Académie des technologies

Estelle Desroches

  • Directrice de programme Démantèlement
  • EDF
  • 50 ans
  • Marrainée par Claude Nahon en 2022

Pourquoi la tech ?

Les raisons principales qui m’ont amenée à choisir une carrière dans le domaine de la technologie sont la curiosité, le désir de comprendre, le besoin de travailler sur des choses concrètes, l’envie de me rendre utile et d’être impliquée sur des projets qui font sens.
Travailler dans la tech permet de relever des défis passionnants, orientés vers l’innovation, dans des secteurs de pointe, d’apporter des réponses concrètes et systémiques aux grands questionnements actuels (éducation, énergie, ressources naturelles…). 

Votre parcours ?

Un diplôme d’ingénieur en génie chimique (ENSIC Nancy) et un doctorat en sciences de l’ingénieur. J’ai fait un court passage dans l’enseignement supérieur et j’ai rejoint le groupe EDF en 1998 au sein des équipes R&D où j’ai d’abord travaillé sur les impacts environnementaux de différentes installations industrielles (centrales thermiques, stockages de déchets…). Après avoir managé un laboratoire spécialisé dans l’hydraulique, j’ai été responsable de l’aval du cycle au sein de la Division Combustible Nucléaire à partir de 2008, avec la responsabilité du traitement du combustible usé et de la gestion des déchets radioactifs. En 2014, j’ai pris le poste de directrice déléguée performances d’un centre d’ingénierie et, en 2016, je suis devenue directrice du programme de démantèlement des réacteurs graphite (UNGG), la première génération de réacteurs nucléaires. Après avoir participé à la création ou à l’acquisition de plusieurs entités dans ce domaine, j’ai pris la tête de la filiale mère Cyclife en 2021.
Ceci a donné un parcours à forte dominante technique doublé d’expériences de management de projets, de structures, d’entreprises humainement très riches.

Prix Fem Energia 2012

Women In Nuclear France 2021

Votre première expérience professionnelle dans la tech ?

Une thèse passionnante à l’institut français du pétrole sur le « devenir des polluants gazeux lors de l’incinération des ordures ménagères en lit fluidisé circulant » avec une phase expérimentale très riche, notamment la construction d’une unité pilote pour les tests de combustion, complété d’un volet modélisation numérique/ « data analysis » pour comprendre les réactions chimiques en jeu et optimiser le fonctionnement des fours. Un sujet qui reste d’actualité et le début d’une longue carrière centrée sur l’intégration durable des outils industriels et plus spécifiquement des moyens de production d’électricité dans notre environnement

Vous faites quoi aujourd’hui et pourquoi ?

Je suis directrice générale de Cyclife, une filiale d’EDF en charge du développement des activités démantèlement/déchets à l’international. Cyclife, ce sont environ 700 collaborateurs, trois usines de traitement de déchets radioactifs en France, en Suède, au UK, et trois centres d’ingénierie et d’expertise qui développent des solutions technologiques, téléopérées, robotisées, numériques pour la phase ultime du cycle de vie des installations nucléaires, la déconstruction.

Vos atouts pour ce poste ?

La combinaison entre un background technique solide et des expériences de management d’équipes ou de structures variées.
Mon engagement, mon sens de l’intérêt commun, une forte conscience professionnelle, une bonne dose de résilience, une énergie positive assortie d’une capacité à donner du sens, mobiliser un collectif, le tirer vers la performance, une capacité à acquérir rapidement et maintenir une vision d’ensemble tout en étant capable de creuser des points précis quand c’est nécessaire. On m’attribue un grand sens du dialogue, un goût certain pour la transmission des grandes qualités pédagogiques. J’ai dû faire preuve d’une  réelle capacité à évoluer dans un univers très masculin et à faire comprendre l’intérêt de la mixité, de la complémentarité dans les équipes, à trouver un positionnement juste.

Vos défis passés, vos ratés, vos grands moments de solitude ?

Ma carrière s’est construite pas à pas, avec une nouvelle prise de risque à chaque étape. Alors oui, il y a eu des moments de solitude ou de « trac » notamment lors des « premières fois », la première réunion de négociation d’un gros contrat, le premier séminaire de transformation d’un groupe multiculturel et international… Il m’a fallu démontrer aux sceptiques que c’était possible
Mais on apprend beaucoup de ces challenges ou de ces situations moins confortables.

Vos meilleurs moments, les succès dont vous êtes fière ?

De nombreux moments de mon parcours ont été des sources de fierté et de satisfaction, quelques exemples récents concernent la création d’une nouvelle entreprise, Graphitech, ou la mise en place d’un centre d’essais pour développer et tester les solutions robotisées et numériques qui permettront de s’attaquer au défi technologique du démantèlement des réacteurs compacts et de très grande taille. Mais les meilleurs moments sont avant tout les avancées ou les « victoires » que j’ai pu partager avec mes équipes. Ce que j’apprécie particulièrement c’est l’aventure humaine que tous ces projets de développement me donne l’occasion de vivre.

Des personnes qui vous ont aidée/marquée ou au contraire rendu la vie difficile ?

Je citerai d’abord le soutien de celui qui a vécu toutes ses aventures à mes côtés et qui a toujours cru en moi.
J’ai eu la chance, ensuite, de bénéficier de coups de pouce, de conseils, de rencontres à des moments clés de ma carrière. Je pense tout particulièrement à deux directeurs pour lesquels j’ai eu la chance de travailler : mon premier manager à la R&D qui m’a appris la force du collectif et m’a donné envie de prendre à mon tour ce rôle de « chef d’orchestre », le second, entrepreneur et stratège inspirant, que j’ai croisé à plusieurs reprises qui a su me faire confiance, me donner confiance et me pousser à m’engager sur des terrains de jeu qui me semblaient moins naturels.

Vos envies et défis à venir ?

Mon défi professionnel dans les années à venir sera de porter avec les équipes de Cyclife le développement des activités démantèlement/déchets pour le groupe EDF, en proposant des solutions innovantes et intégrées pour ces chantiers complexes. Démontrer que nous sommes capables d’apporter des solutions concrètes sur ces questions est un sujet majeur pour l’acceptabilité de l’énergie nucléaire, au moment de discussions cruciales autour de la transition écologique.

Et vous faites quoi en dehors de votre travail ?

J’ai toujours aimé danser, je pratique la danse depuis ma plus tendre enfance, je l’ai enseigné un temps… Aujourd’hui encore, c’est un moment ressourçant, de créativité individuelle et collective.
Sinon des plaisirs partagés avec ma petite famille, mes 2 garçons de 20 et 22 ans dont je suis tellement fière. Le football, le vin, et la cuisine… J’aime beaucoup créer mes propres recettes, la cuisine c’est un peu comme la chimie, les bons ingrédients, les bons dosages…

Vos héroïnes (héros) de fiction, ou dans l’histoire ?

Assez naturellement, je dirai Marie Curie, une scientifique brillante qui n’a pas hésité à s’emparer de sujets nouveaux mais aussi une femme d’exception visionnaire qui a mené ses projets avec détermination, en ayant le souci de la diffusion des connaissances et en s’investissant personnellement pour que ses découvertes et les progrès scientifiques qu’elles ont permis profitent au plus grand nombre.

Votre devise favorite ?

« Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion » de Hegel ou « La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent mais d’apprendre à danser sous la pluie » de Sénèque

Un livre à emporter sur une île déserte ?

Un livre intemporel et de circonstance : l’Odyssée d’Homère. Une formidable épopée, un héros rusé, déterminé, qui finit par rentrer, mes racines : un des premiers livres qui m’a durablement marqué, les cours de grec ancien de mon adolescence…

Un message ou un conseil aux jeunes femmes ?

Osez, faites-vous confiance, lancez-vous. C’est en croyant en soi que l’on peut se réaliser.
Restez vous-même, fidèles à vos valeurs, authentiques, chacun a sa forme de réussite.

LE QUESTIONNAIRE
DU CHATELET

Le questionnaire auquel répondent les Femmes de tech est une variante du questionnaire de Proust, ainsi nommé non pas parce que Marcel Proust se serait égaré dans le métro parisien, mais en mémoire d’Emilie du Chatelet, femme de lettres, mathématicienne et physicienne, renommée pour sa traduction des Principia Mathematica de Newton et la diffusion de l’œuvre physique de Leibniz. Elle fût membre de l’Académie des sciences de l’Institut de Bologne. Emilie du Chatelet mena au siècle des Lumières une vie libre et accomplie et publia un discours sur le bonheur.

Emilie Du Chatelet

Femme de lettre, mathématicienne, physicienne

1706 - 1749