Podcasts audio

Comment a-t-on su qu’il était possible de faire des bombes atomiques ?

La Conversation scientifique par Etienne Klein
le samedi de 16h00 à 17h00

Comment a-t-on su qu’il était possible de faire des bombes atomiques ?

Réécouter Comment a-t-on su ce que l'on sait ? (1/5) : Comment a-t-on su qu’il était possible de faire des bombes atomiques ?
59min 29/10/2016

Le 6 août 1945, la bombe Little Boy est larguée sur Hiroshima. Elle explosa à 600 mètres d’altitude, accompagnée d’un éclair foudroyant, suivi d’une boule de feu et d’une onde de choc surpuissante qui fit vibrer les corps jusqu’à la rupture, brûlant les chairs et tuant 75 000 personnes sur le coup.

Plusieurs dizaines de milliers sont grièvement brûlées et beaucoup d'autres mourront des années plus tard des suites des radiations (on évoque un total de 140.000 morts). Trois jours plus tard, "Fat Man" larguée sur Nagasaki et la cathédrale d’Urakami, provoqua un désastre similaire dans l’ordre de l’impensable (40.000 personnes sont tuées sur le coup, 80.000 morts au total selon certaines estimations).

Dans notre imaginaire collectif, la formule E = mc2 est intriquée à l’arme nucléaire. Par ricochet, elle symbolise une sorte de noirceur que l’histoire aurait tatouée sur l’âme d’Einstein. À la construction de cet amalgame, presque tout le monde s’est mis, et plutôt rapidement. Cela commença un an après le premier essai d’une bombe atomique, qui avait eu lieu le 16 juillet 1945 sur le champ de tir d’Alamogordo au Nouveau Mexique. Pour le commémorer, le magazine Time daté du 1er juillet 1946, affichait sur sa couverture une représentation saisissante d’« Einstein le cosmoclaste » - littéralement, « le destructeur de l’ordre ». L’œil est d’abord happé par le visage bienveillant du savant, crinière en bataille, traits marqués, regard portant au loin comme s’il interrogeait la postérité, cependant qu’en arrière-plan une grande colonne de flammes et de fumées s’élève vers un nuage en forme de champignon évoquant la tête d’un cobra. Inscrite sur le nuage, pareille à quelque mauvais génie, l’équation E = mc2 symbolise le pacte faustien que la physique, au départ la plus théorique, aurait conclu avec le Mal le plus concret.

Mais E = mc2 a-t-elle plus de lien avec la bombe atomique qu’avec le craquement d’une allumette ou la chute d’un crayon à papier ?

Conversation avec Jacques Treiner, physicien théoricien et Bernard Fernandez, physicien nucléaire.

Textes lus par Léon Bonnaffé.