Retour

Jeanne-Marie DALBAVIE

  • Responsable Innovation
  • IKOS
  • 36 ans
  • Marrainée par Michèle CYNA en 2026

Pourquoi la tech ?

Passionnée par les sciences en général, et par les mathématiques et la physique en particulier, je me suis naturellement orientée vers des études scientifiques et technologiques. Tout au long de mon parcours, j’ai hésité entre la recherche et l’ingénierie. C’est finalement la seconde option qui l’a emporté pour des raisons de personnalité, mais en travaillant dans la R&D industrielle, j’ai finalement trouvé un équilibre entre les deux.

Votre parcours ?

Diplômée de Polytechnique et des Mines de Paris en 2014, j’ai commencé comme consultante design-to-cost chez Avencore avant de rejoindre IKOS Consulting en 2017 au sein de l’IKOS Lab. Je me suis progressivement spécialisée dans l’innovation ferroviaire et énergie, travaillant sur des projets comme l’hyperloop avec TransPod ou les trains à batterie et hydrogène en collaboration avec la SNCF ainsi qu’ADIF et RENFE. J’ai aussi eu la chance de déposer le premier brevet d’IKOS pour l’intégration des énergies décarbonées, un convertisseur de puissance multi-entrées/sorties, modulaire et universel, le Power Ring, aujourd’hui en cours de développement. Désormais basée à Madrid, je pilote des projets d’innovation et accompagne l’implantation de l’IKOS Lab en Espagne.

Votre première expérience professionnelle dans la tech ?

Après avoir fait tous mes stages dans le ferroviaire, ma passion industrielle première, j’ai eu la chance chez Avencore de travailler pour le développement de la alors nouvelle gamme de satellites de Thalès Alenia Space qui embarquait 2 innovations majeures. Ce projet de grande ampleur, que j’ai accompagné pendant 2,5ans m’a fait découvrir de nombreux aspects de la tech.

Que faites-vous aujourd’hui et pourquoi ?

Après avoir monté le programme R&D pour la transition énergétique d’IKOS via deux piliers :

  • La décarbonation des trains diesel,
  • L’intégration des renouvelables (volet électronique de puissance),

je continue à piloter la valorisation des projets associés, dont certains sont arrivés à maturité et d’autre entre en phase d’industrialisation. Je développe aussi particulièrement les activités innovation à l’international.

Vos atouts pour ce poste ?

Je pense que mes meilleurs atouts pour ce poste sont ma capacité de synthèse, ma pugnacité, mon leadership basé sur mon talent pour voir et alimenter le meilleur chez mes collaborateurs et collaboratrices, ainsi que mon envie d’apprendre et transmettre sans cesse.

Vos défis passés, vos ratés, vos grands moments de solitude ?

Mon plus grand défi passé, à l’origine de nombreux moments de solitude, doutes, et crises de confiance, a été la difficulté à trouver ma voie dans les sciences et l’ingénierie. Issue d’une famille de musiciens, je ne disposais d’aucun repère dans cet univers. Etant intéressée par tout, je n’arrivais pas à me fixer un domaine technique en particulier.

J’ai donc d’abord choisi un secteur qui m’attirait plus que les autres : le ferroviaire, pour ses dimensions vertueuses – à la fois pour l’environnement et pour son impact sur le public-, pour sa grande complexité technique – absolument tous les domaines technologiques s’y retrouvent et s’interfacent-, et son aspect littéraire et poétique.

C’est donc par tâtonnements et par l’expérimentation, en identifiant ce qui me plaisait et ce qui me correspondait moins, que j’ai progressivement appris à mieux me connaître et à construire une synthèse alignée avec mes attentes, tant sur le plan technique que non technique, dans l’exercice de mon métier actuel.

Vos meilleurs moments, les succès dont vous êtes fière ?

Ma première grande fierté a été mon admission à Louis-le-Grand au lycée, venant d’un petit collège du Périgord, puis bien sûr ma réussite au concours d’entrée de Polytechnique en tant que major de la filière Physique-Chimie.

Récemment, j’ai de nouveau eu l’honneur d’être reconnue pour mon travail. D’abord en devenant finaliste en 2023, à 34 ans, du prix Femmes de l’Industrie de l’Usine Nouvelle dans la catégorie R&D (félicitations à la lauréate, Marjorie Cavarroc, très impressionnante), puis avec des distinctions en 2025 :

  • le Women in Rail Award dans la catégorie Research & Innovation, décerné par la Commission européenne et l’ensemble des associations européennes de l’industrie ferroviaire
  • le Grand Prix National de l’Ingénierie avec mon équipe pour le projet Power Ring.

Enfin, moins sous les feux de la rampe mais source d’une fierté plus profonde sont la validation du premier prototype complet de notre concept Power Ring, et la sollicitation du ministère de l’Industrie pour contribuer, aux côtés de personnalités reconnues, au numéro d’octobre 2025 des Annales des Mines consacré au verdissement du ferroviaire.

Des personnes qui vous ont aidée/marquée ou au contraire rendu la vie difficile ?

J’ai eu la chance d’avoir tout au long de mon parcours des institutrices et professeurs remarquables. D’abord à Saint-Cyprien en Dordogne, à l’école primaire (je me souviens particulièrement de Mme Candau en CE2), puis au collège avec ma professeure d’Histoire-Géographie, celle de Français et Latin, mes professeurs de Mathématiques… Ensuite à Louis-le-Grand, au lycée puis en classe préparatoire, où l’ensemble des enseignants et enseignantes était exceptionnel, mention spéciale à Emmanuel Goldsztein, dit Goldi. Enfin, j’ai bénéficié chez Avencore comme chez IKOS de collègues et managers compétents et inspirants.

Côté difficultés, j’ai été confrontée, comme la plupart des femmes dans les milieux très masculins je pense, à quelques situations délicates : avances déplacées difficiles à gérer en contexte professionnel, sous-estimation de mes compétences ou de mon rôle, et le point culminant en Italie où les ingénieurs ne s’adressaient qu’à mes collègues masculins, y compris pour répondre à mes propres questions.

Vos envies et défis à venir ?

Mon défi futur premier est de transformer mes projets de R&D en offres commercialement viables. Il s’agit finalement d’une aventure proche de celle d’une start-up où j’ai commencé par de la recherche, des expérimentations, des publications, du développement, et il s’agit désormais d’atteindre un marché.

En parallèle, mon rôle bascule de plus en plus vers l’externe, bien que je continue à avoir de fortes implications en interne. Et enfin il s’agira pour moi de réussir à prendre de l’étoffe géographique et stratégique.

Et que faites-vous en dehors de votre travail ?

Je lis un peu, je sors beaucoup, je fais du sport et depuis quelques années je me suis mise à la création sonore via le livecoding (création de musique, images etc. par la programmation) mais surtout, je passe un maximum de temps et je fais un maximum de choses avec celles et ceux que j’aime.

Vos héroïnes (héros) de fiction, ou dans l’histoire ?

J’admire les grands hommes, et je n’en citerai qu’un ici, mon favori Marcel Proust. Mais j’admire encore plus les grandes femmes dont le nom a réussi à percer et demeurer malgré les vents contraires. Depuis Hatchepsout, qui a fait basculer l’Egypte dans une autre dimension il y a 3 mille ans à Marie Curie, Simone Weil (et Simone Veil), en passant par les poètes – philosophes – mathématiciennes grecques comme Hipatia et Sappho, des grandes leaders et combattantes du Moyen-Âge comme Jeanne d’Arc, Marie-Thérèse d’Autriche, Boadicée, Qin Langyu, la Kahina… et récemment les artistes Frida Kahlo, Camille Claudel, Charlotte Salomon, Virginia Woolf etc. la liste est heureusement beaucoup trop longue pour toutes les nommer !

Je suis moins impactée par les personnages fictionnels mais je peux tout de même citer les héroïnes Mulan, et Vi (Violet) dans Arcane.

Votre devise favorite ?

On n’arrête pas un peuple qui danse (devise du mouvement Free Party).

Un livre à emporter sur une île déserte ?

« À la recherche du temps perdu », de Marcel Proust

Un message ou un conseil aux jeunes femmes ?

Osez les carrières de création (artistique comme technique et scientifique), d’influence, de pouvoir…ce sont les métiers qui forgent notre futur et nous avons besoin que les femmes y prennent part, bien davantage qu’elles ne le font aujourd’hui.

LE QUESTIONNAIRE
DU CHATELET

Le questionnaire auquel répondent les Femmes de tech est une variante du questionnaire de Proust, ainsi nommé non pas parce que Marcel Proust se serait égaré dans le métro parisien, mais en mémoire d’Emilie du Chatelet, femme de lettres, mathématicienne et physicienne, renommée pour sa traduction des Principia Mathematica de Newton et la diffusion de l’œuvre physique de Leibniz. Elle fût membre de l’Académie des sciences de l’Institut de Bologne. Emilie du Chatelet mena au siècle des Lumières une vie libre et accomplie et publia un discours sur le bonheur.

Emilie Du Chatelet

Femme de lettre, mathématicienne, physicienne

1706 - 1749