Académie des technologies

Varinka PONAMALE

  • Responsable des communications techniques
  • Airbus Defence and Space
  • 40 ans
  • Parrainée par Bruno LE STRADIC

Pourquoi la tech ?

Enfant, je passais mes grandes vacances chez mes grands-parents à deux pas de l’usine de canne à sucre de Bois-Rouge à l’île de la Réunion. Les gros engrenages que je voyais tourner m’ont de suite fascinée. J’ai voulu comprendre comme ces machines fonctionnaient. Mon grand-père y travaillait et m’a transmis son savoir. J’ai vraiment choisi la mécanique comme spécialité car pour moi sa compréhension est facile, visible et palpable. Cela nous entoure tous les jours et ça me parle tout naturellement. Il y avait aussi une affiche dans le bureau de mon père où on y voyait un astronaute dans l’espace avec un système de propulsion. À l'époque, je ne savais pas ce qu'était cet engin, mais l’image d’un être humain dans l’espace me faisait rêver. 

Votre parcours ?

Passionnée par les sciences depuis toujours, j'ai dû quitter mon île natale, la Réunion, après deux ans de DEUG de Sciences et Technologies pour l’Ingénieur, pour étudier à Toulouse en IUP de Génie Mécanique Aéronautique. J'ai commencé à travailler en tant qu’ingénieur calcul de structures en bureau d’études. Je me suis ensuite spécialisée dans les satellites de télécommunications en devenant responsable de la maquette numérique où j’ai commencé à prendre goût au contexte multi-expertise et international. Plus tard, j’ai été chargée des interfaces des antennes pendant la phase intense de design au sein des équipes projet. Je suis ensuite devenue architecte en mécanique des satellites de télécommunication, responsable de tout leur dimensionnement et de leur validation mécanique. J’occupe aujourd’hui une position transverse axée sur le business et la communication technique.

Votre première expérience professionnelle dans la tech ?

J’ai effectué un stage en deuxième année d’études supérieures en bureau de maintenance aéronautique chez Air Austral. La petite fille qui levait les yeux au ciel en se demandant ce qu’il y avait là-haut et comment cela était possible, a été ravie de trouver enfin les réponses à ses questions. J’étais bien décidée à poursuivre mes études dans ce domaine.

Que faites-vous aujourd’hui et pourquoi ?

Je suis responsable des communications techniques. Il s’agit de contribuer à toutes les communications de mon entreprise et de ses dirigeants en interne ou en externe sur nos produits et nos innovations. Il en est de même vis-à-vis de nos clients. Après plus de 10 ans dans la technique à travailler sur divers projets en phase de réalisation, je voulais voir la phase amont. Grâce à ce poste, j’ai pu comprendre le marché des satellites de communication, la stratégie associée, et appréhender les technologies du futur.

Vos atouts pour ce poste ?

La créativité sans nul doute pour mettre en valeur les atouts de nos produits et bien sûr une bonne connaissance de l’architecture des satellites de télécommunications. Il faut aussi être très réactif pour répondre aux demandes et maîtriser son stress. Et pour cela un bon esprit d’analyse permet de trouver des solutions efficaces.

Vos défis passés, vos ratés, vos grands moments de solitude ?

Mon plus grand défit a été de quitter ma famille pour poursuivre mes études et mes rêves. C’est mon plus grand sacrifice et réussir était la seule option. J’ai donc connu de grands moments de solitude malgré le soutien familial à distance. Mais cela m’a fait grandir, j’ai appris à me débrouiller seule et finalement à m’adapter quelque soit la situation, c’est une de mes forces aujourd’hui.

Vos meilleurs moments, les succès dont vous êtes fière ?

L’obtention de mon diplôme et mon premier jour dans mon entreprise actuelle ont été mes premiers succès. Je me suis dit « ça y est j’y suis arrivée, tous les sacrifices ont payé ». Et ensuite, quelle émotion de voir le lancement des satellites sur lesquels j’ai travaillé ! Je me rappelle aussi de ma première fois sur scène en tant que chanteuse. C’était magique, une bonne dose d’adrénaline ! J’ai aussi fait un tour du monde en solo pendant une année en 2015. J’ai vécu une aventure incroyable ! Chaque jour, il y avait une découverte, une rencontre qui me nourrissaient l’esprit et me faisaient apprécier les bonheurs simples de la vie. J’ai exacerbé mon sens de l’observation et ma capacité d’adaptation. Je suis sortie de ma zone de confort aussi. Enfin en novembre dernier, j’ai été marraine de la fête de la science en Martinique, quelle fierté de représenter la femme dans le milieu du spatial et de l’aéronautique, de semer des étoiles dans les yeux des enfants et leur montrer qu’on peut y arriver malgré les difficultés. Ces domaines sont encore trop effacés sur les territoires et départements d’Outre-Mer. Ce type d’initiative est essentiel pour donner le déclic.

Des personnes qui vous ont aidée/marquée ou au contraire rendu la vie difficile ?

Mon grand-père ainsi que le reste de ma famille proche m’ont transmis le sens de l’effort et l’importance d’étudier pour réussir, surtout lorsqu’on est en proie à un environnement difficile et discriminatoire. J’ai été malheureusement confrontée à des professeurs misogynes en cours de mécanique ou à des propos racistes pendant mon parcours mais je n’en garde aucune colère mais plutôt la fierté de leur avoir montré qu’ils avaient tort en ne baissant pas les bras et en arrivant là où je suis aujourd’hui.

Vos envies et défis à venir ?

Développer mon association PAPANG’ Outre-Mer (PAsserelle PArtage Nouvelle Génération). Elle a deux objectifs basés sur le partage d’expérience de professionnels auprès des jeunes : faire découvrir de nouvelles perspectives de carrière et améliorer la confiance en soi, et accompagner les élèves d’Outre-Mer en mobilité sur leur lieu d’études. Cela me tient à cœur bien entendu de part mon expérience personnelle.

Et que faites-vous en dehors de votre travail ?

Je participe à beaucoup d’initiatives pour sensibiliser les jeunes aux carrières scientifiques et lutter pour l’égalité des chances. Je souhaite leur donner confiance en l’avenir, changer les mentalités et briser les stéréotypes en ouvrant le champ des possibles. Je continue aussi à chanter avec mon groupe de musique et à faire du sport pour décompresser. J’espère aussi bientôt pouvoir voyager et explorer de nouveaux pays pour m’évader.

Vos héroïnes (héros) de fiction, ou dans l’histoire ?

Rosa Parks et Josephine Baker étaient des femmes engagées et qui ont défendu leurs droits. J’admire leur courage et leur persévérance. Il en est de même pour les trois héroïnes du film « Les figures de l’ombre ». Ces femmes de science noires américaines ont été décisives dans la conquête spatiale à la NASA alors qu’elles subissaient la ségrégation. Pour moi qui rêve un jour d’aller dans l’espace, j’ai aussi été très admirative du parcours de Claudie Haigneré, première femme française à y aller. Elle est inspirante.

Votre devise favorite ?

Quand l’esprit s’attaque à quelque chose, aussi long et difficile que soit le chemin, rien n’est impossible.

Un livre à emporter sur une île déserte ?

J’emporterai plutôt un livre de casse-têtes ou le grand livre des énigmes pour continuer à stimuler mes neurones. En plus, cela permet de ne pas avoir une seule histoire mais plusieurs scénarios à envisager.

Un message ou un conseil aux jeunes femmes ?

La connaissance est un outil efficace pour établir l’égalité. Alors croyez en votre potentiel, apprenez, et surtout n’hésitez jamais à aller là où on vous attend le moins. Donnez tort à tous ceux qui vous diront que vous n’en serez pas capable ou que vous n’êtes pas à votre place et réalisez vos rêves.

LE QUESTIONNAIRE
DU CHATELET

Le questionnaire auquel répondent les Femmes de tech est une variante du questionnaire de Proust, ainsi nommé non pas parce que Marcel Proust se serait égaré dans le métro parisien, mais en mémoire d’Emilie du Chatelet, femme de lettres, mathématicienne et physicienne, renommée pour sa traduction des Principia Mathematica de Newton et la diffusion de l’œuvre physique de Leibniz. Elle fût membre de l’Académie des sciences de l’Institut de Bologne. Emilie du Chatelet mena au siècle des Lumières une vie libre et accomplie et publia un discours sur le bonheur.

Emilie Du Chatelet

Femme de lettre, mathématicienne, physicienne

1706 - 1749