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Rencontre avec Michel Pébereau

« Innovation technologique et activités bancaires et financières », tel est le thème que Michel Pébereau, président de BNP Paribas, a choisi d’aborder le 19 novembre 2008, en réponse à son invitation par l’Académie des technologies. Après avoir évoqué la brillante carrière de son invité, aujourd’hui membre de l’Académie des sciences morales et politiques et, depuis quelques années, président de l’Institut de l’entreprise et des conseils de surveillance et d’orientation de l’Institut Aspen France, François Guinot ne manque pas de signaler « l’omission » du mot « crise » dans l’intitulé de la conférence. La crise financière actuelle n’en sera pas moins perceptible, explicitement ou en filigrane, au fil des propos du grand banquier.

Michel Pébereau y fait ainsi référence dès son introduction : « Le métier de banquier impose non seulement de prendre des risques, à condition toutefois de savoir préserver un équilibre entre ces prises de risque et leurs avantages potentiels pour l’ensemble de l’économie, mais aussi d’innover en permanence, y compris en période de crise comme celle d’aujourd’hui : de ces innovations dépendent largement la capacité innovatrice de l’économie ». Plus généralement, comment la banque est-elle devenue en elle-même une entreprise innovante ? Dans quelle mesure a-t-elle joué un rôle clé en faveur de l’innovation technologique ? Comment sa stratégie d’innovation va-t-elle se poursuive ? Telles sont les trois grandes questions autour desquelles est articulé son exposé.

A la base, rappelle-t-il, la banque est l’intermédiaire chargé de gérer l’épargne des uns pour financer les projets des autres : « En l’espace de deux décennies, ce métier initial s’est profondément transformé, dès lors que notre objectif a été d’accompagner les mouvements fondamentaux de l’économie mondiale : d’une part la mondialisation, et d’autre part l’enrichissement considérable dans les pays occidentaux, mais aussi depuis peu dans les pays émergents ». D’où un changement radical de l’activité d’intermédiation bancaire traditionnelle et le développement, en parallèle, d’une activité d’intermédiation financière : « C’est grâce à l’association des deux que l’économie mondiale a pu connaître une telle croissance au cours des dernières années… ».

Cette démarche s’est appuyée sur une multitude d’innovations (nouveaux outils de paiement, nouveaux outils financiers, nouveaux services…). Elle a aussi conduit le secteur bancaire à se situer au rang d’acteur déterminant dans les technologies de l’information et des communications : l’argent, matière première des banques, pouvait en effet être traitée comme de l’information. Exemple dans le groupe BNP Paribas : l’informatique représente 15 % des frais de gestion, le volume des traitements informatiques double tous les dix-huit mois, le nombre de transactions traitées chaque mois atteint aujourd’hui le milliard… : « Les grandes banques sont devenues de gigantesques machines informatiques. Leurs puissances installées sont à ce jour les plus grandes du monde ». Dans un tel contexte, les activités bancaires ont été entièrement reconsidérées. Elles ont également investi d’autres terrains, comme ceux de la qualité, de l’environnement…

Quatre grandes révolutions vont encore bouleverser le paysage, souligne Michel Pébereau. La première concerne l’extension du rôle des technologies de l’information à l’ensemble de l’humanité : à l’avenir, tout (systèmes, données, images, vidéos…) sera disponible partout dans le monde et à chaque instant, et chacun pourra créer et/ou modifier l’information de manière instantanée où qu’il se trouve. La deuxième porte sur la puissance des ordinateurs, qui est en passe de devenir quasi infinie via l’exploitation de la toile, autrement dit des réseaux relationnels qu’elle permet de mettre en œuvre. De ce fait, et c’est la troisième révolution, tous les processus pourront être influencés en temps réel par toutes les informations, elles aussi produites en temps réel. Enfin, pour faire face à ces changements, tous les services relevant des technologies de l’information (IT) devront être « virtualisés » et standardisés.

« Nous sommes en train de nous organiser pour anticiper et exploiter au mieux ces nouvelles potentialités », ajoute le président de BNP Paribas, par ailleurs convaincu que le secteur bancaire peut occuper une place centrale dans le mouvement engagé par l’Europe vers une économie de la connaissance, au travers de ses capacités d’innovation en la matière.

D. Chouchan