du GERME laisse présager de ses succès en tant que président du Comité du recrutement qui lui revient en tant que vice‐président.

Il est doué d’une capacité d’appréciation des difficultés et de proposition de solutions opérationnelles : c’est un organisateur d’envergure.
Nous allons faire jouer ensemble nos complémentarités en nous appuyant sur :

- un délégué général d’expérience que vous avez réélu,
- une directrice aux compétences indiscutables,
- un secrétariat marqué par le professionnalisme, l’engagement et un dévouement à toute épreuve. Ces derniers mois l’ont montré,sans oublier le soutien indispensable joué par la comptabilité.

Je voudrais aussi mentionner l’aide précieuse apportée par le secrétariat d’Euro‐CASE, déjà bien mobilisé par ses propres activités.
Bruno Revellin‐Falcoz veillera avec Pierre‐Etienne Bost à assurer la coordination nécessaire de nos moyens limités au niveau du secrétariat de l’Académie.

Je reviendrai plus tard sur le rôle et les responsabilités des présidents et des membres des
différents comités et délégations , chevilles ouvrières de l’élaboration de nos travaux, ainsi
que sur le rôle de tous ceux qui se sont spontanément engagés à titre personnel.

Encore merci et surtout félicitations pour vos actions constructives en vue de fertiliser et de faire grandir cette jeune Académie.

Mais revenons à mon propos initial.

J’aborderai sept points successivement :

- la France et le contexte international face à la crise
- le paysage et les acteurs de la recherche « sciences et technologies
- l’approche technologique
- la vision à l’horizon 2020
- les scénarios plausibles
- les relations institutionnelles
- et enfin la stratégie opérationnelle qui découle des six points précédents.


I – LA FRANCE ET LE CONTEXTE INTERNATIONAL FACE A LA CRISE

Partons des conclusions du dernier rapport du Conseil d’Analyse Economique présidé par Christian de Boissieu : « La France dans 15 ans ».

Face à la montée des pays émergents à forte croissance, comme le Brésil ou la Chine, « la France dispose d’atouts économiques importants». Ceci explique que le rapport du CAE recommande une politique d’ouverture internationale plus coopérative : « l’accent doit être mis sur les facteurs de croissance à long terme que sont notamment : la formation des personnes et l’innovation ». N’est‐ce pas là une approche qui est familière à notre Académie ? Une telle préoccupation répond également à celle de Kamal Nath, Ministre Indien du Commerce et de l’Economie, que j’ai rencontré longuement il y a deux ans. Il me faisait part de ses craintes d’un protectionnisme grandissant à l’Ouest. Il m’indiquait cependant que l’Europe et la France respectaient l’ouverture de leurs marchés.

Ceci nous conduit bien à faire valoir nos compétences technologiques qui se situent en amont de l’accès au marché. Il existe là une « fenêtre de tir » pour la démarche technologique dont notre Académie représente un des éléments moteur.

Lors du séminaire organisé par Eric Besson à Paris, à la demande du Président Sarkozy, pour préparer le G20 d’avril, Tony Blair soulignait que la confiance, les valeurs qui fondent la gouvernance et la vision à long terme, devaient désormais féconder et orienter les décisions politiques au service de notre société.

Il s’agit, rappellait Tony Blair, « de s’appuyer sur une coopération plus étroite entre les pays fournisseurs de technologies innovantes et les pays consommateurs ».

Sans sacrifier à l’opportunisme, les travaux de notre Académie se situent bien dans l’actualité.

Que faisons‐nous d’autre, lorsque nous cherchons à formuler des choix technologiques pour orienter les décideurs politiques ?

Il s’agit là également d’une réponse aux préoccupations de Madame Merkel qui souhaite « positionner la France et l’Allemagne dans le domaine de la recherche et du développement industriel, notamment pour les véhicules automobiles ».

Ces orientations ont été reprises, sur un plan plus général, par le Président Sarkozy : « La France, comme l’Allemagne ont choisi leur camp : celui du mouvement, du refus du conservatisme et de l’immobilisme ». Cependant rien n’est simple.

La Banque Centrale Européenne, par la voix de son président Jean‐Claude Trichet s’est inquiétée, il y a quelques jours « d’une détérioration significative de l’économie réelle » et du fait que « les prévisions récentes sont également les plus pessimistes ».

Une telle déclaration engage la « zone euro » mais n’oublions pas que le Royaume‐Uni et l’Europe du Nord ont depuis longtemps conclu des accords de coopération scientifique, technologique et économique avec l’ensemble des pays développés ou émergents de la planète.

D’où la nécessité d’adapter la politique des relations internationales de notre Académie à ce nouveau contexte, en s’appuyant sur les contacts tissés à haut niveau par François Guinot et en les valorisant par un contenu opérationnel adapté aux préoccupations des membres de notre Académie.

Il importe enfin de souligner une déclaration de Barack Obama dans un exposé à l’Université Georges‐Mason à Fairfax, en Virginie : « pour susciter la création d’une économie [fondée sur] une énergie propre nous doublerons la production d’énergies nouvelles dans les trois prochaines années [...], nous moderniserons plus de 75 % des immeubles du gouvernement et améliorerons l’efficacité énergétique de 2 millions de foyers américains. Ceci permettra d’économiser des milliards de dollars aux consommateurs et aux contribuables ».

Ne reconnait‐on pas là une des préoccupations de notre Académie en matière d’économie d’énergie par la rénovation technologique de l’habitat ?

II – LE PAYSAGE ET LES ACTEURS DE LA RECHERCHE SCIENTIQUE ET TECHNOLOGIQUE

Cinq composants dessinent ce paysage de la recherche « science et technologies » : la Planète recherche, le monde de l’entreprise (petite, moyenne et grande), la constellation économique et financière, l’ensemble des élus et des décideurs politiques au niveau local, régional, national et européen et l’univers sociétal multidimensionnel et multiculturel, en prise plus ou moins directe avec les médias.

La mondialisation des échanges liée à l’explosion d’internet et plus généralement des TIC crée aujourd’hui un paysage caractérisé par l’interconnexion et à terme l’interopérabilité ; Elle conduit à privilégier la gestion de la complexité dans laquelle coopération et compétition sont en interactivité permanente.
Mais dans ce monde nouveau, les fractures s’accentuent entre « nécessiteux » et « nantis ». Ces derniers tendent désormais à développer une forme d’hédonisme fondée sur un mieux être et un mieux‐vivre, négligeant trop souvent les racines culturelles de l’effort et du partage.

III‐ COMMENT SE SITUE AUJOURD’HUI L’APPROCHE TECHNOLOGIQUE ?

Le terme « technologie » mérite une définition sémantique afin d’être mieux compris par le plus grand nombre.

François Guinot en a élaboré une qu’il nous a proposée dans son message de clôture du 10 décembre 2008. « Une technologie est un ensemble cohérent de savoirs théoriques et pratiques, combinant des techniques, des connaissances scientifiques et des savoir‐faire, pour produire des objets ou des efforts d’une façon maitrisée ».

Cette définition a le mérite de refléter une réflexion approfondie de la part d’un humaniste d’expérience. Elle pourrait être transmise au Comité du dictionnaire de l’Académie française. Une définition sémantique actualisée du terme « technologie » aurait le mérite de représenter un socle fondateur, donc une référence, pour ceux qui cherchent à comprendre en cernant le sens des mots.

Pour moi, la technologie ou plutôt les technologies existent par elles‐mêmes, elles réfèrent à une réalité intrinsèque. L’approche technologique représente une façon de penser et de construire. Il s’agit à la fois d’une attitude et d’un engagement à anticiper et à conduire les avancées technologiques nécessaires à notre futur.

En effet les technologies sont surtout évolutives, liées aux talents des chercheurs et des ingénieurs impliqués ainsi qu’aux besoins exprimés par la société.

Désormais, il n’y a plus de grandes avancées scientifiques sans la technologie. Les technologies nourrissent la science pour l’élaboration et la démonstration de ses propres concepts, voire de ses découvertes originales, et la science, à son tour, nourrit les technologies.

Mais les technologies servent également l’économie à travers la fabrication de produits et en vue de la gestion de services : elles assurent désormais un lien entre la production matérielle et celle de l’immatériel.

Si la définition sémantique est indispensable à une meilleure compréhension de l’approche technologique, elle doit surtout permettre de sensibiliser les plus jeunes de façon à susciter, chez eux, un véritable intérêt, voire une vocation.

Mais dans un monde en révolution conceptuelle et en perpétuelle remise en cause des acquis, du fait notamment de la mondialisation, privilégions une approche technologique la plus ouverte possible. Ceci permettra des démarches adaptatives, menées au cas par cas.

Nous n’en serons que plus opérationnels et encore mieux reconnus pour notre capacité à nous adapter aux défis permanents que nous avons à relever.

IV‐ LA VISION 2020‐2030

Oublions quelques instants le terrorisme, la corruption, les mauvaises pratiques financières, les malversations ‐ qui ont connu, je l’espère, leur point culminant avec la scandaleuse affaire Maddof ‐ afin d’évoquer cette vision construite à partir des travaux de l’OCDE et de la Commission Européenne. Elle fait appel également aux recommandations des Centres de prospectives français, tant celui du Ministère des Finances que le Comité d’Action stratégique, rattaché au Premier Ministre.

Cette vision nous conduira à examiner la situation dans un avenir à moyen terme :

- des organismes de recherches, des Universités et des Grandes Ecoles
- de l’Europe de l’Innovation et de la « Cinquième liberté », chère à la Commission Européenne
- de la réponse aux grands défis mondiaux
- de la nouvelle donne de la coopération internationale.

1 – Les organismes de Recherche, les Universités et les Grandes Ecoles

Outre leur mission de formation de haut niveau, une de leur caractéristique est d’être fondés sur l’excellence de leurs activités de recherche scientifique et technologique.

Sur ce plan, seuls subsisteront, en Europe, un nombre limité d’Etablissement retenus pour leurs compétences et leur compétitivité. Ainsi, pour de nombreux établissements d’Enseignement supérieur (mis à part nos Grandes Ecoles), la composante « recherche » de la formation devra se focaliser essentiellement sur la sensibilisation à la démarche scientifique et technologique afin de ne pas limiter l’espace culturel pédagogique et de susciter des vocations scientifiques. Ils se consacreront à la formation et notamment à une formation « professionnalisante », répondant à l’explosion récente de la demande en service de toute sorte, ainsi qu’en management.

Quant aux organismes de recherche européens, ils brillent par la qualité de leurs chercheurs qui en font toute l’attractivité. Permettez‐moi de souligner qu’en France, le CNRS occupe une place unique et reconnue grâce à sa capacité d’approche pluridisciplinaire au service de la science, des technologies et de la société. Fleuron de notre système de recherche, il n’éclipsera pas, néanmoins, les autres organismes nationaux reconnus pour leurs compétences propres.

2 – L’Europe et l’Innovation

Nous nous situons désormais dans le champ d’une économie de la connaissance « intégrative ». L’approche technologique doit permettre de transformer le savoir en produits et en services commercialisables. Renforcer le fameux triangle de la connaissance « Formation ‐Recherche ‐Innovation » est un des moyens, pour l’Europe, de répondre aux risques de délocalisation de la production et de la sous‐traitance de services, en dehors de l’Europe.

Même si, en raison de la crise, certains pays ou certaines entreprises envisagent de limiter leurs dépenses en Recherches et Développement, d’autres, au contraire parient sur la recherche scientifique et technologique ainsi que sur leur politique d’innovation et de valorisation économique des résultats de leur recherche.

Il s’agit là d’un véritable « avantage compétitif » qui ne doit pas être négligé.

C’est sans doute également, dans la perspective de préparer l’horizon 2020, que se situe la proposition du Président de la République, le 9 décembre dernier, présentée lors du séminaire confié à Claude Allègre dans le cadre de sa mission politique européenne de l’innovation. Il s’agit de la mise en place d’une Académie Européenne de la science et des technologies. Il s’agirait d’une instance d’évaluation visant à :

- identifier les technologies émergeantes
- mieux définir l’innovation entrepreneuriale
- élaborer les critères de performances pertinents en vue d’une évolution de la Politique Européenne de R & D.

Cette nouvelle institution, si elle voit le jour, devra composer avec les Institutions communautaires.
Quoi qu’il en soit, l’Académie des technologies et Euro‐CASE devront y occuper toute leur place.

Des premiers contacts seront pris dans ce sens, en temps utiles, avec l’Académie des sciences et notamment avec le nouveau président, Jean Salençon, qui est aussi un de nos confrères.

3‐ La Cinquième liberté

La « cinquième liberté » représente un grand chantier en gestation, dont je suis plus particulièrement chargé, avec quelques collègues, en tant que membre de l’ERAB (European Research Advisory Board), le comité des Conseillers les plus proches du Commissaire européen à la recherche.

C’est un concept propre à la Commission Européenne.

De quoi s’agit‐il ?

De la liberté de circulation des chercheurs, des idées et des banques de données. Afin de mieux promouvoir l’économie de la connaissance, chère à la Commission Européenne, un équilibre reste à trouver entre l’accès gratuit (type Google), l’accès payant et la protection juridique des inventions à vocation industrielle et la liberté de la recherche.

V/ LES SCENARIOS POUR LE FUTUR ET LA POLITIQUE INTERNATIONALE

Il s’agit d’une démarche faisant appel en premier lieu à la réalisation et à l’analyse de plus de cent interviews réalisées à travers le monde entier, auprès des spécialistes de la propriété industrielle. Celle‐ci a conduit à l’élaboration de « scénarios » pour le futur, présentant trois dimensions : technologique, économique et sociétale.

Quelle composante prendra le pas sur les autres ? La réalité sera sans doute faite d’une triple composante, rendant encore plus complexe la place de la technologie.
Quant à la survenue de la crise financière, jamais elle n’a été évoquée au cours des interviews réalisées dans le monde entier. C’est dire combien les exercices de prospectives sont difficiles et parfois inadaptés aux circonstances réelles.

Il importe néanmoins de garder présent à l’esprit :

1 – La réponse aux grands défis mondiaux

La planète et son environnement immédiat sont soumis à de nouveaux enjeux :

- alimentation et Santé publique
- technologies de l’Information et de la Communication
- réponses au changement climatique
- gestion de l’eau et des ressources énergétiques
- transport et urbanisme
- technologies convergentes : nano‐bio‐TIC‐science sognitives (N.B.T.I.C.)
- exploration de l’univers et exploitation de l’espace extra‐atmosphérique.

Autant de domaines à remettre en perspective à travers le Comité des Travaux, présidé avec talent par Yves Farge, en tenant compte notamment de l’approche des scénarios pour le futur.

C’est dans ce contexte qu’il faut envisager :

2 – La coopération internationale

Elle s’appuie sur quatre grands pôles : les pays de l’OCDE, les pays émergents ayant déja émergés, les pays en voie d’émergence et les pays les moins avancés (PMA).

La gouvernance sera difficile à élaborer, mais elle doit s’appuyer sur deux maitres mots :
excellence et compétence. Ils donnent toute sa place aux approches spécifiques des Académies des technologies en Europe. Ils justifient une réflexion opérationnelle sur notre propre politique de relations internationales.
Ainsi en va‐t‐il de la vision à moyen terme qui devra démontrer sa robustesse en fonction d’évènements imprévisibles dont le meilleur exemple est la survenue de la crise financière actuelle.

VI/ LES RELATIONS INSTITUTIONNNELLES

1 – Les liens avec les Académies soeurs

Ils occupent une place à part, en France, notamment, avec l’Académie des sciences. Je m’attacherai tout particulièrement à nourrir l’émulation et la complémentarité de nos liens interacadémiques. Nous devons potentialiser nos efforts. Il existe, de part et d’autre, une volonté de rapprochement à travers, notamment, les membres appartenant à deux Académies. Ceci est également le cas pour les relations entre les commissions « éducation et formation » de nos deux Académies : André Pineau assure, en effet, la liaison avec l’instance homologue de l’Académie des sciences.

Mais il nous faut développer également nos relations de travail. Des Bureaux communs réguliers sont nécessaires. Pour le rapport RST : le Comité de liaison existe mais il faut le rendre opérationnel.

Nous travaillerons ensemble sur le rapport « énergie ».

Notre Académie doit garder toute sa place dans le Groupe Inter Académique pour le Développement (GID) qui rassemble cinq Académies. Elle continuera à s’impliquer dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée afin de maintenir les liens déjà tissés sur le plan Académique. C’est grâce à cette approche fondée sur le respect mutuel que nous servirons au mieux notre pays afin de le positionner en Europe et dans le Monde.

Quant à nos liens avec l’Académie de Médecine et l’Académie d’Agriculture, non seulement ils sont naturels mais ils pourraient aisément être renforcés.

En Europe, notre Académie assure le secrétariat général d’Euro‐CASE que nous hébergeons dans nos locaux ; dans le monde, l’Académie des technologies est membre du CAETS et doit encore y renforcer ses liens.

2 – Les liens avec les élus locaux et les Régions


Il importe de poursuivre les opérations ponctuelles en engageant, chaque fois, quelques confrères particulièrement motivés, tant par leur domaine de compétences en adéquation avec les spécificités régionales, que par leur parcours professionnel au service de l’entreprise.

Je tiens à remercier Pierre Castillon pour sa disponibilité permanente et sans faille et qui mérite de recevoir le support logistique nécessaire. Il faudra certainement réfléchir, au sein du Conseil Académique, à l’organisation d’une grande manifestation annuelle en région.

Il nous faudra renforcer nos liens avec les élus nationaux (OPECST*) et européen (STOA** que j’ai présidé pendant huit ans lorsque j’étais Député européen). Il s’agit que l’Académie des technologies soit sollicitée pour son expertise, son esprit de dialogue avec l’extérieur, sa capacité à orienter par une approche raisonnée et indépendante, les choix scientifiques et technologiques.

Le pari sur les technologies peut devenir un véritable « avantage compétitif » pour la France et l’Europe.

Je tiens à le rappeler, les mises au point technologiques sont sans doute coûteuses au départ, mais elles peuvent apporter un solide retour sur investissement si elles sont bien pesées, tant sur le plan de la Propriété Industrielle que sur celui de la production et de la pénétration des marchés.

Elles représentent le « fer de lance » de la politique réactive à mettre en place face à la crise économique mondiale, conséquence d’une crise financière durable et sans précédent.

VII – LA STRATEGIE OPERATIONNELLE : COMMENT ORGANISER LA REACTION AU SEIN DE NOTRE ACADEMIE

1 – Un passé immédiat prometteur

Notre Académie dispose d’atouts majeurs grâce à l’engagement et aux compétences de la grande majorité de ses membres.

Une nouvelle dynamique s’est instaurée au sein de notre Académie. Ceci lui a permis d’obtenir des succès indéniables sous la précédente Présidence.

- les « Petits déjeuners » avec de hautes personnalités venant d’horizons différents, touchant de près ou de loin à l’approche technologique
- des séances dédiées à différents domaines de l’expertise de nos membres
- des « dix questions à » imaginées par Jean‐Claude Lehmann
- des rapports, fruits de discussion ouvertes et solidement documentées, passées au crible du Comité de la Qualité. Merci à Yves Farge de son implication en tant que Président du Comité des Travaux ainsi qu’à Jacques Lévy pour le Comité de la Qualité,
- une visibilité internationale grâce aux efforts conjugués de François Guinot et de Bruno Jarry, ainsi que notamment de Claudie Haigneré et Catherine Bréchignac,
- un Cercle des partenaires industriels en évolution vers une Fondation que François Guinot s’attachera à mettre en place, en naviguant entre les écueils administratifs.

Voilà construite la colonne vertébrale de notre Académie mais mon ambition va au‐delà. Il nous faut pérenniser et renforcer une Académie des technologies pour la France en s’appuyant sur l’engagement de nos membres.

2 – Une Académie des technologies pour la France

Les technologies aiment la France, mais est‐ce que la France aime les technologies ?

Serions‐nous les mal aimés de la République ? Je ne le pense pas. Nous avons su cultiver la capacité de séduire, nous devons désormais nous situer dans la durée.

Nous faire reconnaître pour ce que nous sommes : un des interlocuteurs privilégiés destiné à utiliser ses compétences, avec l’aide d’experts extérieurs, afin d’élaborer une mise en perspective des choix technologiques.

Nous transformerons ainsi le désir d’être aimé et apprécié pour notre dynamisme en un besoin de convaincre par des arguments raisonnés. C’est la base même de notre reconnaissance. Que deviendrait notre Académie sans la capacité de dialogue et de partage. Il nous faut une politique de communication renforcée tant intérieure qu’extérieure, je vais y revenir.

Nous représentons un corps vivant expressif, actif, renouvelé, riche de ses différences et de ses capacités à stimuler échanges et discussions.

Qu’est‐ce à dire ?

- élaborer une stratégie,
- identifier des modalités d’approche,
- se doter des moyens nécessaires techniques et humains.

3‐ Un fonctionnement opérationnel au service de tous

Je souhaite une présidence:

- en liaison étroite avec le vice‐président et le délégué général,
- orientée par le Conseil Académique,
- en interaction permanente avec les composantes opérationnelles de notre Académie (délégations et commissions, et tout particulièrement le Comité des travaux qui représente l’un des nerfs de la guerre de notre Académie),
- qui repose enfin sur un secrétariat restructuré, notamment en fonction des besoins des membres, situé sous l’autorité de la directrice et l’oeil attentif du délégué général.Il s’agit de faire face à la croissance des activités de notre Académie en servant au mieux ses membres (une note d’organisation interne va être distribuée de façon que vous puissiez identifier aisément vos interlocuteurs).

Certains se sont étonnés, à juste titre, de l’exiguïté de nos locaux et de l’absence d’aménagement dignes de nos membres et de la réputation de notre Académie. Je partage votre sentiment. Des transformations seront entreprises dès la semaine prochaine. J’ai déjà rencontré le président du Grand‐Palais des Champs‐Elysées, Yves Saint‐Geours, et le directeur du Palais de la Découverte, Jack Guichard. Nous allons disposer rapidement, c'est‐àdire dès la fin février pour une partie, et avant le printemps, pour l’autre, de nouvelles salles de réunion, spacieuses et confortables. C’est indispensable à la poursuite de nos travaux. J’apporterai, avec le Délégué général, une attention particulière à la signalétique.

L’implication de toutes et tous

Je m’engage à maintenir et à renforcer une relation permanente entre nos membres à travers les délégations et les commissions mobilisées sur des sujets d’intérêts communs.

Il importe de rendre hommage à celles et ceux qui se sont déjà mobilisés personnellement, ils en attireront d’autres car ils représentent désormais la force d’entraînement. Ils sont devenus un des éléments essentiels de cette courroie de transmission entre l’élaboration et la réalisation des idées.

C’est l’engagement opérationnel de nos membres, tant émérites que titulaires, qui permettra à notre jeune Académie de grandir et de se renforcer.

Elle doit conforter son rôle :

- de lieu de rencontre, d’échange et d’interaction,
- de lieu d’information et de communication,
- de centre de documentation privilégié (littérature grise, information électronique).

Nous devons faire en sorte que nos membres trouvent ici ce qu’ils ne trouvent pas ailleurs afin de pouvoir ensemble procéder à une expertise collective en vue de recommandations aux décideurs politiques et sur les dossiers techniques.
Vecteur de contact, à partir de l’approche technologique, notre Académie doit être à la recherche de solutions, précédées de propositions.

Je fais appel à l’engagement de tous, dans le respect de chacun.

C’est le meilleur moyen de faire valoir cette visibilité que confère à chacune et chacun son appartenance à notre Académie.

L’expertise collective doit ultérieurement être soumise à un examen extérieur par l’opinion politique et les médias en vue de la faire partager.

A ce titre je tiens à rappeler qu’il ne suffit pas d’expliquer et d’argumenter : il faut s’assurer d’être compris. C’est d’un dialogue « éclairé », interne et externe, que nait la compréhension mutuelle qui doit orienter les choix technologiques au service de notre société.

C’est ainsi que l’Académie des technologies de France occupera sa place, comme l’une de nos grandes Institutions nationales.

Voilà mon ambition. Elle nécessite d’engager les moyens nécessaires, tout en restant dans la limite d’un budget relativement contraint.


Les Priorités stratégiques

- une Communication renforcée,
- un Comité des travaux recentré,
- une stratégie internationale hiérarchisée,
- une Commission de la formation professionnelle revisitée.

La Communication

Il importe de rendre hommage à Jacques Lesourne pour son engagement et sa vision éclairée doublée d’un jugement sans faille.

Le vice‐président a accepté de m’aider dans cette tâche à la fois lourde et vitale pour notre Académie.

Nous nous sommes tout d’abord entretenus avec Jacques Lesourne puis nous avons commencé à travailler avec le Délégué à la Communication, Pascal Viginier. Il va nous apporter son enthousiasme et son savoir‐faire.

Nous envisageons de renforcer nos moyens en faisant appel aux compétences d’un ou d’une spécialiste opérationnel en matière de communication et de pouvoir ainsi nous appuyer sur une contribution accrue de nos membres intéressés à améliorer la communication entre nous et à mieux nous faire connaître de l’extérieur. La communication avec les médias fait également partie, je le rappelle, de l’insertion dans la société de l’Académie des technologies.

Il nous faut donc engager une réflexion avec le Conseil Académique sur la communication interne et externe propre à notre Académie.

Au cours des huit dernières années, notre Académie a su se positionner et commencer à se faire connaître. Il est désormais nécessaire de passer à une nouvelle étape en définissant trois axes d’actions :

- accélérer le rythme de sortie et de communication des travaux
- amplifier la notoriété de ses travaux collectifs
- accélérer la mutation de l’Académie vers les technologies numériques.

Nous aborderons cette question dès le prochain Conseil Académique car il y a, à mon sens, urgence afin de ne pas ralentir le mouvement engagé.

L’activité du Comité des travaux

Elle doit être poursuivie tout en définissant les priorités et en identifiant les technologies émergentes et nécessairement convergentes. Indépendamment de celles et ceux qui se sont déjà engagés avec succès, de nouveaux membres ne doivent pas hésiter à se présenter.

Chacun doit pouvoir faire des propositions, engager ses compétences en vue de l’élaboration d’un programme dont je souhaite qu’il soit présenté et discuté au Conseil Académique d’ici la fin Mars. Yves Farge m’a indiqué que ce délai court devrait être tenable.

Les Relations Internationales

Il importe de mieux définir encore les priorités en Europe et au‐delà des mers. Tout en continuant à faire appel à l’expérience et au réseau relationnel de notre ancien président, nous devons nous appuyer sur les compétences de toutes celles et ceux qui ont eu à connaître de l’expérience internationale dans leurs parcours professionnels respectifs.

Il importe d’assurer le suivi des actions en progrès, de les conforter et de nourrir les échanges au sein du réseau relationnel déjà constitué en définissant une hiérarchie de priorité.

Bruno Jarry m’a indiqué qu’il serait prêt également, d’ici deux mois, pour présenter des propositions au Conseil Académique.

La Formation technologique

C’est un dossier complexe que je vais mettre à l’ordre du jour du prochain Conseil académique, au même titre que la Communication.

Compte tenu des évènements récents (signature d’une Convention avec le Ministère de l’Education Nationale en décembre 2008), il y a urgence, pour notre Académie, à se positionner sur ce thème. C’est un sujet multi‐facette, bref un « dossier important » pour notre Académie. Cette formation très spécifique nécessite une approche large et intégrée qui commence dès la petite enfance, à la maternelle, pour se prolonger dans le secondaire, puis dans le supérieur mais également tout au long de la vie. Il s’agit également d’éviter la sélection par l’échec, de répondre aux besoins des entreprises, de susciter une véritable culture de l’approche technologique.

Bref, nous touchons là un ensemble qui met en jeu de nombreux ressorts de notre système de formation. Il s’agit d’une véritable « fresque sociétale » qui mérite tout l’intérêt du Conseil Académique. Celui‐ci qui donnera donc, tout prochainement, les orientations nécessaires à nos travaux.

CONCLUSION

Reprenons notre devise : « Pour un progrès raisonné, choisi et partagé ».

Les activités de l’Académie sont en effet Raisonnées, grâce à leur objectivité ; Choisies, grâce à l’engagement de ses membres à servir et à recevoir ; Partagées, grâce à la concertation et à sa capacité de diffusion, interne et externe.

L’Académie des technologies de France est reconnue pour ses compétences et les talents de ses membres, pour ses qualités d’analyse, de prévision et de proposition.

Il importe de la doter des moyens nécessaires à une Académie vivante et attractive. C’est la meilleure façon d’assurer sa réactivité, son opérabilité, son utilité et sa reconnaissance.

Ils nous conduiront à un achèvement qui consiste à poursuivre et à atteindre cet objectif que j’emprunte à Montaigne « rendre les choses plus commodes et les hommes plus heureux ».

 

* OPECST : Office Parlementaire des choix Scientifiques et Techniques
** STOA : Scientific and Technical Option Assessment du Parlement Européen