Qui est Mary Jackson ?
“A gentlelady, wife and mother, humanitarian and scientist.” [« Une femme distinguée, épouse et mère, humanitaire et scientifique. »]
Mary Jackson, fille d’Ella et Frank Winston, voit le jour à Hampton en Virginie en 1921, dans une Amérique marquée par la ségrégation raciale. Grâce à sa détermination, elle devient la première femme afro-américaine ingénieure à la NASA. Après une carrière technique remarquable, elle se réoriente dans la promotion de l’égalité des chances en faveur des minorités. Pour Mary Winston Jackson, l’amour de la science et l’engagement à améliorer la vie de son entourage sont les deux facettes d’une même réalité.
Sa formation : Diplômée en mathématiques et sciences physiques de l’Université de Hampton
Mary Jackson grandit à Hampton, où elle fait de brillantes études secondaires à la “Phenix High School”. Excellant en mathématiques et en sciences, elle obtient en 1942 à l’Université de Hampton son double diplôme en Mathématiques et en Sciences Physiques. Elle devient membre de la sororité étudiante Alpha Kappa Alpha, la première sororité créée par et pour les femmes universitaires afro-américaines.
Carrière professionnelle et apports
Premiers postes
Mary Jackson débute sa carrière comme professeure de mathématiques dans une école pour noirs située dans le comté de Calvert (Maryland) avant de revenir dans sa ville natale après une année. Là, elle occupe différents emplois (réceptionniste au “King Street United Service Organization Club” pour la population noire, agent administratif au Département Santé de l’Université de Hampton, secrétaire militaire à Fort Monroe) et donne naissance à son fils Lévi avant d’être embauchée en 1951 dans la section séparée (réservée aux noirs) du “Langley Memorial Aeronautical Laboratory’s West Area Computing”.
Carrière au NACA (“National Advisory Committee for Aeronautics”) qui devient la NASA (“National Aeronautics and Space Administration”) en 1958
Mary Jackson commence donc comme « mathématicienne », c’est-à-dire membre d’une équipe de « calculatrices humaines » avant la diffusion des ordinateurs, travaillant entre autres sur les calculs de trajectoires des premières missions spatiales telles que Mercury.
En 1953, après deux ans, l’ingénieur Kazimierz Czarnecki invite Mary Jackson à le rejoindre au département de recherche sur la compressibilité pour travailler sur la soufflerie supersonique. Malgré un environnement académique extrêmement défavorable en raison de la ségrégation raciale, Mary Jackson obtient l’autorisation de suivre des cours du soir à l’Université de Virginie (réservée aux personnes de race blanche) pour devenir, en 1958, la première femme noire ingénieure à la NASA.
La même année, elle publie les premiers résultats de ses recherches intitulés “Effects of Nose Angle and Mach Number on Transition on Cones at Supersonic Speeds”. Elle analyse ensuite les données d’expériences de soufflerie et d’expériences de vol afin d’analyser les efforts aérodynamiques comme la poussée ou la traînée. Pendant un peu moins de deux décades, Mary Jackson poursuit une remarquable carrière dans les domaines techniques, se spécialisant dans le comportement de la couche limite d’air autour des avions en régime supersonique et même hypersonique. Elle écrit ou co-écrit 12 articles pour le NACA et la NASA.
En 1979, ayant atteint le plus haut grade d’ingénieure possible avant une promotion au statut de dirigeante, et se heurtant au « plafond de verre » en vigueur, Mary Jackson décide de quitter l’ingénierie et se fait rétrograder pour devenir gestionnaire du Programme fédéral pour les femmes à Langley, poste qu’elle occupe jusqu’à sa retraite en 1985. Là, elle travaille d’arrache-pied à l’égalité des chances, influençant l’embauche et la promotion de la prochaine génération de toutes les femmes mathématiciennes, ingénieures et scientifiques de la NASA.
Une femme engagée dans la cause de sa minorité raciale et des femmes
En dehors de sa propre carrière, Mary Jackson s’est toujours engagée au service des minorités. A titre d’exemple, elle aide des enfants noirs de sa communauté à créer leur propre soufflerie pour avions miniatures dans les années 70, et elle s’investit dans le scoutisme (cheffe scoute pendant 20 ans).
Avec son mari, elle applique une politique de « porte ouverte » vis-à-vis des jeunes recrues de Langley, en particulier les femmes et les représentants des minorités. Sur la base de sa propre expérience, Mary Jackson les aide à progresser en leur prodiguant des conseils pour être facilement promue de mathématicienne à ingénieure. En particulier, en fin de carrière, après avoir suivi une formation au siège de la NASA, elle retourne à Langley où elle s’investit pour faire évoluer les mentalités et mettre en valeur les femmes et les membres de ces minorités qui excellent dans leur domaine.
Pourquoi est-elle une Femme pionnière de la tech ?
L’essentiel de la contribution technique de Mary Jackson a porté sur l’analyse de la transition entre la zone laminaire et la zone turbulente dans les écoulements dans le but d’améliorer l’aérodynamique des avions et de préparer la course à l’espace au début des années 60. Elle fait montre d’une compréhension technique allant nettement au-delà des calculs, illustrant sa capacité d’innovation par une liste importante de publications et de brevets.
Publications et brevets
– Czarnecki, K. R., & Jackson, M. W. (1958). Effects of nose angle and Mach number on transition on cones at supersonic speeds [archive]. (No. NACA-TN-4388).
– Jackson, M. W., & Czarnecki, K. R. (1960). Investigation by Schlieren technique of methods of fixing fully turbulent flow on models at supersonic speeds(Vol. 242). NASA.
– Czarnecki, K. R., & Jackson, M. W. (1961). Effects of Cone Angel, Mach Number, and Nose Blunting on Transition at Supersonic Speeds [archive] (Vol. 634). National Aeronautics and Space Administration. (No. NASA-TN-D-634).
– Czarnecki, K. R., Jackson, M. W., & Monta, W. J. (1963). Studies of skin friction at supersonic speeds. NASA Conference on Supersonic-Transport Feasibility Studies and Supporting Research, 177-189.
– Czarnecki, K. R., Jackson, M. W., & Monta, W. J. (1965). Turbulent skin friction at high Reynolds numbers and low supersonic velocities.(No. NASA-TN-D-2687).
– Czarnecki, K. R., Allen, J. M., & Jackson, M. W. (janvier 1967). « Boundary-layer transition on hypersonic-cruise aircraft ». Dans on Hypersonic Aircraft Technol [archive], National Aeronautics and Space Administration.
– Czarnecki, K. R., & Jackson, M. W. (1970). Theoretical Pressure Distributions Over Arbitrarily Shaped Periodic Waves in Subsonic Compressible Flow, and Comparison with Experiment [archive]. National Aeronautics and Space Administration. (No. NASA-TN-D-5984).
– Czarnecki, K. R., & Jackson, M. W. (1975). Turbulent boundary-layer separation due to a forward-facing step [archive]. AIAA Journal, 13(12), 1585-1591.
Quelle reconnaissance d’hier et d’aujourd’hui ?
1969 : “Apollo Group Achievement Award” pour contribution aux programmes spatiaux NASA.
1976 : “Langley Research Center Volunteer of the Year”.
2016 : biographie reprise dans le livre Les figures de l’ombre (“Hidden figures”) de Margot Lee Shetterly, suivi d’une adaptation au cinéma par Theodore Melfi.
2018 : le conseil scolaire de Salt Lake City vote pour que l’école élémentaire Jackson de Salt Lake City (Utah), soit rebaptisée en l’honneur de Mary Jackson au lieu du président Andrew Jackson.
11 août 2019 à titre posthume : médaille d’or du congrès, plus haute distinction civile décernée par le Congrès des États-Unis, pour développement de la NACAet de la NASA.
26 février 2021 : le bâtiment du siège de la NASA à Washington, D.C., est rebaptisé Mary W. Jackson NASA Headquarters.
Avril 2023 à avril 2024 : l’Espace pour la vie(Montréal), avec l’artiste MissMe, rend hommage à Mary Jackson et 6 autres femmes scientifiques, Katherine Johnson, Lise Meitner, Donna Strickland, Vera Rubin, Jocelyn Bell et Emmy Noether, « restées inconnues trop longtemps » avec l’exposition nobELLES dans le Planétarium.
Citations de Mary Jackson
À propos des jeunes du club de sciences de Hampton qu’elle aide à construire leur propre soufflerie : “We have to do something like this to get them interested in science. Sometimes they are not aware of the number of black scientists, and don’t even know of the career opportunities until it is too late.” [« Nous devons prendre ce genre d’initiatives pour susciter leur intérêt pour les sciences. Parfois, ils ne sont pas conscients du nombre de scientifiques noirs et ne connaissent même pas les possibilités de carrière avant qu’il ne soit trop tard. »]
Et concernant sa progression professionnelle : “Every time we get a chance to get ahead, they move the finish line.” [« Chaque fois que nous avons l’occasion de prendre de l’avance, ils déplacent la ligne d’arrivée. »]
Une femme inspirante pour…
« Mary Jackson m’inspire profondément parce que son parcours illustre qu’il est possible de dépasser les obstacles techniques et sociaux grâce à la détermination, la passion pour la science et l’engagement envers les autres. Mon parcours fait écho au sien dans une moindre mesure. Ingénieure dans l’aéronautique et le spatial, je me reconnais dans sa rigueur scientifique et son envie de faire avancer la recherche tout en ouvrant la voie à plus de diversité. Son exemple montre qu’il ne suffit pas seulement de réussir ses propres projets : il est aussi essentiel de soutenir celles et ceux qui arrivent après nous, de s’engager pour l’égalité des chances et de rendre la science accessible à tous, ce qui me tient profondément à cœur. Par son audace, sa capacité d’innovation et son implication pour les femmes et les minorités, Mary Jackson est un exemple qui me donne envie de repousser les frontières de mon domaine tout en restant fidèle à mes valeurs humaines. »
Marjorie Cavarroc, Ingénieure R&T TTS voie sèche, experte senior à SAFRAN Tech, et membre du réseau des Femmes de Tech de l’Académie des technologies.
Références
Wikipédia et diverses sources
Illustration réalisée à l’aide d’une IA, à partir d’une photo d’Elsie Eaves