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Mélanie EROSTATE

  • Ingénieure territoriale hydrogéologue
  • SMEGREG
  • 32 ans
  • Marrainée par Florence HABETS en 2026

Pourquoi la tech ?

La vraie question serait plutôt « Pourquoi l’eau ? ». Car c’est spécifiquement cet élément qui m’a guidée vers les sciences et technologies. Très jeune, je répétais à mes parents vouloir exercer un métier utile, un métier qui ait du sens – même si je n’utilisais pas encore ce mot à l’époque. L’eau s’est imposée naturellement. Étudier « l’eau », c’est mieux comprendre le monde qui nous entoure, littéralement, à travers la lecture des paysages. Mais aussi plus largement, c’est toucher à tous les aspects d’une société contemporaine.

Votre parcours ?

Après l’obtention de mon bac scientifique, je n’avais qu’un seul vœu d’orientation : l’Université de Bordeaux et sa licence en Sciences de la Vie et de la Terre. Dès ma première année de licence, l’hydrogéologie, la science dédiée aux eaux souterraines, s’est imposée comme une évidence. Elle ne m’a jamais quittée. J’ai donc intégré ensuite un master spécialisé en hydrogéologie à l’Université de Montpellier. Longtemps convaincue que les études longues n’étaient pas pour moi, sans doute par manque de modèles, j’ai finalement choisi de poursuivre avec un doctorat en hydrogéologie à l’Université de Corse. L’une de mes meilleures décisions.

Votre première expérience professionnelle dans la tech ?

Mon doctorat ! On l’oublie souvent, mais un doctorat est un contrat à durée déterminée qui permet non seulement de développer des compétences pointues dans son domaine de recherche, mais aussi une multitude de compétences transversales. Pendant près de trois années passionnantes, j’ai étudié les milieux dits tributaires des eaux souterraines en Méditerranée au sein d’une équipe transdisciplinaire. Une expérience exigeante, formatrice et profondément structurante.

Que faites-vous aujourd’hui et pourquoi ?

Je suis ingénieure territoriale hydrogéologue, spécialisée dans la gestion des ressources en eau souterraine. Mon travail consiste à suivre ou piloter des études visant à améliorer les connaissances sur ces ressources, à définir leurs possibilités d’exploitation et à établir les principes de gestion qui les encadrent.

J’adorais la recherche, mais j’avais besoin d’être plus proche du terrain, plus investie dans le système décisionnaire. J’ai donc choisi de rejoindre la fonction publique territoriale, afin de mettre mes compétences au service de l’intérêt général.

Vos atouts pour ce poste ?

Je dirais mon esprit critique et mon aisance à l’oral. J’aime questionner les approches et leurs conséquences. Je me bats pour mes idées, en essayant de trouver les bons arguments et le meilleur angle pour les défendre, tout en acceptant de ne pas être la décisionnaire finale.

Vos défis passés, vos ratés, vos grands moments de solitude ?

Ma soutenance de thèse, seule, devant mon ordinateur, un fameux 17 mars 2020. Cela aurait pu être la Saint-Patrick… mais ce fut le confinement. La solitude, dans toute sa définition !

Vos meilleurs moments, les succès dont vous êtes fière ?

Il y a eu tellement d’événements positifs, difficile de choisir. Je pense que ce sont mes deux Prix de thèse, décernés par la Société Géologique de France (SGF) et par la Ville de Bastia. Le premier a souligné la qualité des travaux menés et l’importance du travail de communication associé, le second leur intérêt pour le territoire. À mes yeux, la recherche et l’ancrage territorial forment un binôme essentiel et indissociable. Recevoir ces deux distinctions a été une sorte de matérialisation de mes efforts pour contribuer à cet idéal.

Des personnes qui vous ont aidée/marquée ou au contraire rendu la vie difficile ?

La liste est longue, tant dans le cercle professionnel que personnel. En citer seulement quelques-unes ne rendrait pas justice à toutes celles qui ont contribué, de près ou de loin, à mon parcours. L’essentiel est que la liste des soutiens est bien plus longue que celle des personnes ayant créé des difficultés.

Vos envies et défis à venir ?

Instaurer de manière pérenne un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Comme dans beaucoup de métiers passions, il est facile de se laisser absorber et de fonctionner en sur-régime.

Et que faites-vous en dehors de votre travail ?

Je vis pleinement. Je voyage beaucoup, j’adore la musique live et je suis toujours à la recherche de nouveaux spots végétariens et vegan où partager des bons moments avec mes amis. Et depuis peu, je réalise une envie de toujours en m’initiant au piano.

Vos héroïnes (héros) de fiction, ou dans l’histoire ?

Pocahontas est LE dessin animé de mon enfance. J’aimais cette héroïne espiègle, passionnée et instinctive, capable de penser hors du cadre et de défendre ses idéaux, prônant le respect de l’autre et l’importance de la connexion avec la nature. Plus tard, j’ai découvert la véritable histoire tragique de Pocahontas, qui illustre à elle seule de nombreux dysfonctionnements sociétaux.

Votre devise favorite ?

« Le meilleur reste à venir »

On stigmatise beaucoup l’échec. Ces moments nous marquent souvent plus qu’une réussite, tant ils sont inconfortables à vivre. Mais ce n’est finalement qu’une déception par rapport à des attentes à un instant donné. J’aime à penser qu’ils nous rapprochent de ce qui nous correspond vraiment.

Un livre à emporter sur une île déserte ?

Soif, la revue de l’eau. Créée par des passionnés, cette revue remet l’eau au centre des débats sous toutes ses dimensions, écologique, sociale, culturelle et scientifique. PASSIONNANT !

Un message ou un conseil aux jeunes femmes ?

SoyezVirile comme des filles, pour emprunter les mots de Suzane. Assumez vos forces et vos ambitions à votre manière, sans renoncer à votre identité. Trop souvent, des qualités associées au succès sont perçues comme masculines. Ces qualités ne sont pas l’apanage d’un genre ! Nous pouvons les incarner pleinement tout en restant nous-mêmes.

LE QUESTIONNAIRE
DU CHATELET

Le questionnaire auquel répondent les Femmes de tech est une variante du questionnaire de Proust, ainsi nommé non pas parce que Marcel Proust se serait égaré dans le métro parisien, mais en mémoire d’Emilie du Chatelet, femme de lettres, mathématicienne et physicienne, renommée pour sa traduction des Principia Mathematica de Newton et la diffusion de l’œuvre physique de Leibniz. Elle fût membre de l’Académie des sciences de l’Institut de Bologne. Emilie du Chatelet mena au siècle des Lumières une vie libre et accomplie et publia un discours sur le bonheur.

Emilie Du Chatelet

Femme de lettre, mathématicienne, physicienne

1706 - 1749