Pourquoi la tech ?
Pour être honnête, ce chemin n’était pas un rêve d’enfant. J’ai eu un petit moment d’errance après le lycée, un échec en prépa HEC où j’ai ressenti un décalage scolaire et social très fort, je ne me sentais pas à ma place dans le monde des « études supérieures ». Mais c’est en Licence Sciences de la Terre que j’ai trouvé mon cap, en m’intéressant aux géosciences. Je crois, avec le recul, que ce choix est lié à mon histoire : ma mère a été ouvrière dans la métallurgie, elle m’a montré que les métiers techniques n’ont pas de genre et que les matières premières sont à la base de tout. J’ai grandi avec cet exemple, et aujourd’hui, je veux que la science serve la société. C’est pour ça que la géothermie fait la synthèse de tout ça : elle permet de concilier l’exploitation des ressources avec l’ambition d’une énergie verte accessible à tous.
Votre parcours ?
J’ai un parcours d’ingénieure géologue, avec une formation très académique à l’université Pierre et Marie Curie (un master 2 recherche) et plus appliquée à l’IFP School (diplôme d’ingénieure appliquée en géologie pétrolière). J’ai également passé une année de licence au Canada pour me spécialiser dans l’exploration minière.
Votre première expérience professionnelle dans la tech ?
Ma première expérience professionnelle de terrain, c’est un camp de cartographie dans le nord canadien, pour prendre des mesures de déformation des roches et cartographier les gîtes métallifères en place. Cette expérience de trois mois en pleine nature, en vivant au milieu des ours et des moustiques était extraordinaire. J’ai rencontré des gens tellement différents de moi, en particulier nos chefs de camp qui appartenaient à la nation autochtone Innue et qui ont su préserver un lien très fort avec la nature.
Que faites-vous aujourd’hui et pourquoi ?
Aujourd’hui, je suis Experte Géosciences chez Dalkia. Ma mission, c’est d’apporter mon expertise technique sur la géothermie profonde. Je passe beaucoup de temps à traduire les potentiels régionaux en stratégies d’opportunités, à étoffer nos réponses aux appels d’offre, et à acculturer nos équipes sur le bienfondé de cette belle ressource énergétique. Je fais ça parce que je suis convaincue de notre mission d’utilité publique, et que la géothermie permet de rendre l’énergie verte accessible à tous. Dalkia est l’opérateur historique qui a su valoriser cette énergie en France, qui a également su réinventer les modes de production avec des architectures puits innovantes issues de l’industrie pétrolière. Ce transfert de technologie est une clé de réussite pour nos projets.
Vos atouts pour ce poste ?
Techniquement, mes atouts sont ma connaissance du sous-sol et ma vision stratégique de la ressource géologique. Mais ce qui fait ma posture différenciante, c’est mon regard de citoyenne « embarquée ». Je crois que mon attrait pour la compréhension de notre société me donne une grille de lecture des situations avec les différentes parties prenantes de nos projets. Cela me permet d’anticiper les points de friction, de saisir les occasions, et de rester dans une logique d’ancrage et d’écoute, avec les collectivités notamment, sans qui les projets ne pourraient pas voir le jour.
Vos défis passés, vos ratés, vos grands moments de solitude ?
C’est difficile de parler des défis au passé. J’ai l’impression que le défi de la transition énergétique emporte tout le reste ! Mais si je dois partager quelque chose d’un peu plus personnel, j’ai passé huit fois le permis de conduire avant de l’obtenir… cinq fois en voiture, trois fois à moto ! Avec le recul j’ai transformé ces échecs en anecdote rigolote, mais à cette époque ils traduisaient la pression que je me mettais et que je ne savais pas surmonter. Rater le permis quand on vient d’une famille précaire crée un cercle vicieux où le gouffre financier que constituent les heures de conduite transforme une simple erreur de parcours en une véritable barrière à l’émancipation, à la mobilité. Depuis je conduis prudemment !
Vos meilleurs moments, les succès dont vous êtes fière ?
Professionnellement je suis très fière d’avoir fait du projet de forage de Cachan (doublet subhorizontal de 1000m de long) un succès concret. C’était une première mondiale en géothermie, qui demandait une concentration et une pression technique extrêmes pour suivre en temps réel chaque centimètre de forage. Je suis aussi très fière de mes engagements citoyens depuis 12 ans dans la ville qui m’a vue grandir.
Enfin, côté perso je suis bien sûr très fière de ma vie de maman et de mes deux enfants Wilson et France qui ont des sacrés caractères.
Des personnes qui vous ont aidée/marquée ou au contraire rendu la vie difficile ?
J’ai eu la chance de grandir dans une ville qui incarnait une solidarité concrète envers les jeunes qui ne bénéficiaient pas d’un « bouclier social ».
La Courneuve m’a offert beaucoup de choses qui m’ont permis de me façonner et auxquelles je n’aurais pas pu avoir accès. Des voyages, ludiques au ski ou plus introspectifs en Egypte pour un voyage humanitaire, des responsabilités aussi dans les clubs de sport ou pour initier différentes dynamiques culturelles.
Je dois aussi beaucoup à ma maman qui s’est pliée en 4 pour m’apporter tout le soutien matériel qu’elle pouvait.
Vos envies et défis à venir ?
J’ai envie d’avoir un impact positif sur le monde. Sans prétention, mais avec la conviction qu’on peut tous apporter une petite brique à l’édifice. J’aimerais que l’énergie soit au coeur des discussions citoyennes, au coeur des préoccupations politiques. Pour cela il faut que nous apprenions, nous les humains, quelle que soit la casquette que nous portons à nous refaire confiance. Mon défi pour la géothermie en particulier, c’est de faire de l’éthique notre meilleur argument, pour une meilleure gestion de la ressource naturelle, notre bien commun à tous !
Et que faites-vous en dehors de votre travail ?
Côté loisirs, ce qui me parle et m’attendrit, c’est la culture populaire : la chanson française, les courses hippiques et Joséphine Ange Gardien. J’adore aussi la danse, en particulier le ballet classique. Le ballet est une forme artistique qui me bouleverse. La beauté des corps, l’harmonie entre les danseurs, les costumes, lorsque je les vois, je suis convaincue que la magie existe ! Alors pour me réancrer dans le réel je crée des mosaïques, c’est la géologue qui s’exprime avec ses petits cailloux.
Vos héroïnes (héros) de fiction, ou dans l’histoire ?
Buffy contre les vampires, bien sûr ! J’ai grandi avec la trilogie du samedi.
J’aurai aussi adoré grandir avec la Reine des Neiges et Rumi des Kpop Demon Hunter. Je suis enchantée que ma fille ait accès à ces modèles féminins pour construire son imaginaire… même si cela implique d’avoir des chansons qui nous restent en tête toute la journée !
Votre devise favorite ?
« La peur n’évite pas le danger !» Je suis une grande grande anxieuse et cette phrase m’aide à aller de l’avant même quand je suis terrifiée.
Un livre à emporter sur une île déserte ?
J’emporterai la « Trilogie de l’Empire ». Mara des Acoma est un personnage féminin fort et intelligent. C’est une héroïne qui en bave pas mal, mais qui s’émancipe dans un univers particulièrement patriarcal. Son histoire représente la résilience et la capacité à surmonter les difficultés grâce à la ruse et la diplomatie, ce qui en fait un modèle inspirant même dans les situations extrêmes.
Un message ou un conseil aux jeunes femmes ?
La technique est une voie puissante pour exercer votre citoyenneté ! Prenez part au mouvement du monde, il est essentiel que le futur technique soit conjugué au féminin.