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Rachel CARSON

  • Biologiste marine, écrivaine et mère de l’écologie
  • 27 mai 1907 - 14 avril 1964
  • #BIOLOGIE ET PHYSIOLOGIE

Qui est Rachel Carson ?

Rachel Carson naît le 27 mai 1907 dans la ferme familiale près de Pittsburgh en Pennsylvanie. Ses parents sont Maria Frazer et Robert Warden Carson, vendeur d’assurance. Attirée par la nature, en particulier les océans, et lectrice avide, Rachel publie sa première histoire à l’âge de dix ans.

 

Après un début de carrière en tant que biologiste marine, Rachel Carson se spécialise comme écrivaine naturaliste engagée pour l’écologie. Certains de ses ouvrages, tels que The Sea Around Us (1951), sont des best-sellers. Confrontée à l’opposition féroce de compagnies chimiques, Rachel Carson prend courageusement position contre l’utilisation massive des pesticides tels que le DDT (dichloro-diphényle-trichloro-éthane), inspirant ainsi une prise de conscience nationale qui conduit en 1970 à la création de la U.S. Environmental Protection Agency.

Sa formation : biologiste

En 1925, après de brillantes études secondaires dont elle sort première de sa classe, Rachel Carson rejoint le Pennsylvania College for Women, maintenant Chatham University, à Pittsburgh. Elle se spécialise en biologie et reçoit son diplôme en 1929 magna cum laude. Assistante au laboratoire de Raymond Pearl, elle poursuit ses études à l’Université John Hopkins à Baltimore. Elle mène à terme un mémoire sur le développement embryonnaire du pronéphros (organe excréteur rudimentaire), et obtient en 1932 une maitrise de zoologie. Cependant, pour des raisons financières résultant de la « grande dépression », Rachel Carson abandonne ses ambitions de poursuivre une thèse de doctorat pour rechercher un poste d’enseignante à temps plein.

Chercheuse et écrivaine à la prose claire et poétique

Avec l’aide de sa mentore en biologie, Mary Scott Skinker, Rachel Carson devient collaboratrice externe du U.S. Bureau of Fisheries. Elle rédige les textes destinés à une série éducative d’émissions radio sur la vie aquatique intitulées Romance Under the Waters. L’objectif est de susciter l’intérêt du public pour la biologie des poissons et les travaux du Bureau of Fisheries. Rachel Carson propose aussi des articles sur la vie marine dans la baie de Chesapeake à des journaux et magazines locaux.

 

Encouragée par son superviseur suite au succès de la série radio, Rachel Carson passe le concours de la fonction publique, en sort majore, et devient en 1936 la 2ème femme embauchée à plein temps par le Bureau of Fisheries en tant qu’assistante-biologiste marine. Ses principales responsabilités sont d’analyser les données récoltées sur les populations de poissons, et d’écrire des brochures à destination du public. Malgré une situation financière critique résultant du décès brutal de son père et de sa sœur ainée, Rachel Carson écrit un flot continu d’articles pour The Baltimore Sun et d’autres journaux en se fondant sur des entretiens avec des biologistes marins et sur ses propres recherches.

 

En juillet 1937, la revue Atlantic Monthly accepte de publier sous le titre Undersea une version révisée d’un article initialement intitulé The World of Waters. Cet article raconte dans un style alerte un voyage au fond de l’océan. La maison d’édition Simon & Schuster, impressionnée, demande à Rachel Carson d’en faire un livre, ce qui va marquer un tournant dans la vie de la jeune femme. Après plusieurs années de travail paraît donc en 1941 Under the Sea Wind qui reçoit une excellente critique, malheureusement sans succès commercial. En parallèle cependant, Rachel Carson poursuit sa carrière au Bureau, devenu le United States Fish and Wildlife Service, et ses succès journalistiques ne se démentent pas : le Sun Magazine, Nature, et Collier’s la publient. Progressant au sein du Fish and Wildlife Service, Rachel Carson devient cheffe de service en 1945, puis rédactrice en chef en 1949, ce qui lui laisse une plus grande latitude dans son travail de terrain et le choix de ses sujets.

 

Poursuivant sa carrière d’écrivaine, Rachel Carson établit une relation durable avec Mary Roddell, son agente littéraire. A l’instigation d’Oxford University Press, elle finalise début 1950 le manuscrit de ce qui deviendra The Sea Around Us, histoire de la vie dans les océans. Publié en 1951, le livre est un extraordinaire succès: 86 semaines dans la liste des best-sellers du New York Times, sélection par le Reader’s Digest, lauréat du National Book Award for Nonfiction, et John Burroughs Medal. Un film documentaire, The Sea, en est dérivé, et les désaccords entre Rachel Carson et le producteur n’empêchent pas ce film d’obtenir l’Academy Award for Best Documentary Feature. Ces succès valent à Rachel Carson deux doctorats honoraires et, forte de la sécurité financière obtenue, elle quitte son poste en 1952 pour se consacrer exclusivement à sa carrière littéraire. Un troisième ouvrage, The Edge of the Sea (1955), complète sa trilogie marine.

Défenseure de l’environnement

Rachel Carson avait déjà été confrontée une première fois en 1945 au DDT, présenté alors comme nouveau pesticide révolutionnaire. S’inquiétant des dommages causés par l’utilisation extensive de tels biocides de synthèse, Rachel Carson s’engage dans les années 50 pour la protection du vivant et de la biodiversité. Dans ses recherches, Rachel Carson collabore avec d’autres scientifiques, biologistes et médecins, ainsi qu’avec des organismes tels que la Société nationale Audubon.

 

Ce faisant, Rachel Carson entre en lutte ouverte et violente avec les sociétés chimiques (DuPont, Velsicol Chemical) et les lobbies associés qui cherchent agressivement à la discréditer : film de « propagande », témoignages « d’experts » mandatés par l’industrie, désinformation, insultes, actions en justice… L’affrontement culmine avec la sortie du livre Silent Spring (1962), soutenu par la communauté universitaire : Rachel Carson prédit une aggravation des conséquences des pesticides, surtout lorsque les nuisibles ciblés développent une résistance aux pesticides alors même que les écosystèmes affaiblis deviennent les proies d’espèces invasives inattendues. Le livre se termine par une incitation à utiliser l’approche biologique comme alternative aux pesticides chimiques.  Silent Spring devient source d’inspiration nationale, avec des réactions du public largement positives, contribuant ainsi à obtenir l’interdiction du DDT et d’autres pesticides, et suscitant l’émergence de mouvements en faveur de l’environnement.

 

Malheureusement, l’état de santé de Rachel Carson, atteinte de cancer, empire rapidement. Elle meurt d’une crise cardiaque le 14 avril 1964 à l’âge de cinquante-six ans.

Pourquoi est-elle une Femme pionnière de la tech ?

Par sa rigueur scientifique, alliée à ses qualités littéraires et son engagement pour la vie sur Terre, Rachel Carson a réussi à faire évoluer les mentalités et se pose en mère de l’écologie moderne. Son combat se poursuit aujourd’hui : à l’occasion du centenaire de sa naissance, l’hommage à Rachel Carson voulu par le sénateur démocrate Benjamin L. Cardin (Maryland) pour son « héritage de rigueur scientifique doublée d’une sensibilité poétique » a été bloqué par le sénateur républicain Tom Coburn (Oklahoma), disant que « l’on s’était enfin débarrassé de la science de pacotille et de la stigmatisation du DDT ».

 

Sélection de publications :

– Under the Sea Wind, 1941, Simon & Schuster, Penguin Group, 1996 (ISBN 0-14-025380-7)

– The Sea Around Us, 1951, Oxford University Press, 1991 (ISBN 0-19-506997-8)

– The Edge of the Sea, 1955, Mariner Books, 1998 (ISBN 0-395-92496-0)

– Silent Spring, Houghton Mifflin, 1962 (repr. Mariner Books, 2002) (ISBN 0-618-24906-0)

Quelle reconnaissance d’hier et d’aujourd’hui ?

– 1980: Presidential Medal of Freedom par le Président Jimmy Carter (plus haute distinction civile).

– Inscrite au National Women’s Hall of Fame.

– Rachel Carson a donné son nom à des prix décernés par des institutions philanthropiques ou éducatives, ou des organisations de savants. Parmi eux le prix Rachel Carson, créé à Stavangeren Norvège en 1991, est remis tous les 2 ans à une femme ayant apporté sa contribution au domaine de la protection de l’environnement. Ou encore le prix de l’Applied Microbiology International dont le français François Thomas (CNRS) a été lauréat en 2024.

– Plusieurs zones protégées ont été nommées en l’honneur de Rachel Carson. Près de Pittsburgh, un chemin de randonnée de 57,4 km, entretenu par le Rachel Carson Trails Conservancy, lui est dédié en 1975. Un pont de Pittsburg est aussi renommé en son honneur : le Rachel Carson Bridge.

– Un reportage de Tamara Erdre, réalisé en France en 2021, est diffusé sur Arte : « Rachel Carson, la mère de l’écologie ».

– Un Hors-Série du Nouvel Obs de juin 2022 lui est consacré.

Citations de Rachel Carson

“Man is a part of nature, and his war against nature is inevitably a war against himself.”

 

“We stand now where two roads diverge. But unlike the roads in Robert Frost‘s familiar poem, they are not equally fair. The road we have long been traveling is deceptively easy, a smooth superhighway on which we progress with great speed, but at its end lies disaster. The other fork of the road, the one less travelled by, offers our only chance to reach a destination that assures the preservation of the earth.”

 

“The more clearly we can focus our attention on the wonders and realities of the universe about us the less taste we shall have for the destruction of our race. Wonder and humility are wholesome emotions, and they do not exist side by side with a lust for destruction. It is not half so important to know as to feel.”

 

“The aim of science is to discover and illuminate truth. And that, I take it, is the aim of literature, whether biography or history… It seems to me, then, that there can be no separate literature of science.”

 

“Until we have the courage to recognize cruelty for what it is – whether its victim is human or animal – we cannot expect things to be much better in this world. We cannot have peace among men whose hearts delight in killing any living creature. By every act that glorifies or even tolerates such moronic delight in killing, we set back the progress of humanity.”

Une femme inspirante pour…

« Rachel Carson a démontré qu’une scientifique peut faire évoluer les connaissances, les politiques publiques et les consciences. Son parcours rappelle que la science est aussi un acte de courage, au service du vivant et des générations futures. »

 

Morgane Champleboux, chercheuse en biotechnologies chez Michelin et membre du réseau des Femmes de Tech de l’Académie des technologies

Illustration réalisée à l’aide d’une IA, à partir de la photo officielle du US Fish and Wildlife Service de Rachel Carson