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Germaine BENOIT

  • Ingénieure chimiste, pharmacologue et biologiste, docteure en sciences physiques, pionnière dans la synthèse de médicaments contre les maladies infectieuses
  • 9 octobre 1901 - 17 février 1983
  • #BIOLOGIE ET PHYSIOLOGIE

Qui est Germaine Benoit ?

Germaine Benoit est née à Paris le 9 octobre 1901. Elle est fille unique et est encore une adolescente lorsque son père, professeur d’allemand, décède pendant la première guerre mondiale. Elle est une ingénieure chimiste, biochimiste et pharmacologue qui a joué un rôle majeur dans la recherche sur les médicaments sympathicomimétiques destinés à traiter divers troubles, notamment ceux du système nerveux, et dans la synthèse de médicaments contre le paludisme et la maladie du sommeil.

Sa formation : ingénieure en chimie et docteure en sciences physiques

Germaine Benoit obtient ses deux baccalauréats en 1918 et 1919, elle aime les études scientifiques et en 1920 commence par passer quelques certificats de physique, de chimie et de sciences naturelles préparatoires aux études de médecine.

L’année suivante elle entre à l’Institut de Chimie appliquée de Paris nouvellement ouverte aux femmes à partir de 1916, cette école deviendra l’École Nationale Supérieure de Chimie. Elle en suit le cursus de trois ans et en sort diplômée en ingénierie chimique en 1923.

Entre 1922 et 1936 Germaine Benoit passe cinq licences en chimie et en biologie.

En 1942 elle soutient une thèse de doctorat sur les propriétés physiologiques d’hydroxy-alcoyl-hydrazines.

Carrière professionnelle et apports

Germaine Benoit fait l’essentiel de sa carrière professionnelle à l’Institut Pasteur. Elle y entre en 1924 en tant qu’assistante au laboratoire de Chimie Thérapeutique dirigé par Ernest Fourneau.

Elle participe à l’essor de la recherche pour la synthèse chimique de médicaments, activité nouvelle en France.   Elle contribue à la découverte de molécules actives contre la maladie du sommeil (orsanine) et contre le paludisme (rhodoquine).

Ses recherches portent sur la synthèse de médicaments sympathomimétiques qui stimulent le système nerveux sympathique : ils accélèrent la fréquence cardiaque, dilatent les bronchioles et provoquent une contraction des vaisseaux sanguins. Dans ce domaine, elle synthétise des homologues de l’éphédrine, médicament utilisé comme décongestionnant et dans le traitement de l’hypotension artérielle.

Elle contribue aussi à la mise au point de médicaments contre les parasitoses et contre la tuberculose.

En 1943, après avoir passé sa thèse de doctorat, elle devient cheffe du laboratoire de Chimie Thérapeutique.

En 1960, reconnue pour ses travaux sur les médicaments sympathomimétiques, elle est sollicitée par Daniel Bovet prix Nobel de Médecine 1957 pour travailler à l’Institut Supérieur de la Santé de Rome, elle y reste jusqu’en 1962.

Elle prend sa retraite en 1962 à son retour d’Italie. Elle meurt à Joinville-le-Pont le 17 février 1983

Pourquoi est-elle une Femme pionnière de la tech ?

Germaine Benoit est reconnue comme étant l’inventrice de molécules thérapeutiques contre les maladies infectieuses notamment la maladie du sommeil, le paludisme et la tuberculose. Elle est l’une des très rares femmes à son époque à avoir dirigé un grand laboratoire, le laboratoire de Chimie Thérapeutique de l’institut Pasteur. La réputation de Germaine Benoit dépasse les frontières de la France, entre 1960 et 1962, elle travaille à l’Institut Supérieur de la Santé de Rome.

 

Publications et brevets

Germaine Benoit a co-écrit plus d’une vingtaine d’articles scientifiques parus essentiellement dans le Bulletin de la Société Chimique de France et dans les Annales de l’Institut Pasteur.

Parmi ces articles dont la liste est donnée ci-après les trois plus importants sont les suivants :

-1930 : Contribution à l’étude des anesthésistes locaux, dérives des amino-alcools.

-1931 : Contribution à la chimiothérapie du paludisme : essais sur les calfats

-1942 : Thèse sur les propriétés physiologiques d’Hydroxy-Alcoyl-Hydrazines

 

Liste des articles coécrits par Germaine Benoit

– 1927 : Ernest Fourneau, Jacques Tréfouël, Thérèse Tréfouël et Germaine Benoit, « Sur les isomères de l’acide para-oxy-3-amino-phényl-arsinique et de son dérivé acétylé (stovarsol) », Bulletin de la Société chimique de France,4e série, vol. 41,‎ 1927, p. 499-514

– 1930 : Ernest Fourneau, Roger Firmenich et Germaine Benoit, « Contribution à l’étude des anesthésiques locaux : Dérivés des amino-alcools à fonction alcoolique primaire », Bulletin de la Société Chimique de France , 4e série, vol. 47,‎ 1930, p. 858-885.

– 1930 : Ernest Fourneau, Roger Firmenich et Germaine Benoit, « Synthèse d’un isomère et d’un homologue de l’éphédrine», Bulletin de la Société Chimique de France, 4e série, vol. 47,‎ 1930, p. 894-980.

– 1930 : Ernest Fourneau, Jacques Tréfouël, Thérèse Tréfouël, Georges Stefanopoulo, Yvonne de Lestrange, Kenneth L. Melville et Germaine Benoit, « Contribution à la chimiothérapie du paludisme : Essais sur la malaria des canaris », Annales de l’Institut Pasteur, vol. 44, no5,‎ mai 1930, p. 503-533

– 1930 : Ernest Fourneau, Jacques Tréfouël, Thérèse Tréfouël et Germaine Benoit, « Préparation de dérivés en vue d’essais thérapeutiques. I. Amino-alcools. II. Dérivés de l’atophan. III. Dérivés du carbostyryle. IV. Dérivés quinoléiniques et quinoléine arsinique », Annales de l’Institut Pasteur, vol. 44, no 6,‎ juin 1930, p. 719-751.

– 1931 : Ernest Fourneau, Jacques Tréfouël, Daniel Bovet et Germaine Benoit, « Contribution à la chimiothérapie du paludisme : Essais sur les calfats», Annales de l’Institut Pasteur, vol. 46,‎ 1931, p. 514-541.

– 1933 : Ernest Fourneau, Jacques Tréfouël, Thérèse Tréfouël, Daniel Bovet et Germaine Benoit, « Contribution à la chimiothérapie du paludisme : Essais sur les calfats (deuxième mémoire) », Annales de l’Institut Pasteur, vol. 50,‎ 1933, p. 731-744.

– 1934 : Daniel Bovet, Germaine Benoit et Reinout Altman, « Action thérapeutique de quinoléines à poids moléculaire élevé, homologues de la plasmoquine, sur les hématozoaires des calfats et des serins », Bulletins de la Société de pathologie exotique et de ses filiales de l’Ouest africain et de Madagascar, vol. 27, no 3,‎ 1934, p. 236-242.

– 1935 : Germaine Benoit et Rudolf Herzog, « Étude chimique et physiologique d’amines à fonction éthylénique et de diamines », Bulletin des sciences pharmacologiques, vol. 42, nos1 et 2,‎ janvier et février 1935, p. 34-43 et 102-109.

– 1938 : Germaine Benoit et Daniel Bovet, « Synthèse et étude pharmacologique de quelques dérivés hétérocycliques voisins de l’amino-méthylbenzodioxane », Bulletin des sciences pharmacologiques, vol. 45, no3,‎ mars 1938, p. 97-107.

– 1942 : Germaine Benoit, Préparation et propriétés physiologiques de quelques hydroxy-alcoyl-hydrazines(thèse de doctorat en sciences), Paris, faculté des sciences de l’université de Paris, 1942.

– 1945 : Ernest Fourneau et Germaine Benoit, « Sur l’acide corynanthique », Bulletin de la Société chimique de France. Fr., 5e série, vol. 12,‎ 1945, p. 934-936.

– 1945 : Ernest Fourneau et Germaine Benoit, « Éphédrine et isoéphédrines », Bulletin de la Société chimique de France. Fr., 5esérie, vol. 12,‎ 1945, p. 985-989.

– 1947 : Germaine Benoit, « Hydroxy-alcoyl-hydrazines. 2. », Bulletin de la Société chimique de France. Fr., 5e série, vol. 14, nos 3-4,‎ 1947, p. 242-244.

– 1950 : Germaine Benoit et Dimitri Marinopoulos, « Synthèse et propriétés thérapeutiques des dérivés aminés et hydroxylés du stilbène», Bulletin de la Société chimique de France., 5e série, vol. 17, nos 9-10,‎ 1950, p. 829-832.

– 1951 : Germaine Benoit et Fanny Eliopoulo, « Synthèse de quelques dérivés aminés du diphénylméthane», Bulletin de la Société chimique de France., 5e série, vol. 18,‎ 1951, p. 890-895.

– 1951 : Germaine Benoit, Joseph Jacob et F. Elliopoulo, « Activité spasmolytique des diphényl-1,1-diéthyl-amino-oméga-alcanes », Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, vol. 232, no12,‎ 1951, p. 1262-1264.

– 1952 : (en) Germaine Benoit, Roger Delavigne et Fanny Eliopoulo, « Some Amino Alcohol Derivatives of Diphenyl-methane and of Diphenylamine », Annales pharmaceutiques françaises,10, no 3,‎ avril 1952, p. 181-192.

– 1953 : (en) Germaine Benoit et Roger Delavigne, « Alkylaminoalkyl Derivatives of Benzhydrylamine », Annales pharmaceutiques françaises, vol. 11, no5,‎ mai 1953, p. 354-361.

– 1953 : Albert Funke et Germaine Benoit, « Action de l’éthylénimine sur les époxydes», Bulletin de la Société chimique de France , 5e série, vol. 20, no 10,‎ 1953,..

– 1955 : Albert Funke, Germaine Benoit et Joseph Jacob, « Ammoniums quaternaires dans la série des acides hydroxamiques. I : Synthèse d’iodométhylates d’acides diméthylaminobenzoylhydroxamiques, antagonistes du diisopropyfluorophosphate », Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, , vol. 240, no26,‎ 27 juin 1955, p. 2575-2577.

– 1955 : Germaine Benoit, Bal Krishna Avasthi, Joseph Jacob et Monique Dechavassine, « Synthèse et propriétés pharmacologiques de quelques ω-phényl-ω-carbétoxy-alcoyl-1-méthyl-4-pipérazines », Comptes rendus hebdomadaires des séances de l’Académie des sciences, , vol. 241, no6,‎ septembre 1955, p. 581-583.

– 1955 : Germaine Benoit et Albert Funke, « Action de l’éthylénénimine sur les époxydes. 2. »,  Soc. chim. Fr., 5esérie, vol. 22, nos 7-8,‎ 1955, p. 946-947.

– 1958 : Germaine Benoit et Alber Funke, « Synthèse d’acides diméthylaminobenzoylhydroxamiques et de leurs dérivés », Bulletin de la Société chimique de France., 5esérie, vol. 25, no 2,‎ 1958, p. 257-258.

– 1958 : Germaine Benoit et Bal Krishna Avasthi, « Sur quelques dérivés N, N-disubstitués de la pipérazine», Bulletin de la Société chimique de France, vol. 25, nos 11-12,‎ 1958, p. 1358-1364.

– 1959 : Germaine Benoit et Roger Delavigne, « Contribution à l’étude des propriétés chimiques de la R-bêta-cyclohexyltétraline-I », Bulletin de la Société chimique de France., vol. 26, nos7-8,‎ 1959, p. 1197-1199.

– 1960 : Germaine Benoit et B. Millet, « Benzodioxoles-1,3 substitués » Bulletin de la Société chimique de France, 5esérie, vol. 27, no 4,‎ 1960, p. 638-642.

– 1961 : Albert Funke, B. Millet et Germaine Funke-Benoit, « Dérivés de la phényl-2 dihydro-2,3 benzothiazine-1,4 », Bulletin de la Société chimique de France, 5esérie, vol. 28, nos 8-9,‎ 1961, p. 1524 et suivantes.

Quelle reconnaissance d’hier et d’aujourd’hui ?

En 1934 Germaine Benoit reçoit le prix Louis de l’Académie de médecine pour ses recherches sur les médicaments sympathomimétiques.

 

En 1947 elle est faite Chevalier de la Légion d’honneur.

 

Les travaux de Germaine Benoit ont eu un impact important dans le développement des traitements des maladies infectieuses. Ses travaux continuent d’influencer la recherche en chimie thérapeutique et en pharmacologie.

Une femme inspirante pour…

« Germaine Benoit a su pousser des portes qui s’ouvraient timidement aux femmes : elle a intégré l’Institut de chimie dès son ouverture aux candidates féminines, a travaillé dans le domaine novateur de la synthèse de médicaments et est devenue l’une des premières directrices d’un grand laboratoire. Dotée d’une vaste culture scientifique, nourrie par de multiples licences en sciences, elle a fait preuve une grande curiosité et ouverture d’esprit, qui l’ont même menée à élargir son horizon jusqu’en Italie ! Grâce à ses travaux de recherche, elle a contribué au développement de molécules qui ont amélioré la vie de nombreux patients, atteignant ainsi l’objectif ultime de tous les chercheurs de son domaine. »

 

Anna Elgart, Chef de projet UrgoSurgical chez URGO Recherche innovation et développement, et membre du réseau des Femmes de Tech de l’Académie des technologies.

Références

Wikipédia et diverses sources

-Femmes & Sciences association : 40 femmes scientifiques remarquables du XVIIIème siècle à nos jours. Édition 2017

-Archives de l’Institut Pasteur

-les MonumentalEs : Germaine Benoit

Illustration réalisée à l’aide d’une IA, à partir d’une photo de Germaine Benoit appartenant à l’Institut pasteur