Académie des technologies

Aurélie ROLAND

  • Maître de conférences en œnologie et biochimie des arômes
  • Institut Agro Montpellier
  • 39 ans
  • Marrainée par Anne-Lucie WACK en 2024

Pourquoi la tech ?

Depuis que je sais compter, j’ai toujours eu une forte appétence pour les sciences et plus particulièrement la chimie. J’aime les choses lorsqu’elles sont organisées avec sens et précision tant est si bien que mon objet qui traduit le mieux cela, pourrait être la classification périodique des éléments. Ainsi, contribuer à la tech et m’investir professionnellement dans ce domaine sont tout à fait naturels pour moi. Je suis persuadée que les sciences sont indispensables pour la bonne compréhension de notre monde actuel mais aussi pour penser aux solutions du futur.

Votre parcours ?

Après un bac S spécialité physique-chimie, j’ai débuté mes études supérieures par un DUT de Chimie à l’Université Paul Sabatier de Toulouse. Ensuite, j’ai intégré sur titre l’École Nationale Supérieure de Chimie de Montpellier (ENSCM) en option chimie organique fine. Finalement, j’ai obtenu un doctorat en biochimie, chimie et technologie des aliments appliquées au domaine de l’œnologie en 2010. En 2023, j’ai obtenu mon Habilitation à Diriger les Recherches de l’Université de Montpellier, qui correspond au plus haut grade universitaire.

Votre première expérience professionnelle dans la tech ?

J’ai travaillé durant 7 ans dans le secteur privé pour mon premier poste en tant que directrice R&D dans une PME spécialisée dans les analyses d’arômes des boissons fermentées. Je supervisais les développements analytiques pour proposer aux acteurs de différentes filières (œnologie, brasserie notamment) des outils d’aides à la décision leur permettant d’optimiser leur process de fabrication. Cette période de ma vie a été très inspirante car le nombre de problématiques que j’ai traitées étaient extrêmement varié tout en restant très appliquées. En effet, faire de la recherche sans transfert technologique est pour moi difficile à concevoir et c’est certainement pour cela que j’ai apprécié cette période de ma vie fortement centrée sur les problématiques du terrain.

Que faites-vous aujourd’hui et pourquoi ?

Depuis 5 ans, je suis maître de conférences en œnologie et biochimie des arômes au seins de l’Institut Agro Montpellier. J’enseigne l’œnologie aux futurs ingénieurs agronomes et œnologues et je réalise ma recherche sur des problématiques centrées sur le pilotage du profil aromatique des vins ou autres boissons fermentées en tenant compte des attentes sociétales (réduction de la consommation d’alcool notamment) et du changement climatique (adaptation des plantes aux conditions de sécheresse par exemple). La fonction d’enseignant-chercheur est extrêmement enrichissante car mes travaux de recherche nourrissent mes enseignements d’une part et les retours du monde professionnel, de la part de nos diplômés notamment, alimentent mes problématiques de recherche.

Vos atouts pour ce poste ?

J’aime travailler sur des tâches variées, dans des environnements différents et au contact de plusieurs personnes. Dans mes fonctions actuelles, il faut imaginer que j’occupe deux postes simultanément aux objectifs différents et cela répond pleinement à mes aspirations. J’ai la chance de faire un métier passion et j’en mesure pleinement la chance.

Vos défis passés, vos ratés, vos grands moments de solitude ?

Je pense que mon plus grand raté correspond à la période de transition entre carrière privée et carrière académique. Je n’ai pas réussi à partir sereinement de mes anciennes fonctions et cela a significativement obscurcies mes premiers mois dans la fonction publique. Aujourd’hui, tout cela est de l’histoire ancienne et j’aborde le futur avec sérénité.

Vos meilleurs moments, les succès dont vous êtes fière ?

C’est à l’occasion de ma soutenance pour obtenir le diplôme d’HDR que j’ai ressenti ma plus grande fierté. En effet, un des membres du jury a reconnu la pertinence de mes travaux de recherche devant l’audience réunie. Pour moi, être reconnue par ses pairs est une grande marque de reconnaissance et j’en mesure grandement la portée.

Des personnes qui vous ont aidée/marquée ou au contraire rendu la vie difficile ?

J’ai eu la chance d’avoir des personnes qui ont su guider ma trajectoire lors de mes études supérieures. En effet, Aurore Fauré m’a permis d’intégrer le DUT chimie en milieu d’année universitaire à la suite d’un début chaotique en classes préparatoires. Elle m’a aussi appris à aimer la chimie analytique et plus particulièrement la spectrométrie de masse, technique que j’utilise en routine dans mes activités de recherche aujourd’hui. La directrice de recherche Florine Cavelier au CNRS fait aussi partie des personnes qui ont marqué ma vie professionnelle. Elle a joué le rôle de mentor en me guidant dans mes travaux de thèse, puis de jeune directrice R&D. Je lui en serai toujours reconnaissante.

Vos envies et défis à venir ?

Dans les années à venir, j’aimerais diffuser les connaissances au plus grand nombre par la réalisation d’ouvrages dédiés aux sciences et appliquées à l’œnologie. Le savoir est la clé de voute de tout chercheur.
Dans la filière viti-vinicole, les défis à relever sont nombreux et il est évident qu’une seule vie n’y suffira pas. Néanmoins, pour développer l’œnologie de demain, je m’engage à travailler sur l’évolution de nos pratiques œnologiques pour réduire notre empreinte carbone au maximum et répondre à la demande sociétale d’une filière plus vertueuse afin de préserver notre culture historique du vin en France.

Et que faites-vous en dehors de votre travail ?

En dehors de mon travail, j’aime passer du temps avec mes enfants et ma famille, partager des moments de jeu et d’activités physiques comme les randonnées. J’aime également faire des activités manuelles comme le travail du bois mais aussi la couture. « J’ai tendance à dire que la semaine je fais fonctionner mon cerveau et le WE, ce sont mes mains qui fonctionnent. Cela me permet d’avoir un juste équilibre… ».

Vos héroïnes (héros) de fiction, ou dans l’histoire ?

Historiquement, j’avoue que Marie Curie est une personne inspirante qui a grandement marquée la recherche en chimie. Elle est partie de rien et elle a atteint le graal du prix nobel. On ne peut que s’inspirer d’un tel parcours…

Votre devise favorite ?

Comme l’avait énoncé Lavoisier « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », j’aime souvent revenir à ce concept et me l’appliquer au quotidien. Aujourd’hui avec le dérèglement climatique qui impacte nos modes de vies, rien n’est perdu d’avance et l’innovation devra aussi s’appuyer sur les acquis scientifiques que nos prédécesseurs ont bâtis. Abordons le futur sans oublier le passé.

Un livre à emporter sur une île déserte ?

J’emporterais sans hésiter « La diagonale des reines » de Bernard Werber qui explique avec brio les stratégies de pouvoir de deux femmes que tout oppose : l’une croit à la force de l’individu unique, l’autre croit sur le pouvoir des masses.

Un message ou un conseil aux jeunes femmes ?

À mon sens, les sciences doivent être inspirantes et non pas inquiétantes et ce, dès les plus jeunes âges. Nous devons démystifier les apprentissages liés aux sciences pour les rendre plus accessibles aux futures générations. Personnellement, mon apprentissage de la chimie par une voie professionnalisante (DUT) a été un choix déterminant dans mes études supérieures.

LE QUESTIONNAIRE
DU CHATELET

Le questionnaire auquel répondent les Femmes de tech est une variante du questionnaire de Proust, ainsi nommé non pas parce que Marcel Proust se serait égaré dans le métro parisien, mais en mémoire d’Emilie du Chatelet, femme de lettres, mathématicienne et physicienne, renommée pour sa traduction des Principia Mathematica de Newton et la diffusion de l’œuvre physique de Leibniz. Elle fût membre de l’Académie des sciences de l’Institut de Bologne. Emilie du Chatelet mena au siècle des Lumières une vie libre et accomplie et publia un discours sur le bonheur.

Emilie Du Chatelet

Femme de lettre, mathématicienne, physicienne

1706 - 1749