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Plaidoyer pour un progrès raisonné, choisi, partagé par Bruno Revellin-Falcoz, Président de l'Académie des technologies

Plaidoyer pour un progrès raisonné, choisi, partagé par Bruno Revellin-Falcoz, Président de l'Académie des technologies

20/03/2011

En ce début du XXIème siècle, les technologies ne cessent d’accélérer leur développement. Les technologies ont un effet structurant sur nos vies, sur nos comportements, sur les sociétés et tirent de là toute leur importance.

Elles sont sources d’innovation, même si l’innovation n’est pas que technologique et qu’elle doit aussi beaucoup aux facteurs humains notamment.

De nouvelles technologies ou des combinaisons de technologies existantes ne cessent d’apparaître. Grâce à leur usage, l’humanité globalement vit mieux et plus longtemps, se déplace plus facilement, communique plus rapidement et plus largement.

Toutefois, en même temps que l’on peut faire ce constat d’évolution globalement positive, force est de constater que des inquiétudes, voire des peurs continuent à apparaître et même s’amplifient.

Et dès lors, nous assistons à des débats qui prennent une tournure passionnelle, débouchant, dans certains cas, sur l’irrationnel, et il faut bien le reconnaître, particulièrement en France.

Nous le savons, tout progrès doit être le résultat d’une comparaison, dans laquelle les bénéfices attendus l’emportent largement sur les risques ; mais qu’en est-il réellement de cette démarche bénéfices/risques ?

Prenons un exemple :

Pourquoi, autant de débats autour des OGM quand on sait que plus de 12 % des terres de la planète sont déjà en culture OGM et que le génie génétique végétal sera indispensable pour nourrir neuf milliards de terriens en 2050 ?

Et au nom de quelle interprétation du principe de précaution a-t-on fait disparaitre en France les expérimentations en champ libre alors que ce même principe veut que l’on lance ou poursuive des expérimentations lorsqu’il y a des doutes ou des interrogations ?

Pourquoi autant de discrédit souvent jeté abusivement sur les experts, alors que la société a tant besoin de repères dans le débat public ?

Pourquoi voit-on apparaître au tribunal une notion de « préjudice d’angoisse » face à certains développements techniques ?

Pourquoi certains voient-ils dans la technique le reflet de beaucoup de nos problèmes ?

Les exemples sont nombreux ; et pour n’en citer qu’un de plus, je voudrais évoquer les nanotechnologies ; là aussi, les progrès déjà accomplis, ou en prévision, apparaissent considérables ; les interrogations soulevées sont légitimes, mais alors comment expliquer et comment accepter que le débat public ne puisse avoir lieu dans des conditions normales ?

Et peut-on laisser accréditer une notion de dépossession poussée par les plus radicaux qui jouent sur ce registre sensible du risque de perte de contrôle de ce que l’on développe ?

Et bien, c’est justement face à tous ces débats, interrogations, craintes, que l’Académie des technologies trouve toute sa place et sa justification.

Parce qu’elle est une compagnie au spectre disciplinaire large,  elle sait aborder les problèmes sous tous leurs angles techniques, économiques, environnementaux, sociétaux.

Parce que nous sommes une compagnie sachant agir et s’exprimer en toute indépendance, nous sommes bien de fait l’interlocuteur privilégié entre le monde de la recherche, l’opinion publique et les pouvoirs publics.

Parce qu’elle est une compagnie sachant agir et s’exprimer en toute indépendance, elle a la liberté de choisir les sujets – fussent-ils très polémiques – sur lesquels elle estime devoir s’exprimer pour le bien public.

Bruno Revellin-Falcoz
Président de l’Académie des technologies