Synthèse
Dans un écosystème de la fusion en pleine recomposition, porté par une dynamique internationale soutenue, l’essor rapide d’infrastructures expérimentales et l’émergence de partenariats public‑privé, il devient nécessaire de redéfinir sans délai la place que la France souhaite occuper, tant au niveau européen que dans le contexte particulier d’ITER, qui demeure la référence scientifique et technologique mondiale et a concentré jusqu’ici l’essentiel de l’attention.
Le présent document propose, dans cette perspective, une vision structurante ainsi que des orientations stratégiques pour guider l’action française.
Cette vision s’appuie sur un paradoxe désormais largement reconnu, et rappelé dans le document stratégique de l’AIEA (Key Fusion Elements) comme par les principaux acteurs publics : malgré la progression d’ITER, la coordination internationale des efforts et l’intérêt considérable suscité par l’initiative privée mondiale, la fusion n’est pas encore prête à entrer dans une phase d’industrialisation.
Si la mission d’ITER consiste bien à démontrer la faisabilité intégrée d’une installation de fusion magnétique à l’échelle 1, ainsi qu’à lever de nombreux verrous technologiques dans l’objectif d’un futur réacteur de fusion, plusieurs briques technologiques essentielles demeurent insuffisamment matures pour permettre la réalisation de réacteurs électrogènes. Pour lever ce verrou, et compléter les apports d’ITER, des plateformes expérimentales dédiées, flexibles et mutualisées, sont nécessaires pour accélérer la maîtrise des technologies nucléaires propres aux réacteurs de fusion (tenue des matériaux sous irradiation par des neutrons de haute énergie, régénération et cycle du tritium, récupération de l’énergie de fusion et production de puissance utilisable…). Une installation de cette nature (appelée de façon générique Volumetric Neutron Source (VNS)) apporterait un degré de confiance supplémentaire dans la capacité d’atteindre les performances visées pour la première démonstration de réacteur de fusion.
Dans le contexte actuel, la mise en œuvre d’une telle infrastructure requiert des partenariats public‑privé ambitieux, ainsi qu’un renforcement substantiel des compétences et des ressources humaines dédiées à la fusion.
Dans ce cadre, l’auteur considère que la France dispose des atouts scientifiques, industriels et territoriaux pour assumer un rôle moteur au sein de la dynamique européenne. Une option structurante consisterait à proposer un positionnement scientifique et technique central, voire envisager l’option d’implantation sur un site tel que celui du CEA à Cadarache, d’un projet européen de VNS porté par un consortium public‑privé à gouvernance renforcée. Une telle approche permettrait la mobilisation de ressources nouvelles, une cohérence forte avec ITER, et la consolidation du leadership européen.
La fenêtre 2026‑2027 d’élaboration du prochain plan‑cadre EURATOM constitue, de ce point de vue, une opportunité stratégique unique qui appelle une mobilisation rapide et coordonnée de l’ensemble des acteurs nationaux concernés.