Académie des technologies

Mélanie Marcel

  • Fondatrice, PDG, Startup SoScience
  • 33 ans
  • Marrainée par Claire Martin

POURQUOI LA TECH ?

J’ai toujours eu un profil équilibré dans les études et j'aimais autant les lettres que les sciences, mais quand il a fallu faire un choix entre les deux j’étais attirée par la capacité de transformation que permet la science ! J’étais convaincue que devenir scientifique me permettrait de soigner des maladies, créer de nouvelles sources d’énergie, etc…

VOTRE PARCOURS ?

Je suis une ingénieure ESPCI Paris, grande école d’ingénieur basée à Paris. C’est une école généraliste mais très scientifique : 70% des étudiants poursuivent en thèse. Je me suis spécialisée là-bas en physique des ondes puis j’ai fait un master Innovation en Neurosciences pour pouvoir travailler à l’interface des neurosciences et de la physique.

VOTRE PREMIÈRE EXPÉRIENCE PROFESSIONNELLE DANS LA TECH ?

C’est en fait une première expérience dans le monde de la recherche scientifique industrielle : je suis partie 6 mois au Japon chez NTT Basic Research Lab pour travailler sur l’amélioration des interfaces machine-cerveau (Brain-Machine Interfaces) invasives. Je travaillais sur le revêtement d’électrodes implantées dans le cerveau pour améliorer la communication entre les neurones et un ordinateur.

VOUS FAITES QUOI AUJOURD’HUI ET POURQUOI ?

Aujourd’hui, je suis la Fondatrice de SoScience et je milite pour une recherche et innovation au service de la société. Cette première expérience et celles qui ont suivis dans le monde de la recherche et de l’industrie m’ont amené à creuser le fonctionnement du système de recherche et de sa valorisation : je me suis rendue compte que ce dernier, trop tourné vers l’impact économique, ne convenait pas. Une telle orientation n'est pas adaptée aux enjeux contemporains, dont j'étais très consciente en tant que jeune scientifique : changement climatique, ressources limitées, démographie, montée du scepticisme, etc. Il faut donc repenser la production des savoirs et des techniques de façon cohérente avec le monde de demain.

VOS ATOUTS POUR CE POSTE ?

SoScience est la première entreprise européenne spécialisée en Recherche et Innovation Responsable (RRI), nous avons été pionnier et avons formé le premier écosystème sur la thématique. Je suis experte pour la Commission Européenne sur le sujet et j’ai participé à en rédiger les cadres conceptuels pour les entreprises, depuis 2012, année où très peu de personnes y croyaient ! Mes atouts sont donc mon expertise, mon engagement et bien sûr ma persévérance. C'est grâce à cela que SoScience a une forte légitimité dans le milieu et des réseaux solides, scientifiques et dans le monde de l'impact social, sur lesquels s'appuyer.

VOS DÉFIS PASSÉS, VOS RATÉS, VOS GRANDS MOMENTS DE SOLITUDE ?

Les débuts de l’aventure ont été très solitaires : à l’époque la plupart des industriels ou des instituts de recherche considéraient être à la pointe du développement durable et ne pas avoir besoin d’aide, sans se rendre compte que la RRI va beaucoup plus loin et que presque personne n’en fait, même aujourd’hui, alors qu’elle est indispensable pour faciliter leur transition !

VOS MEILLEURS MOMENTS, LES SUCCÈS DONT VOUS ÊTES FIÈRE ?

Quand nos partenaires ou nos clients se rendent compte du saut qu’on leur fait faire et deviennent eux aussi engagés voire militants pour le bien commun ! Ainsi, lorsque Perrier (groupe Nestlé) a annoncé en public leur souhait d’inviter tous leurs concurrents à rejoindre l’initiative co-créée avec SoScience sur le packaging, j’étais fière du chemin parcouru.

DES PERSONNES QUI VOUS ONT AIDÉE/MARQUÉE OU AU CONTRAIRE RENDU LA VIE DIFFICILE ?

Deux femmes dans le monde industriel ont cru en moi et en la vision de SoScience très tôt : Marianne Julien chez Air Liquide et Claire Martin chez Renault. Elles ont permis de lancer nos deux premières missions. Aujourd’hui nous sommes beaucoup plus connus pour notre programmes d'open innovation que pour nos missions de conseil chez SoScience, mais cela a forgé notre succès d’aujourd’hui et je ne l’oublie pas. C’est uniquement grâce à ce type de champions en interne, aux valeurs fortes, que les entreprises pourront changer.

VOS ENVIES ET DÉFIS À VENIR ?

Après un premier livre qui a posé les fondements de la RRI, sorti en 2017 (Science et Impact Social, aux Editions Diateino), j’aimerais écrire un nouveau livre sur le système scientifique et de valorisation à destination du grand public cette fois ! La crise sanitaire que nous vivons et sa traduction dans les médias me porte de plus en plus à croire que les citoyens ont besoin de mieux comprendre ce qui se passe dans les laboratoires et comment se réapproprier la science pour en faire un pouvoir démocratique, plutôt que de s'en méfier.

ET VOUS FAITES QUOI EN DEHORS DE VOTRE TRAVAIL ?

J’ai repris des études, cette fois du côté des lettres ! Je suis en train de finir un Master en Philosophie à l’Université de Nanterre, où je travaille sur la capacité d’énonciation des promesses écologiques dans notre société contemporaine dans un contexte de multiplication des promesses techno-scientifiques. Comme quoi je reste proche de mes premières amours !

VOS HÉROÏNES (HÉROS) DE FICTION, OU DANS L’HISTOIRE ?

Frida Kahlo, Maya Angelou et Hannah Arendt : des femmes fortes qui n’ont pas hésité à transformer leur engagement en une force créatrice.

VOTRE DEVISE FAVORITE ?

Il n'y a que deux conduites avec la vie : ou on la rêve ou on l'accomplit.

UN LIVRE À EMPORTER SUR UNE ÎLE DÉSERTE ?

100 ans de solitude de Gabriel García Márquez.

UN MESSAGE OU UN CONSEIL AUX JEUNES FEMMES ?

Suivez toujours vos convictions, elles vous emmènent vers le futur. N’hésitez pas à vous faire entendre, ceux qui n’écoutent pas sont tournés vers le passé.

LE QUESTIONNAIRE
DU CHATELET

Le questionnaire auquel répondent les Femmes de tech est une variante du questionnaire de Proust, ainsi nommé non pas parce que Marcel Proust se serait égaré dans le métro parisien, mais en mémoire d’Emilie du Chatelet, femme de lettres, mathématicienne et physicienne, renommée pour sa traduction des Principia Mathematica de Newton et la diffusion de l’œuvre physique de Leibniz. Elle fût membre de l’Académie des sciences de l’Institut de Bologne. Emilie du Chatelet mena au siècle des Lumières une vie libre et accomplie et publia un discours sur le bonheur.

Emilie Du Chatelet

Femme de lettre, mathématicienne, physicienne

1706 - 1749