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Anaïs TERBECHE

  • Responsable de projet en développement durable
  • Saint-Gobain Sekurit
  • 35 ans
  • Marrainée par Bernadette CHARLEUX en 2026

Pourquoi la tech ?

Parce que la technologie, pour moi, c’est le lien entre la science et le concret. Après ma spécialisation en génie des procédés, j’ai été attirée par l’industrie : un univers où l’on voit immédiatement l’impact de son travail. À la fin de la journée, le verdict est clair : avons-nous produit le matériau attendu ?

Ce côté opérationnel me passionne, car il est rythmé par l’excitation permanente d’être au rendez-vous.

C’est ce qui m’a conduite à débuter par un VIE en Italie, en tant qu’ingénieure procédés chez Isover, une entreprise du Groupe Saint-Gobain. J’y ai découvert que la technologie n’est pas qu’une affaire de machines ou de process : c’est avant tout une aventure humaine.

Je suis convaincue que les plus grandes transformations se construisent collectivement, grâce à la diversité des profils, des expériences et des idées. Cette richesse est une source d’innovation et de motivation.

Mais ce qui me porte avant tout, c’est le sens : faire avancer des projets concrets, agir sur le réel et contribuer, à ma mesure, à transformer notre manière de produire.

Votre parcours ?

Mon parcours n’a rien de linéaire (#vive la circularité) et c’est probablement ce qui fait sa force.

J’ai commencé par un bac scientifique, et dans l’esprit de mes parents, la suite logique était médecine. L’idée était magnifique… sauf pour moi : rien que la vue du sang m’était insupportable ! J’ai tenté un compromis avec pharmacie, mais j’ai vite compris que ni le contenu, ni l’esprit concours ne me correspondaient.

J’ai ensuite rejoint une prépa, pensant que le problème venait peut-être de la filière. En réalité, j’ai découvert quelque chose d’essentiel sur moi : je ne fonctionne pas dans la compétition, mais dans la collaboration.

Ce que je voulais, c’était apprendre, comprendre et construire collectivement. C’est ce qui m’a conduite à l’Université Pierre et Marie Curie pour une licence de chimie, puis une spécialisation en ingénierie chimique co-habilitée avec Chimie Paris.

Diplômée en 2013, j’ai ensuite pris le temps de voyager et de mener une mission humanitaire auprès de jeunes filles en Indonésie et au Cambodge. Cette expérience m’a profondément marquée : l’éducation est une liberté, et voir combien certaines en étaient privées m’a rappelé la chance que j’avais et la responsabilité qui va avec.

À mon retour, j’ai suivi mon goût pour les langues et l’international : direction l’Italie pour un VIE, qui a été la porte d’entrée vers l’industrie (mais ça, c’est pour la question 3 !)

Si je devais résumer mon parcours : j’ai avancé par essais, erreurs, curiosité et honnêteté. Il m’a appris qu’il n’y a pas de chemin parfait, seulement celui qui nous ressemble et qui nous permet d’avoir un impact positif.

Votre première expérience professionnelle dans la tech ?

Ma première immersion dans la tech ?

Elle a commencé en Italie, avec un défi passionnant : innover dans l’industrie.

En tant qu’ingénieure procédés chez Saint-Gobain Isover, j’ai travaillé sur le développement d’une laine minérale avec un liant biosourcé, en lien direct avec l’usine italienne et le centre R&D en France.

Ce que j’ai adoré, c’est cette double perspective : le concret du terrain et la vision plus scientifique et stratégique de la R&D.

Ce VIE a été une formidable porte d’entrée dans l’industrie : apprendre une langue, découvrir un procédé industriel inédit et, surtout, comprendre comment on innove vraiment.

Mon conseil ?

Le VIE est un tremplin exceptionnel pour explorer la tech, découvrir des méthodes de travail différentes et s’enrichir à tous les niveaux.

Que faites-vous aujourd’hui et pourquoi ?

Aujourd’hui, je suis Sustainability Project Manager chez Saint-Gobain Sekurit, l’activité du Groupe dédiée au vitrage pour la mobilité (automobile, transport, marché après-vente). C’est un univers technique exigeant, mais aussi passionnant : le vitrage est un matériau clé qui allie sécurité, confort, performance énergétique et désormais économie circulaire.

Mon rôle consiste à accompagner la transformation durable de nos activités : travailler sur la circularité du vitrage, la réduction de nos émissions carbone, les affaires publiques liées à la mobilité…

C’est un poste transverse, qui demande de comprendre des enjeux techniques, réglementaires et opérationnels, tout en continuant à apprendre, ce qui me correspond profondément.

Pourquoi ce parcours ? Parce qu’entre mes deux périodes chez Saint-Gobain, j’ai choisi d’explorer d’autres univers, notamment celui de la déconstruction et de l’économie circulaire, avec une approche terrain, pour enrichir ma vision et confirmer ce qui me motive.

Aujourd’hui, mon travail est un équilibre entre impact, apprentissage et action. Je n’arrive pas avec toutes les réponses, mais avec une conviction : on peut faire bouger les lignes si on relie les acteurs, si on structure, si on écoute, et si on avance pas à pas.

Vos atouts pour ce poste ?

Je pense que mes atouts ne sont pas forcément ceux qu’on attend “sur le papier”, mais ils sont très utiles dans ce métier.

J’ai un vrai sens du travail : je suis quelqu’un de déterminée, qui prend le temps de comprendre en profondeur et qui ne lâche pas un sujet tant qu’il n’est pas clair ou avancé.

J’ai aussi appris, au fil de mes expériences, à connecter des mondes très différents : la technique, le terrain, le réglementaire, les partenaires externes. J’aime comprendre comment chacun fonctionne et trouver un chemin commun.

Et puis il y a l’humain. J’accorde beaucoup d’importance à l’écoute et au respect des autres. Ça peut paraître simple, mais sur des sujets comme la circularité ou la transformation durable, ce sont les relations et la confiance qui font avancer les projets.

Si je devais résumer : du travail, de la constance, et la volonté de faire avancer les choses avec les autres.

Vos défis passés, vos ratés, vos grands moments de solitude ?

Un des défis les plus marquants pour moi a été de traverser la perte de ma sœur, juste après mon arrivée chez Saint-Gobain.

C’était un moment de solitude et de douleur, mais aussi un défi : continuer à avancer professionnellement tout en portant ce deuil.

Ce qui m’a aidée, c’est le soutien incroyable de mes collègues, qui sont devenus bien plus que ça, de véritables amis.

Cette épreuve m’a appris la résilience, l’importance des liens humains au travail et la force qu’on peut trouver même dans les moments les plus difficiles.

Pour moi, c’est un rappel que nos défis personnels façonnent aussi notre manière d’être au monde et de travailler avec les autres.

Vos meilleurs moments, les succès dont vous êtes fière ?

Parmi mes plus belles fiertés, il y a ce moment où j’ai eu l’opportunité de présenter un sujet lié à l’économie circulaire dans le bâtiment lors d’un événement organisé par la Commission européenne, dans le cadre du High-Level Construction Forum à Bruxelles.

C’était un exercice exigeant, et j’ai été fière de pouvoir contribuer à ces travaux. Il s’agissait d’une belle reconnaissance du travail collectif mené sur ces enjeux, d’autant que beaucoup d’autres auraient pu être sollicités.

Je suis aussi particulièrement fière d’intégrer le réseau Femmes de Tech. C’est une opportunité que je n’aurais jamais imaginée, et je suis motivée à contribuer à ce réseau inspirant.

Et sur un plan plus personnel, l’un de mes plus grands succès est sans aucun doute la naissance de mon fils. Le voir grandir et découvrir le monde avec autant d’émerveillement est un bonheur et une fierté qui n’ont pas d’égal.

Des personnes qui vous ont aidée/marquée ou au contraire rendu la vie difficile ?

J’ai eu la chance d’être entourée de femmes exceptionnelles qui ont été bien plus que des mentors : elles sont devenues des modèles et des soutiens précieux.

Bernadette Charleux, Directrice R&D Chimie de la Construction chez Saint-Gobain, qui sera ma marraine dans le cadre du réseau Femmes de Tech, a toujours été une source d’inspiration. Que ce soit en R&D chez Saint-Gobain ou lors de changements de poste, elle m’a accompagnée avec des conseils avisés et une bienveillance constante.

Gwenaelle Croizer, Directrice d’EPC Colibri et rencontrée au SEDDRe, a également joué un rôle essentiel dans mon parcours. Elle m’a aidée à grandir, à prendre confiance et à voir plus loin. Sa capacité à créer une relation qui dépasse le cadre professionnel, avec une authenticité rare, m’a profondément marquée.

Ces femmes m’ont appris la résilience et l’importance de la solidarité. Leur soutien, au-delà des compétences, a été déterminant pour avancer.

Bien sûr, j’ai aussi eu des alliés masculins et mes proches m’inspirent chaque jour mais dans le cadre du réseau Femmes de Tech, je tenais à mettre en lumière ces deux femmes dont l’impact sur mon parcours a été inestimable.

Vos envies et défis à venir ?

Mon premier grand défi aujourd’hui, c’est de réussir pleinement ma prise de poste dans un domaine que je découvre encore. Après plus de dix ans dans le secteur du bâtiment, je me lance dans l’univers de l’automobile, où je n’ai pas encore tous les repères techniques. C’est un vrai challenge, mais j’adore apprendre et je suis déterminée à y arriver.

Et puis, j’ai une envie plus personnelle : explorer comment utiliser l’humour pour parler de durabilité. J’ai été inspirée par des stand-up sur la Sustainability, et je trouve que c’est une manière géniale de faire passer des messages sans être alarmiste. Cela rend les sujets plus accessibles et crée une bonne énergie.

Mon défi, c’est donc aussi d’apporter cette touche de légèreté pour sensibiliser autrement, parce que rire, c’est bon pour la santé et pour faire passer des idées.

Et que faites-vous en dehors de votre travail ?

En dehors du travail, mon temps libre est surtout dédié à ma famille et à mon fils, qui est mon “deuxième job à temps plein”.

J’adore partager avec lui des moments simples : des balades en forêt, des visites au musée ou simplement des week-ends tranquilles à la maison.

Ces instants me permettent de me ressourcer et de profiter pleinement des petites joies de la vie, entourée de ceux qui comptent le plus pour moi.

J’aime aussi accompagner des jeunes filles qui s’orientent vers les filières scientifiques. C’est une façon de transmettre, de partager mon expérience et d’encourager davantage de femmes à prendre leur place dans ces métiers.

Vos héroïnes (héros) de fiction, ou dans l’histoire ?

Plus qu’une héroïne unique, ce sont des femmes qui incarnent la force et la résilience qui m’inspirent : celles qui avancent malgré les obstacles, qui gardent à la fois la force et la douceur, et qui transforment les épreuves en opportunités.

Si je devais citer une figure historique, ce serait Marie Curie.

Pour son audace scientifique, son immense curiosité, son travail acharné et cette façon de repousser les frontières de la connaissance, au point d’y consacrer sa vie.

Avec Pierre Curie, elle a ouvert la voie à des découvertes extraordinaires, au point qu’Einstein lui-même voyait en elle l’un des plus grands esprits de son époque.

Et peut-être aussi parce que j’ai eu la chance d’étudier à Pierre et Marie Curie : une jolie coïncidence qui m’a toujours accompagnée comme un rappel que la passion et la rigueur peuvent mener très loin.

Mais mes héroïnes sont aussi celles du quotidien : celles qui jonglent entre travail, famille et engagements, qui gardent le sourire et avancent pas à pas. Elles me rappellent que le courage peut être discret, mais qu’il change tout.

Votre devise favorite ?

Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait – Mark Twain

Un livre à emporter sur une île déserte ?

Probablement « La cuisine sur une île déserte pour les nuls », afin de maximiser mes chances de survie !

Et sinon, Robinson Crusoé de Daniel Defoe, pour apprendre de ceux qui ont déjà réussi à s’en sortir 😊

Un message ou un conseil aux jeunes femmes ?

N’attendez pas d’être prêtes pour vous lancer : on ne l’est jamais vraiment.

Avancez pas à pas, posez des questions, apprenez en chemin.

Faites-vous confiance, entourez-vous bien et gardez votre curiosité intacte. C’est ainsi que naissent les plus beaux parcours.

LE QUESTIONNAIRE
DU CHATELET

Le questionnaire auquel répondent les Femmes de tech est une variante du questionnaire de Proust, ainsi nommé non pas parce que Marcel Proust se serait égaré dans le métro parisien, mais en mémoire d’Emilie du Chatelet, femme de lettres, mathématicienne et physicienne, renommée pour sa traduction des Principia Mathematica de Newton et la diffusion de l’œuvre physique de Leibniz. Elle fût membre de l’Académie des sciences de l’Institut de Bologne. Emilie du Chatelet mena au siècle des Lumières une vie libre et accomplie et publia un discours sur le bonheur.

Emilie Du Chatelet

Femme de lettre, mathématicienne, physicienne

1706 - 1749