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"Transport aérien : situation et perspectives"

avec Jean-Cyril Spinetta, Président de Air France KLM

« Air France KLM, c’est deux compagnies et trois métiers : le transport de voyageurs, le transport de fret et les services de maintenance et d’entretien » : dans son allocution d’accueil de Jean-Cyril Spinetta, président du groupe aéronautique français, François Guinot rappelle quelques performances du transporteur aérien : il est le premier mondial pour le transport de voyageurs, avec 73,5 millions de passagers par an, et le second pour le fret. Mais surtout, ajoute le président de l’Académie des Technologies, Air France KLM est, depuis deux ans, le seul groupe aéronautique à s’être inscrit dans une problématique de développement durable. « Transport aérien : situation et perspectives », tel était le thème sur lequel Jean-Cyril Spinetta était convié à s’exprimer, le 7 novembre 2007, par l’Académie des technologies.

Sur la situation du transport aérien, le président d’Air France plante rapidement quelques pièces du décor. Non seulement l’aéronautique est l’un des secteurs les plus en prise avec la mondialisation de l’économie, indique-t-il, mais les besoins en investissements y sont colossaux : pour Air France KLM, ils se montent en moyenne à 1,7 milliards d’euros par an depuis dix ans. A noter également la libéralisation totale de ce secteur en Europe depuis 1993. C’est d’ailleurs grâce à cette libéralisation que des compagnies Low Cost comme EasyJet ou Ryanair ont pu se développer : elles dominent aujourd’hui le marché européen.

Jean-Cyril Spinetta évoque en outre le caractère considérablement atomisé de ce métier, un contexte dans lequel « Les transporteurs aériens ont su créer un marché quasi parfait » : l’ensemble des tarifs (plusieurs millions) est recensé et disponible en temps réel sur toutes les destinations et pour toutes les compagnies, ce qui donne à chacun la possibilité de bénéficier, à tout moment, du meilleur tarif. Il rappelle également sa très grande sensibilité aux soubresauts géopolitiques. Enfin, ajoute-t-il, on entre dans une ère de libéralisation totale, un mouvement déjà amorcé entre l’Europe et les Etats-Unis.

Quelle stratégie pour Air France KLM dans ce contexte ? Le préalable était de préserver et/ou de restaurer les fondamentaux, souligne son président : l’optimisation de la densité de vol de chaque avion, la construction de plates-formes de correspondance puissantes, l’optimisation de la gestion de la recette quotidienne sur chaque vol, des programmes de fidélisation.

Dans ce cadre, la stratégie de la compagnie nationale s’est déployée selon quelques axes principaux, dont l’un a évidemment consisté à lui insuffler la croissance nécessaire. Le second a porté sur le rassemblement des forces au plan français. Il a fallu ensuite mettre en place de grandes alliances mondiales, afin de garantir aux usagers (notamment les entreprises) des correspondances dans des temps acceptables. Dernier objectif : doter la France d’une compagnie d’envergure européenne, ce qui a été réalisé par la fusion d’Air France et de KLM.

Que reste-t-il à faire ? « La consolidation européenne n’est pas achevée », précise Jean-Cyril Spinetta : deux dossiers sont en cours d’étude, dont celui d’Alitalia. Par ailleurs, Air France KLM devra étendre sa présence sur certains secteurs de marché comme les liaisons entre métropoles européennes : CityJet (filiale à 100 % de la compagnie française) a amorcé ce mouvement. Enfin, l’idée est aujourd’hui de construire des partenariats, au travers de systèmes de joint ventures, avec des compagnies américaines en particulier. Le but est d’exploiter en commun un ensemble de destinations en partageant coûts et recettes.

Quoi qu’il en soit, la tendance étant à une dérégulation de plus en plus forte, d’autres regroupements vont avoir lieu, souligne le président d’Air France : « Il est possible que seulement trois leaders européens (britannique, allemand, français) subsistent à l’horizon 2025-2030, peut-être même moins ». Faudra-t-il créer des filiales en Chine, en Amérique latine, en Asie centrale… : « Nous ne pouvons répondre aujourd’hui mais nous avons l’obligation de mener cette réflexion et de nous y préparer… « . Et surtout, « Toutes ces évolutions ne seront possibles qu’à condition de réussir à emporter l’adhésion des salariés ».

D. Chouchan