Académie des technologies

Perrine Jourdan

  • Responsable Bureau d'Etudes Systèmes et Electrotechnique TGV
  • SNCF Voyageurs
  • 40 ans
  • Parrainée par François Nogué en 2022

Pourquoi la tech ?

Enfant, je me rappelle avoir entendu des bribes d’émissions de radio que mes parents écoutaient, entendre des descriptions de problèmes économiques, environnementaux, sociétaux… Et au fond de moi, je me suis dit que plus tard je serai inventrice pour résoudre tous ces problèmes  ! Un peu plus tard, au collège, j’ai eu la chance de visiter une usine de production et donc de découvrir ce monde caché, complexe et fascinant qui permet de produire ce qui nous entoure. Je me suis donc tournée vers la tech afin de devenir ingénieure et de pouvoir concevoir des objets qui répondent aux besoins de la société.

Votre parcours ?

Après mon baccalauréat scientifique, j’ai intégré l’UTC, école d’ingénieur à préparation intégrée pour 5 ans de mathématiques, de cours de sciences cognitives, d’expériences de résistance des matériaux, de projets de conception en groupe… Après 1 stage ouvrier chez Scania, 6 mois d’échange aux Pays-Bas un premier stage en Allemagne chez Bosch et mon projet de fin d’études chez Renault, j’ai obtenu mon diplôme en génie mécanique spécialité design industriel.

Votre première expérience dans la tech ?

J’ai commencé ma carrière professionnelle chez Renault. Je m’occupais d’ergonomie produit pour les véhicules utilitaires. Ma mission en quelques mots ? Faire en sorte que ces véhicules soient adaptés à leurs utilisateurs donc que les ingénieurs développement placent le client au centre de leur conception.

Que faites-vous aujourd’hui et pourquoi ?

Aujourd’hui je travaille à la SNCF, à l’Ingénierie du Matériel roulant. Je suis responsable d’un bureau d’études d’ingénieurs systèmes et électrotechnique TGV. Notre rôle est de piloter, intégrer et fiabiliser des systèmes complexes sur les TGV. Le périmètre de mon équipe couvre la plupart des fonctions des TGV, les contrôles et commandes embarqués, les fonctions liées à la puissance comme la traction et enfin celles liées au confort des passagers comme l’internet à bord ou le conditionnement d’air. Je fais en sorte que mon équipe puisse remplir ses missions dans les meilleures conditions.

Vos atouts pour ce poste ?

Comme beaucoup d’ingénieurs, je suis très analytique et capable de mettre en œuvre des plans d’action de façon efficace et rigoureuse. Un autre aspect serait ma capacité à prendre du recul et envisager les situations sous plusieurs angles afin de trouver des solutions innovantes. Je consacre également beaucoup d’énergie à communiquer pour valoriser le travail de mon équipe. Et je fais preuve de persévérance et de patience au quotidien…

Vos défis passés, vos ratés, vos grands moments de solitude ?

Mon plus grand moment de solitude fut lorsque j’ai commencé à travailler en Allemagne chez John Deere. Je venais de quitter ma première entreprise, celle qui « m’avait formée », celle dont je m’étais approprié la culture, l’organisation, les processus. Je me retrouvais soudainement dans une nouvelle entreprise, un nouveau pays, une nouvelle culture, avec une nouvelle langue, en résumé : sans repères. Cette entreprise m’avait fait confiance, et il fallait que je me montre à la hauteur. J’ai relevé ce défi, puisque j’y suis restée presque 10 ans  !

Succès dont vous êtes fière ?

A l’origine, je suis ingénieure en mécanique. En ce moment, je pilote une équipe d’ingénieurs systèmes de formation électrotechnique, donc très différente de ma formation initiale. Ce sont des experts passionnés par leur métier et au début, c’était comme s’ils me parlaient dans une langue étrangère  ! J’ai réussi à appréhender ce domaine et j’en suis fière. C’est ça aussi être ingénieure : apprendre tout au long de sa carrière.

Des personnes qui vous ont aidée/marquée ou au contraire rendu la vie difficile ?

Grâce au réseau SNCF Mixité, notre réseau d’entreprise dédié aux questions d’égalité femmes / hommes dans le groupe, j’ai suivi un programme de mentoring pendant 1 an. Mon mentor m’a écoutée, et en me posant les bonnes questions, m’a aidée à prendre du recul sur certaines situations professionnelles et surtout à trouver des solutions  !
Au-delà de cette expérience marquante de mentoring, le réseau SNCF Mixité m’a beaucoup soutenue et permis de grandir. Grandir grâce aux rencontres, aux ateliers, aux conférences mais surtout grâce aux projets dans lesquels je me suis engagée.

Vos envies et défis à venir ?

Compléter ma vision du système ferroviaire pour continuer à soutenir cette mobilité durable.

Et que faites-vous en dehors de votre travail ?

Je joue beaucoup de piano et j’ai recommencé à prendre des cours pour progresser et découvrir de nouveaux morceaux. Pour me défouler, je pratique le judo depuis peu. J’ai été très fière de recevoir ma ceinture bleue l’année dernière ! Dans un registre plus calme, je lis beaucoup de romans. Sinon, j’essaie de passer un maximum de temps avec mon mari et mes deux enfants et de découvrir de nouveaux pays et lieux avec eux.

Vos héroïnes (héros) de fiction, ou dans l’histoire ?

Pour moi le mot « héroïne » évoque la période de l’enfance et quelque chose de magique. J’aimais beaucoup le personnage de Matilda, l’héroïne du roman éponyme de Roald Dahl. Une petite fille intelligente et dévoreuse de livres, mais entourée de parents peu attentifs (dont un père un peu sexiste…) et d’une directrice -très- autoritaire ! Elle décide de prendre son destin en main, aidée par quelques adultes et un talent un peu magique ! J’admirai sa finesse d’esprit, son indépendance et son courage.

Votre devise favorite ?

Ce n’est pas une devise, mais 2 mots qui m’accompagnent : persévérer et oser.

Un livre à emporter sur une île déserte ?

Le choix est difficile… Si j’étais sur une île déserte, je relirais certainement avec plaisir la trilogie de Margaret Atwood « Maddaddam ». C’est une dystopie sur la quasi-extinction de l’espèce humaine à la suite… d’une pandémie  ! Ces livres font écho à beaucoup de problématiques actuelles, la dégradation de l’environnement due à l’activité humaine, des multinationales toutes puissantes, les défis de l’alimentation, les défis sanitaires, les dérives possibles de la science…

Un message ou un conseil aux jeunes femmes ?

Dépassez les idées reçues sur les métiers techniques et faites-vous votre propre opinion  ! On peut être une femme, s’épanouir et être soi-même dans des métiers techniques, dans l’industrie. Et être ingénieure, c’est se donner la possibilité d’exercer plein de métiers différents, et tous passionnants  !

LE QUESTIONNAIRE
DU CHATELET

Le questionnaire auquel répondent les Femmes de tech est une variante du questionnaire de Proust, ainsi nommé non pas parce que Marcel Proust se serait égaré dans le métro parisien, mais en mémoire d’Emilie du Chatelet, femme de lettres, mathématicienne et physicienne, renommée pour sa traduction des Principia Mathematica de Newton et la diffusion de l’œuvre physique de Leibniz. Elle fût membre de l’Académie des sciences de l’Institut de Bologne. Emilie du Chatelet mena au siècle des Lumières une vie libre et accomplie et publia un discours sur le bonheur.

Emilie Du Chatelet

Femme de lettre, mathématicienne, physicienne

1706 - 1749