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Marine JOLY-KERMARREC

  • Ingénieure Gestion de l’eau et environnement
  • EDF HYDRO Sud-Ouest
  • 37 ans
  • Marrainée par Florence HABETS en 2026

Pourquoi la tech ?

Il me semble qu’on se tourne vers la tech parce qu’on aime comprendre le monde qui nous entoure.

Pendant ma scolarité, j’adorais les maths et les sciences pour leur logique et leur puissance autant que j’aimais la littérature et la philosophie pour leur capacité à faire réfléchir sur l’humain et la société.

Ce qui m’a guidée vers les études d’ingénieur, c’est le souhait d’être dans le concret, dans la réalité physique des choses et dans la force de l’ingéniosité humaine : je suis autant enthousiasmée par une sortie naturaliste que par la visite d’un bâtiment réacteur de centrale nucléaire.

Votre parcours ?

Après une classe préparatoire, je suis entrée aux Mines d’Albi avec l’envie de travailler dans des secteurs indispensables à notre société : l’environnement et l’énergie.

Je suis partie 6 mois au Danemark avec 2 objectifs : parfaire mon cursus sur des domaines environnementaux très concrets comme l’écotoxicologie et découvrir la Scandinavie qui incarnait, à mon sens, l’idéal d’une société où l’environnement est au cœur des préoccupations politiques.

Après mes études, j’ai intégré EDF, d’abord dans l’ingénierie environnementale dans le nucléaire, puis à la Direction de l’hydraulique en gestion de l’eau et enfin dans une unité de production hydraulique, EDF Hydro Sud-Ouest.

Votre première expérience professionnelle dans la tech ?

Ma première expérience professionnelle dans la tech qui a confirmé ma voie : un stage chez Veolia sur un site de traitement de déchets. J’ai apprécié être en usine, comprendre le fonctionnement des machines et être au contact des agents de tri.

Ma première expérience professionnelle dans la tech qui m’a façonnée : mon poste d’ingénieur environnement dans le nucléaire à EDF. J’y ai découvert l’exigence et la complexité de cette industrie, la recherche de la rigueur et le souci du détail des analyses… autant que des collègues exceptionnel.le.s !

Que faites-vous aujourd’hui et pourquoi ?

Concilier atténuation et adaptation au changement climatique !

Le Sud-Ouest est particulièrement exposé aux effets du changement climatique et notamment à la diminution significative de ses ressources en eau. Depuis près de 30 ans, des cours d’eau sont réalimentés l’été par des déstockages depuis les barrages hydroélectriques d’EDF pour maintenir les usages (eau potable, irrigation…). L’une de mes missions est la coordination opérationnelle de ce “soutien d’étiage” et la représentation d’EDF dans les instances de gestion de l’eau. Ces déstockages depuis les barrages hydroélectriques l’été ne sont pas anodins puisque la force de l’hydroélectricité est de produire l’hiver au moment des pointes de consommation en électricité. Notre rôle est de sauvegarder l’équilibre ténu entre le maintien d’une production d’électricité décarbonée et pilotable et l’adaptation des territoires au dérèglement climatique.

Une autre facette de mon activité consiste à prendre en compte les impacts environnementaux des aménagements  hydroélectriques et d’identifier avec les acteurs locaux, les éventuelles mesures d’atténuation.

Vos atouts pour ce poste ?

Mon background technique, un bon relationnel, le sens de la négociation, un goût certain pour la pédagogie, une capacité à réfléchir autant technique que stratégique et une appétence à gérer des situations de crise comme du travail au long cours.

Vos défis passés, vos ratés, vos grands moments de solitude ?

Parmi mes défis passés : celui de me tourner vers l’hydraulique après plusieurs années dans le nucléaire. Il s’agit toujours du monde de l’énergie, mais les pratiques et les fonctionnements sont si différents que ça s’apparente à changer de métier.

Parmi les ratés, une mission très “formatrice” qui s’est révélée difficile humainement.

Vos meilleurs moments, les succès dont vous êtes fière ?

Aussi étrange que cela puisse paraître après 15 ans de carrière : ma remise des diplômes ! C’était une telle fierté d’être ingénieure, d’avoir gravi l’échelle sociale et de pouvoir accéder à des métiers passionnants.

Dans ma vie professionnelle, ce sont clairement les réussites collectives comme l’aboutissement de projets ou de négociations de longue haleine. Une autre fierté : celle d’avoir sensibilisé 200 collègues aux enjeux climatiques par la Fresque du Climat.

Des personnes qui vous ont aidée/marquée ou au contraire rendu la vie difficile ?

Des enseignantes qui m’ont encouragée à trouver ma voie. Issue d’une famille non-scientifique, le chemin n’était pas tout tracé.

Des scientifiques comme Valérie Masson-Delmotte ou Jean-Marc Jancovici que j’ai vus en conférence très tôt et qui m’ont énormément inspirée.

Des collègues en or à EDF qui ont été des mentors.

Et il y a aussi eu des sceptiques qui jugeaient que travailler dans l’environnement menait à une impasse ou que c’est une science inférieure.

Vos envies et défis à venir ?

Limiter l’impact du dérèglement climatique à mon échelle

Et que faites-vous en dehors de votre travail ?

En dehors de ma vie familiale, j’aime faire du sport, des activités nature / montagne et du théâtre.

Vos héroïnes (héros) de fiction, ou dans l’histoire ?

Le concept de héros me parle peu : il y a souvent beaucoup d’embellissement dans l’histoire qu’on en fait. Mais les personnes qui m’inspirent sont nombreuses : en premier lieu, les femmes de ma famille qui ont su choisir leur voie sans contrainte de la société et bifurquer au nom de leur liberté ; plus globalement, des femmes aux parcours détonnants comme ceux racontés dans les BD “Les culottées” de Pénélope Bagieu ou du livre “Les grandes oubliées de l’Histoire” de Titiou Lecoq.

Votre devise favorite ?

J’ai une grande faculté à oublier les devises qui me font écho mais celle-ci me permet d’oser : “une action imparfaite vaut mieux qu’une parfaite inaction”.

Un livre à emporter sur une île déserte ?

Un livre magique qui changerait chaque jour car je n’aime pas relire le même ouvrage. Et si je devais commencer par un, ce serait certainement une fiction longue en plusieurs tomes comme celles de Ken Follet.

Un message ou un conseil aux jeunes femmes ?

N’ayez pas de préjugés et n’ayez pas peur de vous orienter vers des métiers scientifiques. Vous pourrez y occuper des postes très divers selon vos appétences.

Acceptez les enseignements de chaque échec.

N’hésitez pas à prendre contact, demander de l’aide à d’autres : l’entraide est une force.

LE QUESTIONNAIRE
DU CHATELET

Le questionnaire auquel répondent les Femmes de tech est une variante du questionnaire de Proust, ainsi nommé non pas parce que Marcel Proust se serait égaré dans le métro parisien, mais en mémoire d’Emilie du Chatelet, femme de lettres, mathématicienne et physicienne, renommée pour sa traduction des Principia Mathematica de Newton et la diffusion de l’œuvre physique de Leibniz. Elle fût membre de l’Académie des sciences de l’Institut de Bologne. Emilie du Chatelet mena au siècle des Lumières une vie libre et accomplie et publia un discours sur le bonheur.

Emilie Du Chatelet

Femme de lettre, mathématicienne, physicienne

1706 - 1749